Baccalauréat cinéma - L'homme à la caméra

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Baccalauréat cinéma

Une symphonie urbaine

Les symphonies urbaines constituaient un genre important du cinéma documentaire d’avant-garde. Après New York 1911 du suédois Julius Jaenzon (1911), le deuxième film à proposer le portrait d’une ville est Manhatta du photographe Paul Strand et du peintre Charles Sheelers (1921) d’après le poème éponyme de Walt Whitman qui se décline sur un panneau représentant l’île de Manhattan. Commençant le matin et s’achevant le soir, Manhatta ne comprend pas de personnage principal, si ce n’est la foule, dans un décor qui met en avant l’architecture et les moyens de transports.

Photogramme de Berlin, symphonie d’une grande ville, Walter Ruttmann, 1927. © Avec l’aimable autorisation de Filmmuseum, Munich

Photogramme de Berlin,
symphonie d’une grande ville,

Walter Ruttmann, 1927.
© Avec l’aimable autorisation
de Filmmuseum, Munich

En 1926, Rien que les heures du cinéaste brésilien Alberto Cavalcanti suit l’itinéraire de différents personnages durant 24 heures à Paris. Le film est plus dramatique dans sa forme et annonce le réalisme poétique français des années 1930. La même année, Mikhaïl Kaufman tourne Moscou qui offre un portrait de la capitale de l’Union soviétique, de l’aube à la nuit. L’écoulement d’une journée est également le principe de composition d’Aujourd’hui ou 24 heures en 30 minutes de Jean Loeds et Boris Kaufman (1928) qui a pour décor Paris. Ces deux films témoignent de l’importance de cette forme dans l’entourage de Vertov.

Photogramme de Berlin, symphonie d’une grande ville, Walter Ruttmann, 1927. © Avec l’aimable autorisation de Filmmuseum, Munich

Photogramme de Berlin,
symphonie d’une grande ville
,
Walter Ruttmann, 1927.
© Avec l’aimable autorisation
de Filmmuseum, Munich

En 1927, Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann est la plus connue des symphonies urbaines. Divisé en cinq actes, le film commence avec l’arrivée d’un train en gare. On voit les rues désertes, la mise en marche des machines, les mannequins dans les vitrines, le départ des enfants pour l’école, le nettoyage des rues, la circulation des tramways, les animaux du zoo, le tirage et la distribution des journaux du soir, enfin les loisirs. Lors de la présentation de L’Homme à la caméra à Berlin, les deux films furent rapprochés par de nombreux critiques. Des plans réapparaissent d’un film à l’autre comme l’arrivée du train, l’agent de circulation, les secrétaires tapant à la machine, la réunion dans la brasserie. Vertov tiendra à rappeler l’antériorité de ses recherches et leur possible influence sur Ruttmann26. Si sa défense est peu crédible, il faut toutefois reconnaître que le projet de Vertov est différent de celui de Ruttmann (voir le document Dziga Vertov et Walter Ruttmann). En effet, le cinéaste soviétique cherche moins à enregistrer des événements quotidiens qu’à exprimer une utopie où le cinéma apparaît comme le témoin d’une transformation sociale.

26 Dziga Vertov, « Lettre de Berlin », Articles, journaux, projets, coll. « 10/18 », Union générale d’éditions, 1972.