Baccalauréat cinéma - L'homme à la caméra

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Baccalauréat cinéma

Vladimir Maïakovski et Dziga Vertov

Le poète Vladimir Maïakovski et le cinéaste Dziga Vertov partageaient de nombreuses idées en matière de cinéma comme en témoignent les deux textes suivant qui apparaissent comme des professions de foi.

Cinéma et cinéma

Photogramme de L’Homme à la caméra, Dziga Vertov. © Lobster films

Vladimir Maïakovski
à l’école d’Art
de Moscou, 1910.
© AKG-Images

Pour vous, le cinéma est un spectacle.
Pour moi, il est presque une conception du monde.
    Le cinéma est le véhicule du mouvement.
    Le cinéma est le novateur des littératures.
    Le cinéma est le destructeur de l’esthétique.
    Le cinéma est intrépidité.
    Le cinéma est un sportif.
    Le cinéma est diffuseur d’idées.
Mais le cinéma est malade. Le capitalisme lui a jeté de la poudre d’or aux yeux. D’habiles entrepreneurs le mènent par la main dans les rues. Amassent de l’argent en remuant les cœurs par de petits sujets pleurnichards. Cela doit prendre fin. Le communisme doit arracher le cinéma des mains de ses gardiens spéculateurs. Le futurisme doit faire évaporer l’eau stagnante de la lenteur et de la morale. Sinon nous aurons ou bien des claquettes importées d’Amérique, ou bien les éternels yeux larmoyants de Mosjoukine. De ces deux choses, la première nous ennuie. La seconde encore plus.

Vladimir Maïakovski, Kinophot, août 1922.

Mots d’ordre élémentaires

Dziga Vertov. © AKG-Images

Dziga Vertov.
Photographie publicitaire
pour L'Homme à la caméra
© AKG-Images

  1. Le ciné-drame est l’opium du peuple.
  2. À bas les rois et reines immortels de l’écran. Vivent les mortels ordinaires filmés dans la vie pendant leurs occupations habituelles.
  3. À bas les fables-scénarios bourgeoises ! Vive la vie comme elle est.
  4. Le ciné-drame et la religion sont une arme mortelle entre les mains des capitalistes. Par la démonstration de notre quotidien révolutionnaire, nous arracherons ces armes des mains de l’ennemi.
  5. Le drame artistique actuel est un vestige du vieux monde. C’est une tentative pour couler notre réalité révolutionnaire dans des formes bourgeoises.
  6. À bas la mise en scène de la vie quotidienne ; filmez-nous à l’improviste tels que nous sommes.
  7. Le scénario est une fable inventée à notre sujet par un homme de lettres. Nous vivons notre vie sans nous soumettre aux inventions de quiconque.
  8. Dans la vie, chacun de nous vaque à ses affaires sans empêcher les autres de travailler. L’affaire des kinoks, c’est de nous filmer sans nous empêcher de travailler.
  9. Vive le ciné-œil de la révolution prolétarienne !

Dziga Vertov, « Instructions provisoires aux Cercles "ciné-œil", Sur les chemins de l’art, 1926,
Dziga Vertov, Articles, journaux, projets, Union générale d’éditions, coll. « 10/18 », 1972.