Plans rapprochés
Comment instaurer une tension dramatique ?
La séquence se déroule au domicile de Marcel Marx qui héberge Idrissa, l’enfant clandestin recherché par la police française et notamment le commissaire Monet. Elle repose sur la tension dramatique inhérente à la situation puisque l’enfant, vers qui va l’empathie du spectateur, est sur le point d’être découvert.
Plan 1 : Le plan met en scène les trois personnages principaux qui sont tous visibles pour le spectateur mais isolés les uns des autres par leur place dans le cadre ou par les éléments du décor. La porte sépare les deux protagonistes représentant deux mondes opposés qui ne doivent surtout pas se rencontrer et on va jouer ici sur le savoir du spectateur et celui du personnage afin de créer une tension dramatique. Dans le même temps, Marcel Marx placé derrière le commissaire est quasiment caché par lui et est de peu de secours devant l’imminence de la possible découverte de l’enfant par l’officier de police. Les trois personnages sont comme coincés au sein de l’exiguïté du décor dans un huis-clos qui laisse peu d’échappatoire à Idrissa.
Un plan intermédiaire avec un resserrement sur Idrissa en plan rapproché épaules permet au spectateur d’appréhender l’inquiétude de l’enfant qui semble regarder le commissaire en faisant fi de l’opacité de la porte comme si la situation allait bientôt tourner en sa défaveur.
Plan 2 : Kaurismäki poursuit sa démarche de changement d’échelle de plan en filmant cette fois-ci les deux adultes, laissant entendre que la situation va se dénouer, mais peut-être de manière plus brutale comme en témoigne le regard menaçant que porte Marx sur le commissaire qui ne se doute de rien. Le cinéaste joue là encore sur le savoir du spectateur et celui des personnages. La profondeur du champ est obstruée par la position de Marx qui bloque maintenant une possible porte de sortie au commissaire, on commence à avoir un renversement de l’équilibre des forces, le prédateur devient à son tour menacé.
Plan 3 : Le changement d’axe de la caméra (on est cette fois-ci dans le contrechamp de la scène) laisse place à un insert en légère plongée sur un fer à repasser hors d’âge qu’empoigne la main décidée de Marx. Ce plan quasiment hitchcockien introduit une tension dramatique puisque l’on devine le détournement de cet objet quotidien en arme dangereuse, l’action serait violente mais permettrait de sauver Idrissa de l’arrestation.
Plan 4 : Le plan serré sur le visage de Marx ne fait que confirmer ce basculement psychologique du personnage prêt à tout pour défendre son protégé ce qui provoque une vraie tension dramatique dans cet univers poétique.
Après avoir porté la tension dramatique à son acmé grâce à une mise en scène précise, Kaurismäki clôture la séquence en faisant partir le commissaire Monet, ce qui empêche le basculement du film dans un autre genre cinématographique.









