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Le Dernier Métro

Le film

<i>Le Dernier métro</i> de François Truffaut, 1980.Le Dernier métro de François Truffaut, 1980.
© 1980 Les Films du Carrosse - TF1 - SEDIF - SFP / MK2

Fiche technique

Un film français de François Truffaut (1980).
Scénario : François Truffaut et Suzanne Schiffman 
Photographie : Nestor Almendros 
Musique : Georges Delerue 
Durée : 2 h 10 min 
Avec Catherine Deneuve (Marion Steiner), Gérard Depardieu (Bernard Granger), Jean Poiret (Jean-Loup Cottins), Heinz Bennent (Lucas Steiner), Andrea Ferréol (Arlette Guillaume), Paulette Dubost (Germaine Fabre), Jean-Louis Richard (Daxiat), Maurice Risch (Raymond, le régisseur), Sabine Haudepin (Nadine Marsac). 

Synopsis

Pendant l’Occupation, Marion Steiner dirige le théâtre Montmartre après que son mari, Lucas Steiner, a fui les nazis en Amérique du Sud parce qu’il était juif. Elle engage Bernard Granger comme acteur dans la pièce norvégienne qu’elle fait répéter, dirigée par le metteur en scène Jean-Loup Cottins d’après les notes de Lucas. Elle tient le premier rôle féminin. Bernard Granger tente de séduire la décoratrice, Arlette, avant de s’apercevoir qu’elle est lesbienne. On découvre ensuite que Lucas est en réalité resté caché dans la cave du théâtre, en attendant de pouvoir partir ; sa femme vient le voir chaque soir. Lorsque la zone libre est envahie, Lucas doit rester jusqu’à la fin de la guerre dans cette cave que lui aménage alors Marion. Par un système de conduits, il peut entendre les répétitions et, par l’entremise de sa femme, la mettre en scène. Après une altercation qui l’a opposé au tout-puissant critique, le collaborateur Daxiat, Marion, effrayée d’une possible interdiction de sa pièce, refuse de parler à Bernard. Il lui annonce ensuite qu’il quitte le théâtre pour la Résistance. Devant une descente de la Gestapo, Marion lui confie le soin de déblayer la cave pour cacher Lucas, qui lui annonce alors que sa femme est amoureuse de lui. Lors de sa dernière journée au théâtre, Marion le rejoint dans sa loge et se donne à lui. L’épilogue du film les rassemble après la guerre : Marion est encadrée par les deux hommes réunis au tomber de rideau de la nouvelle pièce montée par Lucas, dont Bernard et elle sont les acteurs.

Contexte de la création

Très bien accueilli par la critique et par le public, honoré par dix Césars, le film réalise le vieux désir de Truffaut de mettre en scène un film sur l’Occupation, période de son enfance, en même temps qu’il prolongeait son souci de filmer le trouble des sentiments entre les hommes et les femmes.

Le cinéma français et l’Occupation

Période éminemment trouble, l’Occupation a beaucoup inspiré les cinéastes français, d’autant que la plupart ont vécu enfants dans cette atmosphère. Comme le dit Serge Daney, « les cinéastes n’ont pas filmé en son temps la politique de Vichy », de sorte que le cinéma français devra ensuite « tirer le portrait » de cette France occupée (Serge Daney, Persévérance - entretien avec Serge Toubiana, Paris, POL, 1994, p. 26).

On peut distinguer plusieurs périodes dans le traitement de l’Occupation par le cinéma. Tout d’abord, pendant l’Occupation elle-même, les films devaient bien sûr subir la censure ; ils ne pouvaient montrer l’oppression nazie, sinon sous un jour badin. Cependant, Les Visiteurs du soir, de Marcel Carné sur un scénario de Prévert (1942), seront une allusion indirecte à la France résistante, lorsque dans la scène finale le diable constate que les deux amants, qu’il a transformés en statues, vivent encore et qu’il entend « leur cœur qui bat, qui bat… ». Les auteurs ont transporté leur propos au Moyen Âge pour éviter la censure. De même, Le Corbeau (1943), film policier d’Henri-Georges Clouzot montrant les ravages d’un auteur de lettres anonymes dans un petit village, laisse mal à l’aise si l’on pense qu’il expose au fond la pratique de la dénonciation anonyme, si fréquente à l’époque.

Après la guerre, l’Occupation est surtout perçue du point de vue de la lutte entre occupants et résistants. Ainsi de la résistance des cheminots dans La Bataille du rail (1946), de René Clément – réalisateur qui signa aussi en 1966 Paris brûle-t-il ?, à propos de la Libération de Paris. Jean-Pierre Melville réalisa, lui, en 1947, Le Silence de la mer, adapté du roman homonyme de Vercors, emblème même de la Résistance, dans un style qui inspira plus tard la Nouvelle Vague. Le sujet était alors la résistance passive aux Allemands. En 1969, il filma la chronique de l’héroïsme résistant dans LArmée des ombres. Si l’on se souvient que Resnais commença par filmer Nuit et Brouillard, un documentaire sur les camps, on doit convenir que le cinéma moderne français, dont la filiation remonte à Melville et Resnais, est né de films consacrés à la guerre contre le nazisme.

Mais la vie quotidienne sous l’Occupation fut plus tard un thème de cinéma, dans des films qui firent passer au second plan la présence allemande : ainsi, du même René Clément, le célèbre Jeux interdits (1952) prend pour personnages principaux des enfants s’occupant d’animaux, ce décalage nous livrant alors une nouvelle version de la guerre. Pareillement, Melville fit de l’Occupation le contexte de Léon Morin prêtre (1961) où une jeune fille juive fait son apparition. Sans être explicitement filmé, le trouble de l’Occupation se ressent dans le cinéma de la Nouvelle Vague d’après les années 1950. Ainsi, Paris nous appartient (1961), de Jacques Rivette, hanté par l’idée d’un complot néonazi en France, évite difficilement d’évoquer cette période.

Avec le semi-documentaire qu’est Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophuls, qui expose les lâchetés et les compromissions ordinaires des Français et ébranle ainsi le mythe gaulliste d’une France profondément résistante livrée à l’ennemi par ses élites, la vision cinématographique de l’Occupation a progressivement changé. Elle a incliné justement vers une analyse du trouble des comportements quotidiens. Le thème de la persécution des juifs apparaît alors sur le devant de la scène. Ainsi, Louis Malle dans Lacombe Lucien (1974) retracera, sur un scénario coécrit par Patrick Modiano, écrivain obsédé par cette période sombre, l’itinéraire d’un jeune collaborateur, tandis que Claude Berri, dans Le Vieil Homme et lEnfant (1966), avait évoqué l’attachement d’un vieux pétainiste (joué par Michel Simon) à un enfant juif. Le Dernier Métro se situe évidemment dans cette dernière lignée de films. Il faut signaler les versions burlesques de ce thème : la série des Septième Compagnie de Robert Lamoureux, jouant sur les clichés de l’accent allemand et du Français débrouillard, et La Grande Vadrouille (1966), de Gérard Oury, succès incontesté du box-office grâce aux deux plus grands comiques français, Bourvil et Louis de Funès.

Plus récemment, Uranus (1990), du même Claude Berri, Une affaire de femmes (1988), de Claude Chabrol – autour de l’avortement interdit à l’époque – et Au revoir les enfants (1987), de Louis Malle, ont traité de la persécution et de la division des Français de l’époque. 
Le fait que de nombreux réalisateurs sont revenus à plusieurs reprises sur cette période historique indique le malaise profond qu’elle suscite encore pour le cinéma.

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