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Faust aux enfers - Les Quatre Cents Farces du diable

Plans rapprochés

Comment faire spectacle au cinéma ?

Montrer comment Faust aux enfers et Les Quatre Cents Farces du diable mettent en scène le spectacle cinématographique en utilisant la danse, le rythme, la descente aux enfers, mais aussi l’exploration. Expliquer en quoi ce spectacle est ambigu et se situe entre science et sorcellerie.

La mise en scène du spectacle cinématographique

La présentation du spectacle

Dans Faust aux enfers comme dans Les Quatre Cents Farces, la descente aux enfers fonctionne comme une véritable initiation au cinématographe. Effrayé, Faust refuse de s’y rendre. Méphisto doit le contraindre à entrer dans la caverne, voire le molester, pour parvenir à ses fins. Pendant le trajet, Méphisto et Faust sont souvent coupés et se retrouvent sur le bord du cadre 1. pour laisser la place au spectacle infernal (ballerines, danseurs, monstres se succèdent et se superposent). Un décor de grotte s’écarte pour laisser place à un autre, suggérant de cette manière une impression de profondeur.

Aux enfers, la danse (déjà présente en 1896 dans la première féerie Gaumont, La Biche au bois) est très importante. Ces danseuses en tutu ou aux jambes nues 2., osées pour l’époque, rencontrent un véritable succès dans les foires et évoquent des cabarets à la mode comme L’Enfer (boulevard de Clichy), photographié par Eugène Atget en 1898. L’interprétation des diables met en valeur un corps dynamique, voire athlétique. Méliès a acquis cet art du rythme sur la scène de théâtre, quand il était prestidigitateur, et il délivre une prestation très physique, quasi autoritaire. Il s’adresse aux spectateurs et présente son film comme un tour. Son apparition finale au centre de la composition (une place habituellement réservée aux apparitions sacrées) représente le clou du spectacle 2. et accentue cet aspect démiurgique.

L’exploration

Comme dans Faust aux enfers, en dissertant sur le thème de l’exploration, Les Quatre Cents Farces évoque l’expérience cinématographique. Comme pour Faust, l’exploration ne va pas de soi et les deux explorateurs ne savent pas vraiment où ils mettent les pieds. Le bonimenteur nous précise que l’alchimiste (le diable) rit à gorge déployée des craintes des explorateurs quand ils pénètrent dans l’antre de l’enchanteur (la caverne). Ces derniers se retrouvent comme le public de l’époque, craintifs, dubitatifs, excités, mais aussi dupés 3

Même si la caméra ne bouge pas, Les Quatre Cents Farces marque un degré de sophistication en présentant différents lieux, grâce aux changements brusques de décors : le laboratoire de l’alchimiste, l’intérieur cossu des explorateurs, une ville anglaise, un pont, un village des Alpes, une auberge, les pentes du Vésuve  4., les nuages, les enfers.

Satan réapparaît dans une extravagante automobile rouge, transforme l’équipage et dévie le carrosse astral de sa route. Son jeu est épileptique, opposé au calme de la longue séquence du voyage aérien. Mais la balade poétique dans les étoiles ne dure pas. Le diable provoque un emballement (un transport) des images et un flamboiement 5. L’utilisation de la couleur rouge apporte une dramatisation, le rouge étant réservé aux scènes d’incendie (d’ailleurs très fréquentes) et au monde souterrain. Crawford amortit sa chute grâce à son parapluie, détail poétique déjà présent dans l’opéra féerie Le Voyage dans la lune d’Offenbach.

Dans tous les endroits que les explorateurs atteignent, ils sont accueillis par Satan, déguisé tour à tour en alchimiste ou en aubergiste, grâce à sa sorcellerie (le cinéma, à la fois magie blanche et magie noire). La chevauchée fantastique trouve ses sources dans les premières expérimentations optiques. « Il est difficile d’expliquer, pour ceux qui ignorent tout de l’optique, comment une image peut s’échapper d’une simple boîte en fer pour voyager, grâce à un faisceau lumineux, jusqu’à un écran. C’est le fameux “transport des images” qui intrigue tant [...] Charles Patin et ses contemporains » (Laurent Mannoni, Méliès, magie et cinéma, Paris, Musées, 2002, p. 39). Et comme dans Faust aux enfers, les personnages finissent rôtis, dans l’allégresse générale 6. Les décors des enfers réutilisent les cratères et les démons aux masques de Sélénites du Voyage dans la lune, et la gueule d’enfer anthropomorphe engloutit les malheureux intrépides au même titre que la lune.

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