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Habemus papam

Le film

Photo - Film "Habemus papam"Habemus papam de Nanni Moretti, 2011
© Le Pacte

Fiche technique

Un film italien de Nanni Moretti (Habemus Papam, 2011), scénario de Nanni Moretti, Francesco Piccolo et Federica Pontremoli, directeur de la photographie : Alessandro Pesci, montage : Esmeralda Calabria, décors : Paola Bizzarri, costumes : Lina Nerli Taviani, musique : Franco Piersanti.
Avec Michel Piccoli (Melville, le pape), Nanni Moretti (le psychanalyste), Jerzy Stuhr (le porte-parole), Renato Scarpa (le cardinal Gregori), Franco Graziosi (le cardinal Bollati), Dario Cantarelli (l’acteur fou). 1 h 44.

Présentation

Cinq ans après avoir réalisé Le Caïman, satire mordante du régime berlusconien, Nanni Moretti livre avec Habemus papam une œuvre dont l’action se situe au cœur du Vatican et décrit les doutes métaphysiques d’un pape nouvellement élu qui refuse d’assumer la fonction pontificale. Là où on aurait pu attendre du réalisateur italien une critique des mœurs et des rouages de l’Église, l’observation de la cour pontificale lui fournit l’occasion de poser une réflexion métaphysique sur l’Homme, faisant de son film une parabole à vocation universelle.

Synopsis

Au Vatican, un conclave se réunit afin d’élire le successeur du pape qui vient de mourir. Alors qu’aucun cardinal ne semble vouloir accéder à la fonction pontificale, c’est finalement un homme discret, le cardinal Melville, qui se retrouve propulsé à la tête de l’Église catholique. Or, au moment d’apparaître au balcon de la basilique Saint-Pierre, Melville, en proie à une crise d’angoisse, refuse de se montrer à la foule des fidèles et au monde. L’administration vaticane, ayant écarté une cause physiologique à l’angoisse du pape, fait venir en désespoir de cause un psychanalyste. Celui-ci échoue à résoudre le problème mais se trouve ensuite en quelque sorte pris en otage dans l’enceinte du Vatican pour éviter les indiscrétions concernant cette crise sans précédent. Tandis que le pape parvient à s’enfuir et erre sans but dans Rome, le psychanalyste organise les loisirs des cardinaux en attendant le retour du pontife…

Contexte de la création

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur dresse le portrait d’un religieux (il a lui-même incarné un prêtre, dans La Messe est finie) et s’attache à dépeindre son héros – c’est-à-dire lui-même — dans un moment de sa vie où il est assailli par le doute, une « crise de vocation » sur le rôle qui lui revient parmi ses semblables.

Depuis quelque temps, il souhaitait réaliser le portrait d’un homme qui approchait du pouvoir absolu et qui, au dernier moment, choisissait d’y renoncer. Cette idée du renoncement aurait pu se dérouler dans n’importe quel milieu (politique, financier…) mais le cinéaste voulait une grande histoire ; il lui fallait mettre en scène le pouvoir le plus éminent qui soit, en l’occurrence celui du pape, souverain pontife garant de l’unité de l’Église catholique romaine, ce qui rendait la réflexion métaphysique encore plus profonde. 
 Nanni Moretti n’a pas voulu esquisser une quelconque critique du Vatican : il a expliqué qu’en tant qu’athée, il n’avait pas de relation conflictuelle avec le catholicisme, qu’il en était plutôt détaché et que, de fait, il montrerait un Vatican très humain, en dehors des contingences politiques qui ne manquent pas d’émailler un conclave. Son approche s’est donc essentiellement focalisée sur la mise en scène de l’idée de renoncement. Renoncement qui trouve sa concrétisation à travers la fuite du pape dans Rome où, enfin, le pontife peut cotoyer la vie qu’il n’a pas eue, celle d’acteur. 

La volonté de Nanni Moretti était aussi de faire un film exempt de toute référence à l’actualité politique, sociale ou religieuse contemporaine et, si des noms propres peuvent contextualiser la diégèse, c’est juste dans un souci de vraisemblance et non dans celui d’une vision politique et engagée. 

L’autre versant de son scénario consistait à mettre en vis-à-vis deux personnages : l’un, futur pape qui devrait être porté par la force que lui donne sa foi et qui est saisi par le doute ; l’autre, psychanalyste, qui devrait être à l’inverse dans le questionnement incessant et qui est perclus de certitudes. Le scénario a été élaboré alors que Nanni Moretti présidait le festival de Turin en 2008 (il a occupé cette fonction pendant deux ans). Il a baptisé le personnage du pape incarné par Michel Piccoli « Melville » à l’occasion de la rétrospective Jean-Pierre Melville qui y était présentée. Quant au choix de l’acteur français, il a certes été guidé par des essais concluants mais avant tout par la volonté du cinéaste d’avoir un comédien qui ne se cacherait pas derrière un personnage mais l’incarnerait avec toute sa personnalité et son humanité. Piccoli, immense acteur de cinéma et de théâtre, était celui-là.