1960 Année de l'Afrique

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1960 Année de l'Afrique

Du côté britannique : une décolonisation exemplaire ? Le cas du Kenya

Certes, en Inde comme en Afrique, la Grande-Bretagne a su faire l’économie de guerres prolongées et faire évoluer son empire avec, déjà, la création de dominions. Cette démarche s’appuyait sur le Commonwealth, qui offrait une structure d’accueil aux colonies qui accédaient à l’indépendance et préservait l’influence économique et culturelle de l’ex-métropole. En perdant, dès 1950, à la demande de l’Inde et du Pakistan, sa qualification de British, le Commonwealth of Nations abandonnait son caractère impérial au profit d’une communauté multiraciale et linguistique. C’est dans un quasi-consensus des partis politiques et de l’opinion publique que le cabinet Macmillan accorde les indépendances aux territoires africains à partir de 1957.

Il reste qu’au-delà de la bonne volonté de Macmillan, s’est fait jour la résistance du Colonial Office, soucieux de perpétuer la domination des Blancs. Cela explique les compromis laborieux associant, en principe, une triple garantie : du régime parlementaire, de la représentation des minorités et de l’appartenance au Commonwealth des futurs États.

Pour nuancer le portrait d’une Grande-Bretagne conduisant une décolonisation précoce, négociée et pacifique, on pourra s’appuyer sur le cas du Ghana (à travers la figure de Nkrumah dans la sous-rubrique « Les héros de l’indépendance ») ou celui du Kenya, en Afrique orientale, présenté ici.

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Images INA - Le problème Mau Mau au Kenya (JT 20H - 30/01/1954)


Ce document muet, extrait du journal télévisé du 30 janvier 1954 (la bande-son n’a pas été conservée) présente un camp de prisonniers, au Kenya, où les colons britanniques enferment les paysans rebelles Mau Mau, qui se battent depuis 1952 contre la loi coloniale britannique.

Ces images seront replacées dans un double contexte, celui de la colonisation britannique du Kenya et celui de la répression de la révolte Mau Mau, avec la question du rôle de cette dernière dans l’accession du Kenya à l’indépendance (obtenue en 1963).

À partir de ces recherches, on pourra faire écrire aux élèves un commentaire des images, sur deux modes au choix : le point de vue britannique d’alors, justifiant la répression du mouvement ; l’analyse d’un historien aujourd’hui, utilisant ces images comme un document sur la brutalité de la répression et évoquant le rôle de cette révolte et de sa répression dans l’accession du Kenya à l’indépendance.

La conquête britannique du Kenya avait initialement pour but de donner au Buganda (futur Ouganda) un débouché sur l’océan Indien. Mais la richesse du pays le transforme rapidement en terre de colonisation blanche. Au début du XXe siècle, plusieurs milliers de colons venus d’Angleterre ou d’Afrique du Sud s’approprient les riches White-Highlands qu’ils transforment en grandes plantations ou petites exploitations de café, de maïs ou de lin, destinées à la métropole. Colonisation brutale qui provoque très tôt des mouvements de protestation, surtout chez les Kikuyu dépossédés de leurs terres, rejetés dans des réserves ou réduits à un quasi-servage (les squatters). C’est dans ce contexte que naissent diverses associations telles la Kikuyu Central Association, dans les années 1920, à laquelle appartient Jomo Kenyatta. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quelques réformes assurent une meilleure représentation des Noirs et autorisent les partis politiques, comme la Kenya African Union (<abbr title="Kenya African Union">KAU</abbr>). La misère des paysans sans terres et des masses urbaines est cependant à l’origine d’un cycle de manifestations et de répression. La tension atteint son paroxysme entre 1952 et 1956 avec la révolte des Mau Mau, secte xénophobe et messianique qui exprime surtout une volonté de restaurer l’ordre précolonial. L’état d’urgence est proclamé en 1952. La révolte est très violemment réprimée et fait entre 10 000 et 15 000 victimes. Les méthodes employées sont brutales : parcage des populations, exécutions sommaires, très dures conditions de détention. Kenyatta est emprisonné pour 10 ans. Scandale en Grande-Bretagne où le Premier ministre Macmillan est obligé de remplacer le ministre des Colonies par un homme plus libéral après 1959.

On s’est beaucoup interrogé sur le rôle de Kenyatta dans l’accession ultérieure du Kenya à l’indépendance. Sans appeler directement à l’indépendance, le mouvement Mau Mau a mobilisé les masses urbaines et provoqué l’arrestation de Kenyatta, faisant de lui un héros national. Indirectement, il a donc encouragé et renforcé les revendications d’indépendance. Libéré de prison en 1961, Kenyatta prend la tête de la <abbr title="Kenya African Union">KAU</abbr>, devenue <abbr title="Kenya African National Union">KANU</abbr> (National) et mène, aux côtés de la Kenya Africain Democratic Union (<abbr title="Kenya Africain Democratic Union">KADU</abbr>), plus modérée et moins exclusive, les négociations qui amènent à l’autonomie interne du Kenya. Après les élections de juin 1963, qui assurent la victoire de la <abbr title="Kenya African National Union">KANU</abbr>, l’indépendance est proclamée le 12 décembre.