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Loin du paradis

Plans rapprochés

Le générique a-t-il une valeur programmatique ?

Pendant qu’il présente la liste des noms des principaux acteurs et techniciens, le générique de Loin du paradis offre quelques pistes de lecture sur les intentions du metteur en scène. C’est ainsi qu’on y repère nombre d’éléments propres au genre mélodramatique annonciateurs de la crise à venir.

Le générique d’un film peut être annonciateur de ses intentions. C’est le cas pour Loin du paradis. Quelques notes de piano égrenées sur un écran noir dénotent d’emblée la mélancolie qui va irriguer tout le film ; la nostalgie aussi, comme celle de Todd Haynes pour un genre qu’il mime dans un geste d’hommage souligné (cf. les couleurs, les lents mouvements d’appareil, la raideur du jeu des acteurs, le sourire de Julianne Moore, etc.).

Une toile de feuilles peintes est raccordée à une image en mouvement montrant les mêmes feuilles rouges d’érables en automne et sur laquelle s’inscrit le nom de l’actrice principale en bleu pastel, couleur choisie pour le registre sentimental de l’œuvre 1a. Ce changement de plans constitue une sorte de passage de relais entre les souvenirs figés des mélodrames d’antan et l’histoire à venir. L’image fixe, évocatrice de la couverture des romans à l’eau de rose, est aussi une manière de rappeler que le mélodrame trouve ses origines dans le théâtre et la littérature populaires destinés à un public féminin. Entre cinéphiles, le clin d’œil se fait également vers le générique et le titre d’une œuvre de Sirk : Écrit sur du vent (Written on the Wind, 1955).

Le générique indique par ailleurs combien la nature et le rythme des saisons sont importants dans le mélodrame. Les conventions topiques du genre font de l’automne la période de la tristesse, le printemps celle du renouveau et de l’espoir d’une vie meilleure (comme à la fin de notre film).

Un ample mouvement de grue permet à la caméra de descendre doucement des arbres (douceur en adéquation parfaite avec l’image lisse que la bonne société d’Hartford veut se donner). De leur côté, les couleurs scandent par avance les situations pathétiques de l’intrigue, au-delà de tout réalisme psychologique (comme la scène où le jardinier, fan de Miró, emmène Cathy déjeuner dans un bar « pour » Noirs). L’importance donnée ici aux arbres n’est pas anodine car, dans le mélodrame, ils sont souvent la métaphore du couple, de l’amour et des désirs.
La fin est toute entière inscrite dans cette première image car on y voit la gare, lieu même du départ de Raymond, qui scellera le destin de Cathy 1b. L’envolée musicale et la typographie du titre rendent directement hommage aux mélos des années 1950. Autre gimmick du genre employé ici : les fondus enchaînés, qui permettent une transition discrète entre les différents plans, manière d’adoucir encore un peu plus l’atmosphère glamour qui se met en place. Une automobile aux couleurs des lettres du générique, une petite fille et sa mère, une blonde élégante qui prend le volant 2. Voici l’image d’une femme moderne qui sait conduire son destin, nous dit l’image en trompe-l’œil. La voiture démarre. Les arbres omniprésents semblent présider à cette scène d’exposition. Ici, pas d’opposition entre ville et nature comme dans la plupart des mélodrames. Les arbres appartiennent harmonieusement au paysage urbain.

Un nouveau mouvement accompagne l’arrivée de Cathy dans son home qui bientôt ne sera plus très sweet 3. Le quartier résidentiel, la large chaussée bordée d’arbres aux couleurs automnales magnifiques, la lumière de cette fin de journée particulièrement douce, la riche propriété dans le fond du plan, l’arrivée précipitée de la bonne Sybil, tous les détails de ce cadre de vie clament les poncifs du bien-être bourgeois. David et Janice, les deux enfants de Cathy qui sollicitent leur mère « comme il se doit », complètent le gentil tableau familial. Seule ombre ici : l’absence du père. L’invitation à dîner annonce encore l’hyper-intégration des Whitaker tandis que la correction de la faute de langage de David (absence de « ne » dans une phrase négative) indique combien sa mère, bonne bourgeoise soucieuse de l’éducation de ses enfants, est consciente de l’importance du maniement de la langue dans l’exercice de son pouvoir social.

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