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La Guerre est déclarée

Plans rapprochés

Comment le champ/contrechamp peut-il exprimer l’isolement ?

Montrer l’isolement du couple dans son combat contre la maladie.

La séquence se situe juste après l’entretien entre Roméo et Juliette et le professeur Sainte-Rose ayant suivi l’opération de la tumeur d’Adam. Le retrait de la tumeur s’est certes bien déroulé mais les nouvelles sont pour le moins inquiétantes puisque le professeur leur laisse comme seule note d’espoir un maintien en vie jusqu’à l’âge de cinq ans. La famille attend le résultat de l’opération dans la cour intérieure de l’hôpital. La séquence montre l’annonce de la « bonne nouvelle » aux proches du couple.

La séquence sélectionnée est composée de onze plans (depuis la sortie de l’entretien avec Sainte-Rose jusqu’au premier plan de la fête en boîte de nuit) (Time code : 01 : 01 : 07 – 01 : 01 : 53). Neuf de ces plans sont conçus en champ/contrechamp sans qu’à aucun moment la caméra ne filme l’espace intermédiaire séparant les deux groupes comme si finalement le couple était isolé dans son combat contre la maladie malgré la solidarité de leurs proches.

La séquence débute par un léger panoramique gauche-droite sur le couple franchissant dans une course énergique les portes battantes d’un couloir d’hôpital tandis que Roméo dit qu’il ne faut retenir que ce qui est positif. (Time code : 01 : 01 : 07)

 1 : Roméo et Juliette continuent leur course, ils sont filmés en plan moyen et passent sous un porche sombre (annonciateur de l’épreuve à venir ?).

 2 : Les proches du couple ne formant qu’un seul ensemble  courent à leur tour vers Roméo et Juliette pour entendre la nouvelle. On pose dès lors le système du champ/contrechamp.

 3 : Le couple, cadré en plan italien et resté en haut des marches, annonce la réussite de l’opération comme on clamerait haut et fort l’obtention du baccalauréat.

Deux plans poursuivent le dispositif du champ/contrechamp avec la même échelle de plans que précédemment en montrant la joie des deux groupes.

 4 : Le groupe continue de s’étreindre dans une explosion de joie sans pour autant rejoindre le couple. Le cadre est un peu plus serré renforçant l’unité du groupe laissant hors champ le décor.

Dans le plan suivant, Roméo et Juliette sont filmés en plan rapproché poitrine (on a le même resserrement de l’échelle de plan que pour le groupe comme pour montrer la joie partagée) mais en restant sur l’escalier et en se parlant en aparté (Roméo dit à Juliette : « Il faut tenir »). Ils montrent qu’ils vont mener le combat seuls. Par le dispositif de mise en scène, c’est leur guerre qui est ici annoncée.

Tandis qu’un contrechamp montre le groupe ouvrant une bouteille de champagne dans un ralenti soulignant l’émotion de la scène, le Stabat Mater de Vivaldi en musique extra-diégétique retentit, annonçant la séquence suivante. La musique permet de marquer dans le plan suivant la détresse de Juliette qui s’effondre telle la Vierge au pied de la croix mais qui est retenue par les bras de Roméo, si la Vierge douloureuse (Mater dolorosa) peut rester debout c’est grâce au jeune homme. C’est le soutien mutuel que le couple va s’apporter tout au long du film qui est montré ici.

 5 : Tandis que la musique continue, le plan suivant montre une scène de fête dans une boîte de nuit, le champagne coule à flots, l’excitation est à son comble. Le couple met toute son énergie à fêter la bonne nouvelle (qui n’en est pas vraiment une), s’oubliant dans le tourbillon d’énergie qui leur permettra d’avancer. Le décalage est renforcé par la musique de Vivaldi qui, évidemment n’est pas celle du lieu, ce qui renforce l’émotion de la scène.

Cette séquence est une des scènes clés du film dans la mesure où elle est génératrice d’émotions chez le spectateur, tiraillé entre le souhait de partager la liesse générale (on a l’impression d’assister à une scène de résultat d’examen) et l’accompagnement du couple dans sa lucidité face à la maladie d’Adam. Le dispositif de mise en scène en champ/contrechamp, en montage cut, séparant bien les deux groupes permet au spectateur de constater cette double ambiguïté, ambiguïté qui se prolonge au début de la séquence suivante avec l’opposition marquée entre ce que l’on voit (une scène de fête) et ce que l’on entend (le Stabat Mater de Vivaldi). La musique classique utilisée en décalage dans le plan de la boîte de nuit permet à la fois de montrer un couple toujours debout dont l’énergie va permettre de surmonter l’épreuve de la maladie de leur fils mais aussi d’éclairer le spectateur sur la gravité de l’épreuve à vivre.

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