Baccalauréat cinéma - L'homme à la caméra

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Baccalauréat cinéma

Conclusion

Bien qu’il utilise toutes les ressources du langage cinématographique, L’Homme à la caméra ne saurait se réduire à un simple exercice de style. Dziga Vertov s’intéresse à l’organisation d’une journée au sein d’une grande ville et divise son film en trois temps. Il souligne de la sorte les possibilités de la journée de huit heures qui permet d’accéder à ce qu’il appellera lui-même le « droit au travail », le « droit au repos », le « droit à l’instruction »38. On peut considérer L’Homme à la caméra comme un renouvellement de l’avant-garde cinématographique au terme du muet. L’auteur rend hommage au ciné-œil et annonce le radio-œil dont Enthousiasme et Trois Chants sur Lénine seront les premières manifestations. Ces œuvres constitueront les dernières expressions de l’avant-garde cinématographique soviétique. La proclamation de la doctrine du réalisme socialiste, en 1934, marquera la fin des débats des années 1920 sur l’art en URSS et ralentira la carrière de Vertov. Réalisé en 1937, Berceuse est aujourd’hui son film le plus décrié. Le cinéaste est en effet soupçonné de céder au culte de la personnalité en multipliant les plans de Staline quand il pensait ouvrir « le premier d’un cycle de chants consacré à la Femme Libre39 ». Plus qu’un régime, c’est un idéal que cherche à servir Vertov qui sera souvent en porte-à-faux dans les années 1930 et de plus en plus marginalisé. Il est frappant de voir combien L’Homme à la caméra restera attaché au nom du cinéaste. En 1942, celui-ci écrit dans son journal : « Considérer Vertov à travers les lunettes qui datent de L’Homme à la caméra recouvre un mensonge énorme et injustifié40. » Si, par ces mots, le cinéaste semble renier son film, c’est par le refus répété de ses nouveaux projets. L’Homme à la caméra ne sera pleinement apprécié qu’à partir des années 1960, encourageant un nouvel élan de création cinématographique. Dans ces conditions, Vertov apparaît comme notre contemporain.

38 Expression qui apparaît à deux reprises au cours de la même année 1936 dans « Sur l’organisation d’un laboratoire de création » et dans « Extraits des carnets et des journaux », Articles, journaux, projets, coll. « 10/18 », Union générale d’éditions, 1972.

39 Dziga Vertov, « Berceuse », Articles, journaux, projets, op. cit.

40 Dziga Vertov, « Extraits des carnets et des journaux », Articles, journaux, projets, op. cit.