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Une bouteille à la mer

Plans rapprochés

Comment filmer une rencontre qui n’a pas lieu ?

Tal et Naïm établissent une relation virtuelle, faite d’échanges de mails et de chats sur Internet, mais ils ne se rencontrent jamais physiquement. Même à la fin du film, quand Naïm se rend au check-point d’Erez et que Tal fait route à toute allure avec une amie pour le rejoindre, les deux jeunes gens ne font que se croiser, au mieux, s’apercevoir à travers la vitre d’une voiture. La rencontre est reportée à… plus tard, peut-être. Ou, qui sait, peut-être à jamais, car l’important n’est déjà plus là : chacun a rencontré un ailleurs, une distance à parcourir. Et pourtant, le principal objet du film réside dans le lien qui se tisse à distance entre les deux protagonistes, au point qu’on peut dire qu’une rencontre a réellement eu lieu. Comment le film réussit-il à en créer le sentiment ?

Une bouteille à la mer propose un double regard sur le conflit israélo-palestinien et permet d’aborder celui-ci alternativement selon le point de vue croisé de Tal et de Naïm. C’est cette double identification, cette double empathie que recherchait déjà Valérie Zenatti dans son roman et qu’elle considérait comme la clé pour comprendre chacune des deux parties. Dans le film, cela se traduit par une série de plans alternés entre la jeune fille écrivant à son mystérieux Gazaman et la réaction quasi immédiate de celui-ci 1 et 3. C’est dire qu’ils se suivent à peu près systématiquement l’un l’autre dans les plans, mais ne se retrouvent jamais dans le même cadre. Pour arriver à cette double identification dont parle Zenatti, la caméra capte aussi leurs gestes, leurs visages et leurs expressions de près 1, 2, 3, ce qui permet de suivre les étapes de leur rapprochement et ses effets sur les protagonistes. Mais la rencontre se joue finalement peut-être davantage entre deux plans, dans cet espace intermédiaire – presque interstitiel –, imaginaire et fictionnel qui permet à chacun d’imaginer ce qu’est l’autre, ce qu’il ressent et à quoi il pense.

C’est aussi l’idée fixe de Tal qui permet de créer cette rencontre, d’assurer un lien permanent entre les deux personnages, même lorsqu’elle se cogne contre le silence le plus dur de Naïm. En effet, elle n’abandonne jamais la partie, elle maintient cette correspondance à tout prix, fût-ce au prix de la colère, de la rage ou de l’inquiétude, et tente de combler le mutisme du jeune homme, le vide de la séparation et la distance qui les sépare (très petite en réalité, 78 kilomètres !). Si, au début du film, Naïm met du temps à lui répondre et a du mal à s’affranchir de son laconisme ou de son cynisme dans ses messages, Tal finit progressivement par le convaincre et le conquérir, voire le séduire.

Enfin, les objets et leur (libre) circulation dans le film jouent évidemment un rôle symbolique dans cette rencontre : que ce soit sous forme de lettre 1 et 2, de mails 3 ou de photographie 4, ils maintiennent un lien permanent et assurent un contact physique entre les deux protagonistes, à défaut de se parler ou de se voir réellement. Ils circulent entre les mains de Tal et de Naïm et jouent comme une force centripète qui va vers l’autre. Mieux, chacun de ces objets vaut peut-être aussi comme métonymie, comme partie désirante d’un corps qui se défait pour partir à la rencontre de l’autre. 

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