Itinéraire 3 : Les océans dans le cyclone de la mondialisation

Conférence : Yves BOQUET « Les grands ports d'Asie orientale »

Professeur de géographie à l'Université de Bourgogne, secrétaire général de l'Association de Géographes Français, directeur de la revue Bulletin de l'AGF

Résumé

Les dernières décennies ont vu la croissance exponentielle des échanges maritimes dans le contexte de la mondialisation. La place éminente des pays asiatiques dans le commerce international se marque par une véritable explosion de leurs trafics portuaires. Cette communication a comme objectif de présenter les mutations des grands ports d’Asie Orientale : évolution des trafics généraux et de conteneurs, aménagements portuaires, devenir des anciens espaces portuaires.

Les ports japonais (Tokyo, Yokohama, Kobe, Osaka, Nagoya) étaient les plus importants d’Asie avec ceux de Hong Kong et de Singapour dans les années 1970. Mais l’émergence des nouveaux pays industriels (Corée du Sud, Taïwan), dépourvus comme le Japon de ressources minières et énergétiques (qu’ils doivent importer par voie maritime), basant leur croissance sur une stratégie de zones franches exportant des produits manufacturés de grande consommation (textiles puis électronique), a suscité un très fort essor des trafics à Busan, Inchon et Kaohsiung. Singapour et Hong Kong avaient plutôt un rôle de plate-forme de redistribution, le premier au cœur de l’Asie du Sud-Est et du triangle de croissance « Sijori » (Singapour-Johore Baharu-archipel Riau), le second comme interface entre la République populaire de Chine et le monde extérieur.

Depuis les années 1980, et surtout depuis les années 1990, la formidable poussée économique de la Chine a fait émerger des organismes portuaires d’importance mondiale, à commencer par Shanghai, au débouché d’un vaste bassin du Yangzi lui donnant une situation géographique qui rappelle Rotterdam ou La Nouvelle-Orléans, et qui a récemment pris la première place mondiale dans le volume total des trafics, et menace la prééminence de Singapour et de Hong Kong dans les mouvements de conteneurs. D’autres ports chinois (Ningbo, Shenzhen, Qingdao, Dalian…) se sont aussi hissés en dix ans parmi les 20 premiers ports du monde. Deux « clusters » portuaires ont émergé dans la région du bas Yangzi et le delta de la Rivière des Perles. Puissance traditionnellement terrienne, la Chine est ainsi devenue depuis quelques années une grande puissance maritime.

Pour répondre à la demande du trafic, tous ces ports n’ont cessé de s’étendre sous diverses formes : création de nouveaux bassins portuaires, remblaiement de baies, îles artificielles (île Rokko à Kobe), tant au Japon que dans les pays voisins. On assiste maintenant à une multiplication et à une spécialisation des équipements portuaires vers des sites d’accès aisé pour les plus gros navires. Le chantier le plus monumental est actuellement celui du nouveau port à conteneurs de Shanghai, à une dizaine de kilomètres des côtes.

Certains de ces ports est-asiatiques (Nagasaki, Ulsan, Shanghai, Qingdao) sont devenus les sites principaux de chantiers navals, d’où sortent les pétroliers, méthaniers, porte-conteneurs, qui sillonnent aujourd’hui les mers du globe. Singapour s’est spécialisé dans la réparation et la transformation de super pétroliers.

Les organismes gestionnaires de ports asiatiques (Port of Singapore Authority, Hutchison Whampoa…) s'intéressent à l’acquisition d’infrastructures portuaires dans d’autres régions du monde, jusqu’à Panama et en Europe, mais les transporteurs maritimes ont aussi leur mot à dire, comme le géant danois de la conteneurisation Maersk, qui a quitté Singapour pour s’installer dans un port voisin en Malaisie (Tanjung Pelepas).

L’évolution permanente des dynamiques portuaires conduit donc à des recompositions spatiales à diverses échelles, de la grande façade maritime est-asiatique aux « grappes » de ports et aux installations locales, qui connaissent comme en Europe ou aux États-Unis des dynamiques de réhabilitation d’anciens équipements portuaires devenus obsolètes, les reconversions en cours favorisant la mise en tourisme des fronts d’eau (promenades, aquariums, restaurants) et la construction d’infrastructures de prestige (palais des congrès) donnant aux villes-ports une dimension de « global city ».

Cette présentation accordera une importance particulière aux ports de Tokyo, Kobe, Busan, Inchon, Qingdao, Shanghai, Hong Kong et Singapour.

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