Interviews de réalisateurs
 
Catherine Terzieff :
DESIGN-DESIGNERS
 

DESIGN-DESIGNERS
Treize émissions de 13 minutes (tous publics) proposées par Catherine TERZIEFF.

Jacques DUGOWSON. Notre dernier entretien, qui portait sur la série « Faits d'architecture », avait été une occasion de souligner la continuité entre les émissions sur les arts plastiques et celles sur l'architecture. Cette continuité se poursuit-elle avec cette nouvelle série sur le design qui va débuter en septembre 2000 ?
Catherine TERZIEFF. Bien sûr. Les « designers » créent les icônes d'une époque, de notre époque ; et je ne le cache pas, ce qui me passionne le plus, c'est cet aspect « art plastique » de la question qu'on va retrouver. Les objectifs de cette nouvelle série rappellent en effet ceux des précédentes, tout en portant sur un domaine particulier bien que très vaste.
Il s'agit d'aider les téléspectateurs à apprendre à regarder ces objets, leurs formes, leurs couleurs, leur matière, car tous ces éléments ont des implications très importantes sur les objets que nous utilisons : les matériaux, c'est essentiel…

On reviendra plus tard sur les matériaux. Peut-être peut-on décrire d'abord la démarche de la série. Comment se structure-t-elle ?

C. T. Je souhaite faire connaître les grands créateurs français du design. Chaque émission de 13 minutes est consacrée au travail d'un designer connu, confirmé. On prend appui sur la conception et l'élaboration de quelques-unes de ses réalisations, celles dont il est le plus fier, ou le plus satisfait. Un seul objet, une seule réalisation par créateur risque d'être insuffisant pour connaître le « designer ». C'est le personnage de premier plan de l'émission, mais on le verra, si possible, en relation d'équipe avec son directeur de marketing ou son chef de fabrication.

Comment les treize (ou quatorze) designers ont-ils été choisis ? Sur quels critères ? Quelle répartition selon les domaines, les genres, les secteurs commerciaux ?

C. T. J'ai choisi de solliciter des designers appartenant à trois ou même quatre générations différentes :
– les « pères (… et mères) », comme Andrée Putman, la grande prêtresse du design ; Roger Tallon…
– les « matures » de 40-50 ans, comme Philippe Starck, vedette on ne peut plus médiatique,
– la « génération des 30-40 ans », comme Martin Szekely (le verre Perrier),
– et enfin, les « espoirs », les moins de 30 ans, comme les frères Bouroullec, déjà bien lancés.

Le « design », c'est un mot qui recouvre beaucoup de notions, de catégories…

C. T. Oui, en fait, il y a toutes sortes de design, qui ont toutes en commun d'être l'art de concevoir des objets de consommation, des objets fonctionnels, en faisant correspondre la finalité des objets, leur forme esthétique, leur couleur, la matière utilisée. On ne peut séparer, isoler, la matière de la couleur elles sont toujours inséparables… Ça, c'est une idée qui m'importe, d'insister sur le fait qu'une couleur dépend de la matière dont l'objet est fait. Il faut aussi réfléchir sur le faux dilemme entre esthétique et fonctionnalité…

Il faudrait citer quelques-uns des domaines concernés.

C. T. Le champ est presque sans limites. Citons dans le désordre :
– le mobilier : celui des particuliers, des collectivités, des institutions, le mobilier urbain, etc.,
– le design industriel : celui des transports (voitures, trains, avions…), des machines-outils…
– le design des objets du quotidien (lampes, téléviseurs, machines à café…), le design de la table, les couverts…
– le design des objets de luxe (les bijoux, le flaconnage du parfum…),
– le design vestimentaire (stylisme), celui du matériel de sport, des vêtements de protection…
– le design « graphique » de la création des logos de marque et autres formes d'identité visuelle, des affiches…
– le design de la signalétique, des tissus, des papiers peints, du « packaging »…

Bref, le design est partout ?

C. T. Oui, tous les domaines de la production sont concernés. Tout objet fabriqué est « désigné », comporte un dessein et un dessin. Bien sûr, on ne pourra pas tout aborder en treize émissions.

Revenons aux matériaux.

C. T. L'étude des matériaux utilisés prendra une bonne place dans ces émissions, et on mettra en évidence la découverte et le traitement de matériaux très divers : les plastiques, qui sont devancés par les carbones, les résines, les polyesters ou les propylènes, très sophistiqués. On espère pouvoir montrer les découpes au laser et les techniques les plus avancées quant à la fabrication des moules et au traitement des fibres de verre… Je m'efforcerai de faire en sorte que, tout au long de cette courte série, le choix des objets considérés tienne compte du matériau. Et que cette série soit l'occasion de parler des matériaux traditionnels (verre, fer, inox, bois, céramique, etc.) autant que des matériaux dits nouveaux (plexiglas, carbone et ses dérivés, pyralènes, etc.).

Ça n'est pas un peu compliqué ?

C. T. Nous sommes tous quotidiennement en contact avec ces matières, il faut ouvrir le regard des gens sur cet aspect des choses, je l'ai déjà dit. Actuellement, certains designers travaillent sur le « code génétique », sur l'ADN, d'une matière…

Comment alors définir ces designers, ce sont des chercheurs scientifiques, des techniciens, des dessinateurs, des artistes peintres, des commerçants, ou quoi d'autre ?

C. T. Le cahier des charges à l'origine de la conception d'un produit peut être très contraignant, liant des impératifs ergonomiques, de fabrication, et des impératifs commerciaux. Les designers sont des créateurs dont l'activité est absolument liée à l'économie de marché, à la société de consommation.
Le designer d'aujourd'hui n'est ni un artiste entièrement libre, ni un artisan technicien à la botte d'un directeur marketing. Ses créations répondent à une commande, ces commandes constituent un projet de société, et la réponse doit être une anticipation sur l'évolution des mœurs, des goûts et des désirs.

Concrètement, quel est l'élément premier : le style d'un designer ? Ou la nature de la commande ?

C. T. C'est un aller-retour un peu compliqué. Les créateurs sont sollicités pour leur « griffe » personnelle, mais ils doivent travailler dans l'esprit d'une marque. Ce qui arrive fréquemment, c'est que les plus talentueux « se font » un style personnel en travaillant avec une souplesse et une flexibilité nécessaires à la commande d'une marque. Et puis d'autres marques les sollicitent à cause de cette griffe personnelle qu'ils ont su imposer.

Quels sont les aspects du design qui le placent résolument dans le cadre de l'économie de marché ?

C. T. Il y en a beaucoup. Citons le côté « anticipation » : pour faire vendre, on crée des besoins artificiels et on prévoit sur une dizaine d'années. Une marque renouvelle régulièrement les formes de ses produits pour paraître vivante, dynamique. Les designers travaillent dans le secret, dans une course concurrentielle constante, car ces marques se copient souvent. Pour un flacon de shampoing, un designer peut travailler douze à dix-huit mois. Certaines formes ne sont mises en œuvre que par opportunisme, pour faire plaisir aux consommateurs-utilisateurs. Par exemple, l'aérodynamisme des locomotives ou des automobiles, alors qu'à notre époque le vrai problème, c'est le freinage.

Les designers, les objets, les lieux de tournage sont déjà fixés ?

C. T. La liste des designers est établie, nous avons l'accord de treize créateurs. Le calendrier des tournages, les réalisateurs, les dates de diffusion sont arrêtés. Quant aux lieux de tournage, il nous a fallu repenser une partie de nos projets. Par exemple, il faut renoncer aux tournages éloignés de Paris ou de la région parisienne, car nous ne disposons que de quatre jours de tournage par émission, déplacement inclus.

Comment faire alors pour traiter de réalisations qui sont un peu loin de la capitale ?

C. T. On a recours aux photos, au stock-shot, aux documents fixes ou animés accessibles, c'est un procédé classique quand le temps de tournage est limité.

On peut définir en quelques mots l'œuvre des designers qui figurent dans cette série ?

C. T. Alors autant les citer dans l'ordre des diffusions prévues :
– 11 septembre 2000 : Martin Szekely (44 ans) s'est fait connaître par une chaise longue qui fait partie aujourd'hui des collections du Centre Pompidou. Grand Prix de la critique 1987. Élu « créateur de l'année 87 » lors du Salon du meuble.

– 18 septembre 2000 : Olivier Gagnere (52 ans), designer-artisan d'art, a réalisé le café Le Marly face à la Pyramide du Louvre, le salon de thé Bernardaud, rue Royale…, des objets de cristal chez Lalique. Un design qui contribue à l'image de la France exportatrice de produits de luxe.

– 25 septembre 2000 : Jean-Marie Massaud (34 ans) vient de signer le dernier flacon de parfum Nemo chez Cacharel, une image diffusée sur tous les murs de Paris.

– 2 octobre 2000 : Andrée Putman, la « grande prêtresse du design », a réalisé les lieux les plus chics du monde, à New York, au Japon, en Europe.

– 9 octobre 2000 : Christophe Pillet (39 ans), ancien collaborateur de Philippe Starck, vedette du Salon du meuble de Milan. Chargé depuis deux ans de la direction du Salon du meuble de Paris, à la porte de Versailles.

– 16 octobre 2000 : Élisabeth Garouste et Mattia Bonetti (environ 50 ans). L'exposition consacrée à ce tandem au Centre Pompidou en 1997, fut un succès. Ils travaillent sur des espaces autant que sur des objets.

– 23 octobre 2000 : Ruedi Baur (40 ans). C'est le plus brillant des designers en communication. Il a pris la relève de Jean Widmer et vient de réussir la nouvelle signalétique du Centre Pompidou.

– 30 octobre 2000 : Arick Levy (32 ans), l'un des designers les plus motivés par l'étude et l'invention de matériaux nouveaux. Passionné par toutes les sources lumineuses, il invente quantité de lampes personnalisées.

– 4 décembre 2000 : Roger Tallon (71 ans), connu internationalement. Exposition personnelle à Beaubourg en 1993. Aménagement des trains Corail, des TGV Transmanche et de Meteor.

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