Les repères
Expliquer la fonction jouée par les séances de natation. Montrer que la musique est associée à la vie. Analyser les visites faites à la mère et le retour de l’amour.
La piscine
La douleur psychologique du deuil est aussi physique (et ce, en dépit de la disparition des séquelles au visage). Au début, Julie vit le corps prostré, recroquevillée sur elle-même. Les séances de piscine suggèrent que la jeune femme a besoin davantage de s’affranchir d’un corps en souffrance. Au début, elle nage sur le dos, lentement, comme si elle désirait s’abandonner, ne plus sentir son corps. Plus tard, elle met plus d’ardeur à se mouvoir dans l’eau. Son rythme est plus vif, plus puissant. Dans ce bassin bleu, Julie renaît peu à peu à elle-même : son corps en position fœtale qui émerge soudainement à demi étouffé représente un ample mouvement dramaturgique qui mime la vie intra-utérine suivie de son propre accouchement. De fait, la natation lui demande un effort, une rigueur, une constance en accord avec son travail de deuil. L’exercice la discipline ; il dompte son corps, calme son esprit, rassemble ses pensées, restaure progressivement son être détruit.
La musique
Après avoir tenté de détruire les partitions du Concerto pour l’Europe (musique composée par Zbigniew Preisner), Julie accepte de travailler à son interprétation en compagnie d’Olivier, puis à son achèvement, seule chez elle. Le gros plan dynamique sur le papier à musique qu’elle remplit de notes (avec en contrepoint sonore la musique elle-même) donne une idée de la renaissance du personnage. Aussi la musique est-elle associée à la vie. La course du stylo sur le papier en souligne le rythme, le souffle dirait-on en pensant à cet autre gros plan sur les écrans des moniteurs cardiaques. Après le vertige de la page blanche, la pointe du stylo d’où sortent les notes est nimbée d’une zone de flou qui suggère l’émergence fragile, incertaine, tâtonnante de la création. L’acte créateur accompagnera désormais la reconstruction du personnage.
La mère
Julie rencontre à deux reprises sa mère touchée par la maladie d’Alzheimer. Entre ces moments, l’héroïne a changé. Durant la première visite, Julie converse avec sa mère qui la prend pour une autre. Au sens propre, sa mère ne la reconnaît pas. Julie n’a donc plus de rapport avec celle qui était la dernière personne du premier cercle des proches encore en vie. Elle est ainsi séparée de son ascendance, elle-même privée de sa mémoire qui en assurait le lien. Spoliée également de sa descendance, Julie n’a par conséquent plus de repères affectifs (voir la peur bleue qui s’affiche sur son visage durant cette scène). Lors de sa seconde visite, la mère et la fille ne se rencontrent pas. Julie accepte la séparation et reste derrière la vitre à regarder la vieille dame amnésique, pour qui elle n’existe plus.
L’amour
Julie n’existe plus guère que pour elle-même. Courtisée par Olivier, elle accepte de faire l’amour avec lui sur le matelas, seul élément restant du déménagement. La maison vide évoque une immense détresse. Au milieu de ce naufrage, Julie n’a nul autre besoin que celui physique de s’offrir à Olivier. Le rapport est dénué d’affection. Julie fait cela froidement comme pour s’infliger une punition, punir son corps d’être encore en vie. Cet abandon est ensuite parachevé par un autre acte de mortification (les poings contre la muraille) destiné à éprouver son corps insupportable car récipiendaire de la douleur du deuil. En acceptant de retrouver Olivier à la fin du film, Julie entame néanmoins une nouvelle élaboration d’un premier cercle de l’intimité.

