Un film déroutant
Montrer en quoi la narration et principalement la partie d’exposition déroutent le spectateur, puis comment s’annonce, symboliquement, la position du spectateur. Comment la réalisation renforce-t-elle cette impression déroutante ? Quels sont les procédés cinématographiques employés ?
Un scénario déroutant
Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des films, ici, le spectateur n’est pas pris en main : on ne lui explique pas les choses dans une partie d’exposition censée poser la situation et lancer l’intrigue. Ne sachant pas qui sont les personnages, ni ce qu’ils veulent, le spectateur se perd alors en conjectures, et le film se charge ainsi de toutes les interprétations possibles. Le plan de la voiture s’avançant sur une route en lacets, au début du film, avec ce personnage qui s’exclame « on roule sans but », annonce ainsi d’emblée ce que sera la position du spectateur : perdu dans les méandres d’un film dont l’intrigue est comme dissoute, il doit changer son rapport ordinaire au cinéma et accepter de se perdre au gré d’un chemin dont le terme lui est inconnu. Par la suite, la représentation du village – qui apparaît d’abord comme une forteresse, puis comme un dédale de ruelles – accentue l’impression de désorientation du spectateur.
Une réalisation déroutante
Le refus d’expliquer unilatéralement les choses est comme redoublé par celui de montrer directement certains éléments du film : le film évite résolument les plans inutiles, les constructions parfois conventionnelles du cinéma (comme certains champs/contrechamps). Nombre de personnages demeurent ainsi presque obstinément hors champ (les assistants de Behzad, ses interlocuteurs téléphoniques, la vieille femme malade, le fossoyeur...). Là encore, le film laisse de la place au spectateur : il le laisse imaginer les personnages dont on n’entend que la voix.
Pour ce faire, la réalisation privilégie les plans larges et plans d’ensemble, et joue très souvent sur le décalage entre le son et l’image. Les voix des personnages nous parviennent en effet souvent comme s’ils étaient très proches alors que l’image les montre dans le lointain, voire hors champ.
La séquence d’introduction, là encore, est particulièrement représentative : le son donne aux personnages une présence que l’image leur refuse obstinément (ils sont invisibles à l’intérieur du 4x4) ; les dialogues renforcent un peu plus l’impression de décalage en distinguant la perception des personnages et celle du spectateur. Behzad et ses assistants parlent en effet d’un arbre isolé et le voient lorsqu’il est invisible pour le spectateur ; lorsque l’arbre devient enfin visible pour le spectateur, un personnage se plaint de ne plus pouvoir le voir.

