Baccalauréat cinéma - L'homme à la caméra

Vous êtes iciL'homme à la caméra > L’aura d’une œuvre > La découverte à l’étranger
Baccalauréat cinéma

La découverte à l’étranger

L’influence de L’Homme à la caméra est perceptible dans À propos de Nice de Jean Vigo (1930) dont le cameraman Boris Kaufman n’est autre que le plus jeune frère de Dziga Vertov. Sous-titré « Point de vue documenté », le film cite L’Homme à la caméra à travers le plan du cireur de chaussures, les cheminées d’usine ou le travail sidérurgique. Mais Vigo est davantage anarchiste que communiste dans sa critique de la société. Si le parlant freine les recherches formelles dans le documentaire, il permet cependant le développement des actualités cinématographiques dans les années 1930. À travers le regroupement thématique des nouvelles, The March of Time a été influencé par la Kinopravda de Vertov. C’est ce journal d’actualité auquel fait référence Orson Welles au début de Citizen Kane (1941) quand est projetée la nécrologie de Charles Foster Kane dans les bureaux de The News on the March. En confrontant la fiction et le documentaire, Orson Welles annonce le cinéma moderne dont Roberto Rossellini est l’autre figure. En découvrant Rome, ville ouverte (1945), Alexandre Astruc évoque Dziga Vertov : « La caméra s’est faite ici "enregistreuse du réel", comme dans l’esthétique russe, caractérisée par les films Dziga Gertoff33 », écrit-il (voir le document Débat sur L’Homme à la caméra). Vertov lui-même souligne à propos de Farrebique de Georges Rouquier (1948) : « On cite le film Farrebique, du metteur en scène Georges Rouquier. Mais, premièrement, Youtkévitch écrit qu’on y sent l’influence de Vertov. Deuxièmement, Georges Rouquier est un de ces documentaristes-cinéphiles que Vertov commença à organiser en cercles dès les années 1920. Souvenez-vous34. » En 1960, Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin lance la controverse du « cinéma vérité » qui reprenait la traduction littérale de « Kinopravda » proposée par Georges Sadoul dans son Histoire du cinéma. Le film marque une étape dans le développement du documentaire. Peu de temps après, Le Joli Mai de Chris Marker (1963) relance le débat sur l’objectivité du cinéma direct. En effet, l’auteur assume sa vision personnelle tout en reprenant le même dispositif que celui de Chronique d’un été à travers la caméra Coutand et le magnétophone Nagra. C’est à cet équilibre entre la fiction et le documentaire que parvient également Jean-Luc Godard qui, après une première tentative avec Masculin Féminin (1966), signe l’un de ses films les plus réussis avec Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967). Dans Les Lettres françaises, Georges Sadoul compare ce film à Enthousiasme : « À la différence fondamentale près que Vertov montrait un monde en construction et que ce film français est un témoignage sur un régime en décomposition35. » Au cours de la même année, le sketch du cinéaste pour Loin du Viêtnam a pour titre Camera Eye, en référence au « ciné-œil » de Dziga Vertov. Chris Marker qui est à l’origine du projet avait rendu hommage à Vertov peu de temps auparavant en publiant un poème en anglais intitulé « Let us praise Dziga Vertov » (voir le document Chris Marker, « Let Us Praise Dziga Vertov »). Après Mai 68, Jean-Luc Godard lance avec Jean-Pierre Gorin le Groupe Dziga Vertov, en concurrence au Groupe Medvedkine imaginé par Marker. Le cinéma russe devient ainsi une référence pour ces deux auteurs français qui s’éloignent ainsi du cinéma hollywoodien auquel ils avaient pourtant rendu hommage en 1963 à travers La Jetée et Le Mépris.

33 Alexandre Astruc, « Renaissance du cinéma en Italie : Rome, ville ouverte », L’Écran français, n° 78, 24 décembre 1946.

34 Dziga Vertov, « Extraits des carnets et des journaux », Articles, journaux, projets, coll. « 10/18 », Union générale d’éditions, 1972.

35 Les Lettres françaises, 23 mars 1967.