Le thème
Présentation
Gustave Flaubert rêvait d’écrire « un livre sur rien, un livre qui n’aurait presque pas de sujet et qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style » (Lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852). De fait, Madame Bovary est un roman sans récit, un livre sans matérialité. Il n’y a pas de drame, ni de construction d’intrigue ; l’événement est gommé, le livre est uniquement moral ou psychologique. Madame Bovary est bien un anti-roman qui déshumanise le genre et défie le roman traditionnel : c’est un roman de la durée pure, de l’attente. Flaubert veut amuser avec des idées plus qu’avec des faits, il est le grand romancier de l’inaction, de l’ennui, de l’immobilité.
Dans ces conditions, quoi de plus anti-cinématographique que Madame Bovary ? Et pourtant, c’est un des romans les plus adaptés au cinéma. On en compte dix-huit adaptations en France et dans le monde entier : en Pologne, en Angleterre, en Allemagne, au Portugal, en Argentine, en Russie, aux États-Unis ; même le cinéma de Bollywood s’en est emparé.
Cette étude se penchera en particulier sur cinq adaptations de Madame Bovary, choisies tant pour leur fidélité ou leur liberté à l’égard du roman, que pour la comparaison qu’elles permettent entre une version française et quatre réécritures étrangères : Madame Bovary (1949) de Vincente Minnelli (États-Unis), La Fille de Ryan (1970) de David Lean (Grande-Bretagne), Sauve et protège (1989) d’Alexandre Sokourov (Russie), Madame Bovary (1990) de Claude Chabrol (France), et Val Abraham (1993) de Manoel de Oliveira (Portugal).






