Édito

Le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin a été célébré en 2009 et il faut se féliciter de l’ampleur des diverses manifestations qui se sont déroulées dans le monde scolaire et universitaire, ainsi que dans la presse et les médias en général. Cette commémoration est arrivée fort opportunément, après quelques offensives de la part de fondamentalistes religieux, de croyants traditionalistes de diverses obédiences qui ont eu la tentation de s’engager dans la voie ouverte alors que, depuis plusieurs décennies, elles respectaient les principes de la laïcité républicaine. L’importance de l’enseignement du fait culturel et religieux a déjà été jugée indispensable à la formation des jeunes citoyens. Les thèses créationnistes, comme toute approche théologique, peuvent éventuellement, dans le respect de la liberté d’expression et des croyances de chacun, être exposées dans le cadre d’un apprentissage renforcé du fait culturel et religieux, mais elles ne peuvent prétendre à la scientificité. La science est une irremplaçable école de rigueur intellectuelle. Elle ne prétend pas au « pourquoi des choses » mais cherche à comprendre le « comment ». Il est donc indispensable de promouvoir l’enseignement de l’évolution en tant que théorie scientifique fondamentale dans les programmes généraux d’enseignement.

Conscients des difficultés grandissantes rencontrées par les enseignants en général et tout particulièrement ceux de sciences de la vie et de la Terre et ceux de philosophie, l’université, le ministère de l’Éducation nationale, les grands établissements scientifiques et culturels et des sociétés savantes se sont mobilisés. De cette volonté sont nés deux événements majeurs : le colloque « Enseigner l’évolution » et la série de conférences « Évolution ? Évolution ! ».

Il est apparu fondamental de fournir rapidement des éléments fiables pour les enseignants qui se retrouvent souvent face à des élèves privilégiant leur croyance par rapport à ce que la Science leur apprend. En classe, la majorité des problèmes que doivent gérer les enseignants avec la théorie de l’évolution trouve des réponses dans une bonne compréhension de ce qu’est la science elle-même et de son fonctionnement. En effet, les assertions que produit la science ne sont pas irréfutables, le doute rationnel fait partie intégrante de la démarche scientifique et ce n’est que par la discussion que l’on pourra faire progresser la compréhension de la science.

Une question majeure est de savoir comment les créationnistes prétendent prouver scientifiquement que toutes les espèces sont le fruit d’une création divine ? C’est là le cœur du problème. Il faut donc construire une connaissance objective, rappeler comment les scientifiques l’acquièrent, apporter des preuves et ensuite, seulement ensuite on peut comprendre que les constructions créationnistes sont des fraudes scientifiques.

Comprendre les mécanismes de la théorie scientifique de l’évolution, c’est comprendre l’histoire biologique de tous les êtres vivants, c’est nous renseigner sur l’origine de l’humanité et, de part son grand pouvoir d’action sur l’environnement terrestre, c’est permettre à l’Homme d’assumer pleinement sa responsabilité.

Afin d’aider au mieux les professeurs dans la préparation de leurs séances d’enseignement sur un des sujets les plus difficiles à aborder, cette mise en ligne de nombreuses et pertinentes ressources audiovisuelles et imprimées portant sur l’histoire de la Terre et de la vie, l’histoire de la théorie de l’évolution, la recherche des parentés, l’évolution de l’Homme, les mécanismes de l’évolution et les outils et méthodes utilisés par les scientifiques contribuera à une avancée pédagogique importante. Ces documents issus de DVD, d’ouvrages ou du site Evolution of life déjà édités par le CNDP sont accompagnés d’une fiche pédagogique suggérant des activités à réaliser en classe.
Très bien orientée, cette production répond aux besoins des classes et pourra être enrichie et actualisée avec une grande efficacité. Les six grandes rubriques découpées en séquences de une à dix minutes peuvent être utilisées à différents niveaux d’enseignement de la classe de 6e (classer des animaux) à la classe de terminale (évolution de l’Homme), voire pour des élèves du premier degré (histoire du Dodo).

Je remercie les auteurs des éléments de cette très importante contribution, ainsi que monsieur le directeur du CNDP qui en a accepté la production et la mise en ligne en accès libre. L’inspection générale reconnaît l’intérêt national de ce travail considérable et sa portée incitative, dans la tâche difficile de diversification de nos actions éducatives auprès des élèves.

Annie MAMECIER
Inspectrice générale
Groupe des sciences de la vie et de la Terre