Aller directement au contenu de la page
Aller au plan du site
Aller au menu bas de page

Mag filmMag film

Madame Bovary

Le film

Photo - Film "Madame Bovary"Madame Bovary de Claude Chabrol, 1990-1991.
©1991 MK2 Productions / Mk2 Holding / CED Productions / FR3 Films Production

Fiche technique

Un film français de Claude Chabrol réalisé en 1990 et sorti en 1991.
Scénario : Gustave Flaubert (roman), Claude Chabrol
Production : Marin Karmitz
Photo : Jean Rabier
Avec : Isabelle Huppert (Emma Bovary), Jean-François Balmer (Charles Bovary), Christophe Malavoy (Rodolphe Boulanger), Jean Yanne (M. Homais), Lucas Belvaux (Léon Dupuis), Jean-Louis Maury (M. Lheureux), François Périer (le narrateur, voix off), Sabeline Campo (Félicité), Christiane Minazzoli (Mme Lefrançois), Florent Gibassier (Hippolyte), Jean-Claude Bouillaud (Rouault), François Maistre (Lieuvain), Thomas Chabrol (le vicomte), Henri Attal (Me Hareng), Dominique Zardi (l’aveugle), Yves Verhœven (Justin), Marie Mergey (la mère de Charles Bovary), Pierre-François Dumeniaud (Hivert), Louis-Do de Lencquesaing (Louis), Jacques Dynam (l’abbé Bournisien).
Durée : 2 h 17

Présentation

Adapté du roman homonyme de Gustave Flaubert paru en 1857, Madame Bovary constitue un film à part dans la filmographie de Claude Chabrol. Issu de la Nouvelle Vague, le réalisateur est en effet plus connu pour ses adaptations de polars ou de faits divers (Landru, Que la bête meure, Les Noces rouges, Les Fantômes du chapelier) que pour ses transpositions de romans classiques. En même temps, avec Madame Bovary, il poursuit la description d’une société étouffant sous le jeu de ses médiocrités.

Synopsis

Fille d’un riche paysan, Emma Rouault épouse Charles Bovary, un officier de santé, qui la déçoit rapidement par sa médiocrité. Elle mène une vie morne et étriquée dans le petit bourg de Tostes, jusqu’au jour où, invitée à un bal au château de la Vaubyessard, elle entrevoit l’univers mondain et raffiné qui la fait tant rêver. Au lendemain de cet épisode, la désillusion n’en est que plus amère. Pour tromper son ennui, elle se livre à l’adultère et se couvre de dettes…

Contexte de la création

De Flaubert à Chabrol
Le roman de Flaubert reste lié à un épisode marquant de la vie de Chabrol. En le portant à l’écran en 1990, il réalise un vieux rêve d’adolescent. En effet, pendant la guerre, vers l’âge de treize ans, il tombe par hasard sur Madame Bovary dans la bibliothèque de sa maison dans la Creuse. Il commence à lire les histoires tumultueuses d’Emma la veille de son dépucelage. Le cinéaste n’hésite pas à rappeler l’anecdote : très amoureux d’une jeune campagnarde, il l’avait retrouvée dans les bois et elle n’avait pas hésité à sauter le pas. Mais après ces tendres embrassades, lui n’avait eu qu’une hâte : rentrer à la maison retrouver son livre ! Il courut si vite qu’il en perdit un sabot et finit sa route à cloche-pied… (Entretien de Chabrol avec Pierre-Marc de Biasi).

Depuis, Chabrol se dit obsédé par le roman mais, intimidé, n’ose pas s’attaquer à son adaptation. Il lui faut attendre quarante-sept ans et deux concours de circonstances pour s’exécuter enfin. Le premier déclic est sa rencontre avec Isabelle Huppert, que ses précédentes collaborations avec elle – Violette Nozière (1978) et surtout Une Affaire de femmes (1988) – convainquent qu’elle est l’incarnation idéale d’Emma. Il est vrai que Violette et Marie mènent assez naturellement vers Emma, poussées qu’elles sont toutes les trois par leur insatisfaction, leur désir d'ascension sociale, leur détermination et leur soif de romanesque… Ce parallèle se traduit jusque dans les décors : Violette, Marie et Emma sont au début confinées dans de petits logis qui s'agrandissent à mesure de leurs ambitions sociales.

Second déclic : l’approche des soixante ans. S’il est vrai qu’un film de cette ampleur nécessite une certaine force physique, Chabrol veut le faire tant qu’il en a encore l’énergie. Une fois sa décision prise, il installe un portrait de Flaubert sur son bureau en face de lui, prend une édition du roman, et se met à rédiger le scénario.

Carnet de création : l’adaptation
Le cinéaste se tient au plus près du texte de Flaubert, car il veut que son film soit une version naturaliste du roman. Ainsi, il tourne dans les lieux réels comme la forêt d’Argueil ou Rouen, il choisit Lyons pour sa ressemblance avec la petite ville fictive de Yonville, et ses repérages sont quasiment les mêmes que ceux de Flaubert. Dans son scénario, il reprend également les indications scéniques du roman que sont les mouvements des personnages et les sons. La mise en scène est déjà intégrée à l’écriture du roman (on peut y compter le nombre de pas des personnages), ce qui facilite ce travail de reprise. Flaubert a consigné des milliers de sons dans son roman mais Chabrol prend soin de ne pas faire redire l’image par le son. Ainsi, lorsqu’Emma et Rodolphe se retrouvent dans un jardin lors de leurs premières rencontres, des bruits d’animaux se font entendre, comme celui d’une belette, mais Chabrol choisit d’intégrer la trace sonore de l’animal sans le filmer.

Pour la très longue scène des Comices, Chabrol transpose le texte au millimètre près en respectant le montage flaubertien des voix alternées. Il opère les mêmes coupes que dans le roman, respecte le rythme de la scène et l’alternance entre les plans lorsque Rodolphe se fait de plus en plus pressant vis-à-vis d’Emma, les plans sur se resserrent sur eux. Et l’alternance entre la foule en bas et le couple en haut est rendue par un montage parallèle.

Néanmoins, Chabrol ne peut évidemment reprendre tout le roman, et il opère de nombreuses coupes tout en veillant à respecter la cohérence d’ensemble de l’histoire. La plupart touchent au personnage de Charles : l’arrivée du jeune Bovary au collège, son premier mariage avec Mme Dubuc, une riche veuve de quarante-cinq ans, sa fin sont retranchés du film.