Le film
Fiche technique
Un film américain de Douglas Sirk (Imitation of Life, 1959), scénario d’Allan Scott et Eleanore Griffin d’après le roman de Fannie Hurst, avec Lana Turner (Lora Meredith), John Gavin (Steve Archer), Sandra Dee (Susie à 16 ans), Susan Kohner (Sarah Jane à 18 ans), Juanita Moore (Annie Johnson).
2 h 04 min
Présentation
Considéré comme le chef-d’œuvre de Douglas Sirk par le cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder, ce film-testament annonce à la fois le déclin de la grande période du mélodrame américain et le retour du « prince du mélo » sur le sol européen. Pour son dernier opus, Sirk traite de la question raciale dans l’Amérique blanche des années 1950 en plus de la traditionnelle tourmente des sentiments.
Synopsis
Deux femmes, Lora Meredith et Annie Johnson, la première blanche, l’autre noire, vivent seules avec leurs filles respectives, Susie et Sarah Jane. Hébergée faute de moyens le soir de leur rencontre, Annie devient la bonne de Lora qui, actrice au chômage, n’a de cesse de décrocher un rôle. Après quelques petits emplois, la réussite arrive enfin grâce à David Edwards, un auteur à succès qui fait d’elle une star. Accaparée par sa carrière, Lora néglige un ami proche, John Archer, dont sa fille Susie s’amourache un temps. Parallèlement, Sarah Jane vit une terrible crise d’identité. Métisse, elle refuse sa part de négritude, rejette ouvertement sa mère et part faire carrière dans des cabarets de seconde zone. Durement éprouvée par cette attitude, Annie meurt de chagrin avant que Sarah Jane ne revienne vers elle lors des funérailles et ne se réconcilie avec sa famille d’adoption – Susie, Lora et John –, enfin réunie.
Contexte de la création
Mirage de la vie est le remake d’un film de John Stahl de 1934 que Douglas Sirk n’avait pas vu. Dans l’opus de son aîné, l’héroïne noire, détentrice d’une recette magique, s’associe à sa patronne pour faire fortune dans le commerce de crêpes. À la fin, la domestique est assez riche pour payer elle-même les frais de son enterrement, contrairement au film de Sirk. Le « prince du mélo » justifie ainsi ce changement social de scénario qui fait d’Annie l’archétype de la domestique noire : « Ça convenait peut-être, à l’époque de Stahl, mais aujourd’hui, une femme noire qui devient riche pourrait acheter une maison, et ne dépendrait pas à ce point de la femme blanche... » (Conversations avec Douglas Sirk de Jon Halliday, Paris, Cahiers du cinéma, 1997). Or, pour le cinéaste Bertrand Tavernier, l’argument est frelaté : « En fait, un Noir disposant de moyens nécessaires pouvait tout aussi bien devenir propriétaire en 1934 que vingt ans plus tard. » (50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, Paris, Nathan, 1991) Relativement émancipé chez le premier, aliéné chez le second, le personnage connaît, de fait, un traitement racial plus conservateur chez Sirk.


