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Sous les bombes

Plans rapprochés

Que devient la vérité sous la fumée des bombes ?

« Mon enfant est perdu, il faut le trouver »

En marge des images nous montrant un Liban sud dévasté sous les bombes, le fil rouge du film est l’enquête que mènent Zeina et Tony pour retrouver Karim. Cette investigation est menée au rythme de l’espoir, toujours suivi par la déception. Ce ressort dramatique est récurrent et implique une tension à laquelle le spectateur s’identifie. On croit être près du but et l’on se rend compte qu’il faut aller encore plus loin, plus au sud.

1 Dans un premier temps, Zeina visite une école à Saïda qui abrite des réfugiés. Là, chacun cherche un membre de sa famille ou pleure ses morts, mais personne n’a vu le fils de Zeina. Elle se rend alors au palais de Justice où sa sœur Maha et son fils sont enregistrés. Une femme lui donne un espoir en lui disant qu’elle a vu une femme rousse avec un petit garçon. Mais la photo que montre Zeina ne correspond pas à la sœur de l’héroïne. Il faut encore aller plus au sud, dans un autre camp de réfugiés, un monastère, mais tous les réfugiés sont partis. Zeina doit repartir du point de départ, son village, pour mener son enquête. Tony, qui se veut rassurant et protecteur, lui assure plusieurs fois « qu’on le trouvera ». L’espoir sans cesse renouvelé permet aux héros de continuer leur recherche.
2 Arrivée dans son village natal, une femme lui révèle que sa sœur est morte mais un témoin, le petit Ali, fournit des informations essentielles puisqu’il affirme que Karim est vivant. Le premier réflexe de Tony est de partir pour la ville de Tyr où Karim aurait été emmené mais, soudain, il fait marche arrière et retourne interroger Ali. Cette volte-face est très importante dans la narration puisqu’à ce moment précis, Tony sort de son rôle de chauffeur pour endosser celui d’un protecteur qui va s’investir dans l’enquête et affronter la souffrance de la guerre qu’il niait jusque-là. Désormais, Zeina ne sera plus seule et Tony va reprendre l’enquête.
3 Ali ne ment pas mais ne connaît pas la vérité car la vérité s’est dissimulée derrière le nuage de fumée provoqué par les bombardements. À l’instar d’un film policier ou de détective, Tony, dont les sentiments pour Zeina se renforcent, va endosser le rôle de l’enquêteur. Il va donc interroger avec beaucoup de délicatesse le jeune Ali en instaurant avec lui un rapport de complicité. L’existence de Tarek, un jeune garçon de l’âge de Karim, nous est divulguée, ce qui nous permettra d’appréhender la fin de manière cohérente. Ce qu’a réellement vu Ali c’est que Karim est allé chercher Tarek suite à un bombardement, Ali lui a couru après, mais l’a vu disparaître dans la fumée. Puis, des ambulances sont arrivées et Ali a vu Karim, au milieu de la fumée, monter dans l’une d’elles. La preuve pour Ali que Karim est bien monté dans l’ambulance est que celui-ci portait le pull que son père lui avait ramené d’Amérique...
L’enquête apporte son lot de suspense et en ce sens la fin du film atteint son point culminant. Lorsque Karim est enfin localisé dans un monastère, Zeina lui parle au téléphone mais nous savons, par les dires d’une infirmière, que le petit garçon est muré dans son mutisme, traumatisé. Ainsi, Karim ne peut répondre à sa mère et le spectateur adhère à cette version. Il est devenu un enfant muet et sans identité, « personne ne sait qui il est » dit Zeina puisqu’il ne dit pas son nom. Ces deux prétextes permettent au réalisateur de leurrer le spectateur jusqu’à la toute fin. Nous en savons autant que Zeina et Tony mais moins que le narrateur qui a sciemment choisi de nous cacher la vérité.
4 Lorsque, enfin, à l’aube, la promesse de revoir Karim va advenir, nous suivons en temps réel la course vers la pièce où se trouve le petit garçon qui attend sa mère. C’est à travers le regard de Tony qui observe Zeina que la résolution de l’enquête survient et que la vérité sort de la bouche de l’enfant. Un simple échange de vêtement a induit Ali, l’informateur, en erreur. C’est pour couvrir le visage de sa mère morte que Tarek s’est défait de sa chemise, c’est pour aider son seul ami que Karim lui a fait don du pull. Ce don sacrificiel est chargé d’une image chrétienne, comme celle de l’enfant Ali qui console la mère, Zeina, en apposant ses mains sur sa tête.
C’est là une des morales de ce film : ce que les yeux voient n’est parfois qu’illusion. Est-ce à dire qu’en ces temps de fureur nous n’avons plus de vision claire des choses, que la réalité nous échappe parce qu’une fumée aveuglante nous leurre ? Quant à Tarek, le survivant privé de parole et d’identité, peut-être pouvons-nous enfin lui donner un nom ? Il s’appelle Liban.

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