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Sylvie Bouché, professeur d'arts plastiques
La séquence se situe au deuxième trimestre dans une classe de 3e du collège Juliette-Adam à Gif-sur-Yvette (91). J'ai suivi le cursus de la majorité des élèves depuis la classe de 6e et j'ai ainsi pu repérer ce qui est constitutif de la pratique de chacun, comme le recours privilégié par les élèves à l'assemblage, au collage, à la couleur ou aux matériaux. Les élèves ont acquis un certain bagage en matière d'analyse d'œuvre, en particulier au cours d'une séance consacrée à l'analyse de Guernica de Pablo Picasso menée conjointement avec le professeur d'histoire.
Intentions
Dans le souci d'articuler théorie et pratique, il s'agit de :
- repérer ce qui, dans l'histoire de l'art, relève de la citation ;
- appréhender comment des artistes empruntent à l'art du passé pour nourrir leur œuvre, provoquer des questionnements afin d'effectuer des déplacements dans la réflexion et la pratique de l'élève ;
- permettre parallèlement à l'élève de situer, à l'aune de sa production passée, ce qui constituerait un ou plusieurs des axes de sa pratique et plus largement de sa démarche, et d'exploiter ces données pour produire un écart, une rupture avec l'œuvre de référence choisie.
Dispositif et contenu
 Danseuse laçant son chausson, Édgar Degas par Roxane (3e) |
La séquence se déroule en trois temps : l'analyse préalable d'une œuvre, une phase d'élaboration et de production suivie d'une séance de verbalisation accompagnée de références.
- Je demande préalablement aux élèves de choisir une œuvre peinte d'un artiste connu, pour pouvoir accéder à une documentation fournie. Ils procèdent à une analyse écrite sur le sens de l'œuvre et la démarche de l'artiste. Cela leur permet à la fois de sélectionner les informations utiles à l'approche de l'œuvre, de situer celle-ci dans son contexte historique et d'effectuer une analyse des composantes plastiques. Ils ont choisi des œuvres aussi variées que La Joconde de Léonard de Vinci, Danseuse laçant ses chaussons d'Édgar Degas, le portrait de Dora Maar de Picasso, un dripping de Jackson Pollock ou un combine painting de Robert Rauschenberg.
- À la séance suivante, il est demandé aux élèves de s'appuyer sur l'œuvre retenue et sur leur analyse afin de répondre plastiquement à l'incitation « un petit peu de lui et beaucoup de vous-même ». Les moyens plastiques sont laissés au choix de l'élève qui s'approprie un ou plusieurs aspects de l'œuvre et les croise avec ses propres partis pris.
- La verbalisation autour de toutes les productions permet à la classe de regrouper les questions qui traversent les démarches de l'ensemble des élèves : modèle, copie, citation et emprunt et ce qui relève de l'appropriation et/ou de l'interprétation. Cela permet à l'élève de pointer, au regard de ses choix et de sa production :
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- où se situe la citation ou l'emprunt ; ce qui est commun à la référence et à sa production ;
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- où se situe la singularité dans sa réponse : repérer ce qui relève de l'écart, de la rupture ;
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- quelles adéquations il y a entre l'intention et la mise en œuvre.
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 Le salon de la goulue, Henri de Toulouse-Lautrec par Alice (3e) |
Les références suivantes sont proposées aux élèves, certaines en cours de réalisation, afin d'étoffer la réflexion et la pratique de l'élève, les autres en fin de séquence, afin de nourrir les propos engagés lors de la verbalisation. Il s'agit d'œuvres emblématiques, réappropriées ou transgressées par des artistes modernes et contemporains qui soulèvent les questions suivantes :
- la remise en question du sujet et des dispositifs de représentation : projection simultanée de la Vénus d'Urbino du Titien (1538), de l'Olympia d'Édouard Manet (1863) et de I Like Olympia in Black Face (1970) de Larry Rivers ;
- la transgression de la notion de chef-d'œuvre : confrontation de La Joconde de Léonard de Vinci avec L.H.O.O.Q. de Marcel Duchamp ;
- la citation et l'autoréférenciation : comparaison des Ménines de Vélasquez avec celles de Picasso ;
- l'autonomie de l'œuvre et sa perte, de la peinture à l'installation : les figures du Caravage dans l'intervention d'Ernest Pignon-Ernest à Naples ;
- des interprétations contemporaines, en peinture et photographie, du Déjeuner sur l'herbe d'Édouard Manet ;
- l'appropriation des signes et des éléments formels de la peinture de Théodore Géricault, le Radeau de la Méduse, dans une installation de Valérie Favre.
 Le temps est une rivière sans rivage, Marc Chagall par Clémence (3e) |
En fin d'année, un parcours au musée national d'Art moderne du centre Georges-Pompidou, à Paris, a permis aux élèves de s'interroger sur l'œuvre de Martial Raysse, Made in Japan. La Grande odalisque (1964) d'après Ingres, qui remet en question le statut de l'image par un traitement qui emprunte à l'affiche publicitaire et dans laquelle sont introduits des objets.
Pour en voir plus
Le musée Boijmans van Beuningen à Rotterdam met en parallèle des œuvres sources et leurs reprises : La Joconde par Marcel Duchamp ; Le Jugement de Pâris de Marcantonio Raimondi, Le Déjeuner sur l'herbe de Manet par Pablo Picasso www.boijmans.rotterdam.nl/.
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