Le film
Fiche technique
Un film franco-germano-finnois d’Aki Kaurismäki (Le Havre, 2011), scénario d’Aki Kaurismäki, avec André Wilms (Marcel Marx), Kati Outinen (Arletty), Jean-Pierre Daroussin (Monet), Blondin Miguel (Idrissa), Pierre Etaix (le docteur Becker), Jean-Pierre Léaud (le dénonciateur). 1 h 33. Prix Louis-Delluc 2011.
Présentation
Aki Kaurismäki reprend le personnage et l’acteur de La Vie de Bohème, film qu’il avait réalisé en 1992 (Marcel Marx, interprété par André Wilms), pour évoquer dans Le Havre une actualité brûlante en France et plus largement en Europe : la répression de l’immigration clandestine par les appareils d’État. C'est la première fois que le réalisateur finnois confronte son univers de fable à un sujet politiquement sensible. « L’artisan du cinéma » comme Kaurismäki aime lui-même se définir, livre une fable déréalisée, conçue à la fois comme une critique politique mais aussi comme un vibrant hommage au cinéma français.
Synopsis
Marcel Marx, ex-écrivain renommé et bohème notoire, vit dans la ville portuaire du Havre où il exerce le métier improbable et peu rémunérateur de cireur de chaussures. Il mène somme toute une vie satisfaisante, en accord avec lui-même, entre les moments passés auprès de sa femme Arletty et le bistrot du coin. Des immigrés clandestins originaires d’Afrique noire, cachés dans un container à destination du Royaume-Uni, sont arrêtés dans le port du Havre. Un enfant d’une dizaine d’années, Idrissa, échappe à l’arrestation en prenant la fuite. Il va trouver sur son chemin Marcel Marx qui décide de l’aider avec la complicité de tout son quartier. Au même moment, Arletty tombe gravement malade ; elle est hospitalisée. Marcel Marx, doué d’un optimisme sans faille, va affronter à la fois la maladie de sa femme et la mécanique aveugle d’un État de droit occidental alors que l’étau policier se resserre de plus en plus sur le jeune garçon.
Contexte de la création
Aki Kaurismäki avait l’idée d’un film sur l’immigration clandestine en Europe depuis plusieurs années. Le sujet était peu traité et il voulait s’exprimer dessus en tant qu’artiste, mais n’étant pas documentariste, il réfléchissait à la forme à lui donner : un film de fiction, mais sur le mode de la fable car la réalité serait trop désespérante. Il ne savait pas non plus où tourner son film. L’histoire aurait pu se dérouler dans n’importe quel pays européen, et assez logiquement en Grèce, en Italie ou en Espagne ; mais en parcourant en voiture les côtes européennes depuis Gênes jusqu’aux Pays-Bas, le réalisateur finlandais trouva ce qu’il recherchait avec Le Havre : « une ville du blues, de la soul et du rock’n roll », et « une ville qui est aussi seule que lui ». Délaissant les quartiers modernes reconstruits après la Seconde Guerre mondiale par l’architecte Auguste Perret, il se mit en quête d’un endroit non détruit par les bombardements alliés pour y situer son film et en reconstituer l’âme et l’atmosphère en mettant en avant la solidarité de ses habitants.


