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Lettre d'information n° 12 Octobre 2012

Des questions à Jacques Amalric, journaliste de presse écrite, ancien rédacteur en chef au journal Le Monde et directeur de la rédaction de Libération

Nestor Almendros, pour la télévision scolaire, a filmé la journée du journaliste Jacques Amalric en 1967. Le journaliste a accepté de revenir sur ce souvenir et nous en avons profité pour lui poser quelques questions d’actualités

Jacques Amalric

1) Comment êtes-vous devenu journaliste ? L’école a-t-elle contribué à cette vocation ?

Par volonté. Né en 1938, dans la province profonde (Montauban), j'ai commencé à être passionné par la politique lors des élections de 1956, dominées par la guerre d'Algérie, gagnées par Mendès France, volées par Guy Mollet. C'était l’époque de L'Express quotidien... Peu après, étudiant à Toulouse, j'ai beaucoup été impliqué, avec l'Unef, dans le combat contre la guerre d'Algérie ; mais je refusais tout engagement dans un parti politique. Pour moi, il était (il est toujours) plus important d'informer que de militer dans un parti. Je croyais, (j'y crois encore), à la fonction civique (on dit aujourd'hui citoyenne) du journalisme. A seize, dix-sept ans, j'affirmais que je voulais être journaliste au Monde, ce qui faisait beaucoup rire mon entourage...

Après deux ans de droit à Toulouse, je suis parti à Paris tenter ma chance. D'abord, pour quelques mois, comme soutier au bureau parisien de la Dépêche du midi (dont j'ai été renvoyé par un certain Bousquet, pour impertinence à l'égard de la Banque d'Indochine) puis, pour quelques mois encore, à L'Information, une feuille financière corrompue et disparue depuis longtemps. Mais j'obtiens en 1959, grâce à mon frère, un rendez-vous avec le chef adjoint du service étranger du Monde, Claude Julien, qui me promet un stage dans ce quotidien dès que je serai débarrassé de mes obligations militaires, comme on disait à l'époque. Suivent deux ans de service, dont vingt mois difficiles en Algérie du fait de mes antécédents et je me retrouve en mai 1963 stagiaire au Monde. Embauché en octobre de la même année.

2) En 1967, pourquoi avez-vous accepté que la télévision scolaire filme votre journée de travail ? Etait-ce important de donner à voir votre métier aux élèves et aux jeunes ? Connaissiez-vous Nestor Almendros et la radio-télévision scolaire ? Quels souvenirs gardez-vous de cette journée un peu particulière ?

Comme beaucoup, je ne connaissais pas Nestor Almendros à cette époque. Mais il m'avait été présenté par un ami, connu en Algérie, Patrice Gauthier, qui travaillait à la télévision scolaire. J'ai volontiers accepté cette expérience pour expliquer le côté artisanal, laborieux, de notre métier, en finir avec les clichés à la Paul Morand ou à la Joseph Kessel, démystifier la légende naissante des écoles de journalisme auxquelles je reproche toujours un formatage de leurs élèves. Dans les embauches nombreuses que j'ai effectuées plus tard, dans ma vie professionnelle, j'avoue n'avoir jamais beaucoup tenu compte du passage des impétrants dans une école de ce type.

3) Au Monde, vous étiez alors spécialiste des questions concernant les Etats-Unis. Ce jour-là, c’était la veille de la guerre des six jours. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces actualités traitées à chaud et sur l’histoire géopolitique des trente dernières années ? Questions d’actualité : Que représenterait la réélection de Barack Obama ou la victoire de Mitt Romney ?

Après quarante années de vie professionnelle, ma plus grande déception est de constater la pérennité du conflit israélo-palestinien, la montée des intégrismes, d'un côté comme de l'autre, le sabotage des accords d'Oslo, la timidité des Etats-Unis dans ce dossier. Autre déception, l'incapacité de l'Europe à s'affirmer en tant que puissance. J'ai, enfin, accueilli la fin de l'Union soviétique comme la levée d'une hypothèque, même au prix du réveil des vieux nationalismes d'Europe centrale, qui s'en donnent à cœur joie aujourd'hui. Une expérience qui m'a fait accueillir avec beaucoup de réserves ce que l'on présente, à tort à mes yeux, comme le printemps arabe.

Pour ce qui est des élections présidentielles américaines, je ne comprends pas le «Obama bashing» qui est de bon ton en France. Après l'adoration, le lynchage (est-ce aussi le régime promis à François Hollande ?) alors que cet homme, faute de faire des miracles, a fait pour le mieux face à une opposition haineuse, exception faite de son manque de courage dans le conflit israélo-palestinien. Parallèlement, je suis révulsé par la droitisation et la théocratisation d'un parti républicain qui va bientôt faire apparaître un Ronald Reagan comme un dangereux gauchiste.

4) Alors que les actifs de France soir sont mis aux enchères, quels jugements portez-vous sur l’état de la presse française ? Quel avenir imaginez-vous pour elle ?

Contre toute évidence, je veux croire à la non-disparition de la presse papier. Mais une presse qui serait élitiste, au bon sens du terme, ne cherchant pas la concurrence sur l'actualité chaude, avec les chaines TV en continu ou avec internet, mais privilégiant les débats d'idées, la réflexion et le reportage en profondeur. Une presse chère, qui serait distribuée essentiellement par abonnement et portage, dont il reste à définir le modèle économique mais sans laquelle la démocratie périra.

 
C'était en... 1962
 
La revue « Salut les copains », renommée « Salut ! » par la suite est lancée durant l’été 1962. Elle se veut le prolongement écrit de l’émission radiophonique éponyme diffusée depuis 1959 sur Europe 1.
Salut les copains Le monde des copains, Yves Le Ménager
(1964) - IPN
En 1964, enquête sous forme d'interviews de jeunes ayant quitté l'école depuis quatre ans et qui se sont insérés dans la vie active, pour définir le phénomène sociologique 'des copains'.
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La sélection du mois
 
Les Etats-Unis
Jacques Amalric s’est occupé des questions américaines au Monde et a été le correspondant du quotidien à Washington de 1970 à 1973. Quelques extraits d’archives sur le thème de l’Amérique :
Burlesque américain Le burlesque américain, M. Durand
(1967) - IPN
Description du cinéma burlesque américain par le biais de quelques extraits. Ce film montre comment la société américaine a pu donner naissance à des courts métrages excessifs, violents, où les automobiles se trouvent lancées à toute vitesse dans des rues peuplées de personnages frénétiques, jusqu'à l'inévitable accident générateur de destructions en chaîne.
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San Francisco San Francisco, la ville d’or, Philippe Kimmerling
(1989) - CNDP
San Francisco - Californie : la ville aux quarante collines, à l'éternel printemps, la ville célèbre dans le monde entier pour ses rues en pente, ses maisons en bois, son vaste quartier chinois, sa baie traversée par le Golden Bridge. Laurenn, qui a douze ans, nous invite à découvrir les aspects pittoresques de sa ville mais aussi la vie quotidienne et les activités des habitants.
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Mexique - États-Unis Mexique - États-Unis : le grand passage, Colette Ouanounou
(2003) – SCEREN-CNDP, France 5
En Amérique du Nord, le long de la côte pacifique, deux villes se font face : Tijuana et San Diégo. Entre les deux, un mur de tôle divise deux mondes : au nord, la Nation la plus riche et la plus puissante du monde, les Etats-Unis ; au sud, un pays émergent : le Mexique.
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Parole d’école Parole d’école : [Which way Atlanta ?], Igor Gourine
(1992) - CNDP
Magazine animé par Igor Gourine qui présente à son invitée, Laura Vincens, professeur à l'école américaine de Paris, des extraits d'un film tourné 20 ans plus tôt à Atlanta, " Which way Atlanta ? ", ville dont elle est originaire. Des élèves du Lycée Hoche de Versailles l’interrogent.
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Centre d’achat Un centre d’achat américain, Edmond Agabra
(1966)
Etude d'un centre d'achat américain moderne, complexe commercial excentré de Los Angeles, groupant différents commerces autour d'un supermarché. Ses conséquences sur le petit commerce.
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Sélection thématique
 
Pour faire écho aux Assises Internationales du journalisme et de l’information qui se sont tenues les 2, 3, 4 octobre à Poitiers, nous vous proposons une sélection thématique autour du métier de journaliste.
La journée d’un journaliste La journée d’un journaliste, Nestor Almendros
(1968) – IPN
Répartition des dépêches du service "Etranger" au journal Le Monde :
Le journaliste Jacques Amalric, spécialiste des questions concernant les Etats-Unis, repartit les dépêches arrivées dans la nuit, pour le service "étranger" du journal Le Monde. En voix off, il explique la procédure de distribution.
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Des choix, des unes, des quotidiens Des choix, des unes, des quotidiens, Maryvonne Blais
(1983) – CNDP
Conférence de rédaction au journal France-Soir :
Divers plans de la conférence de rédaction, les journalistes annoncent les thèmes qui seront développés dans l'édition à venir.
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L’information

L’information, Serge Lemkine

(1969) – IPN
La salle de rédaction du journal France-Soir :
Divers plans des journalistes au travail, relecture et mise en forme des articles qui seront publiés.
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C’est dans le journal

C’est dans le journal, Jacques Audollent

(1976) – OFRATEME
Interview d'un journaliste de l'Eveil, quotidien de la Haute-Loire :
Comment rassemblez-vous votre documentation ? Questions au sujet de la foire du Velay, en parallèle de la réponse du journaliste, divers plans de la manifestation.
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Le mot et l’image

Le mot et l’image, Atahualpa Lichy

(1968) – IPN
Jean-François Revel
Journaliste, philosophe et essayiste, Jean-François Revel parle des effets dangereux du document photographique, la seule garantie de l'exactitude de l'information "c'est le contrôle de la source, le contrôle de la bonne foi des utilisateurs et le contrôle de la fidélité de la transmission et de la reproduction des documents".
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Lire le journal 1 et 2

Lire le journal 1 et 2, Philippe Pilard

(1974) – OFRATEME
Interview de Jacques Fauvet, directeur du journal Le Monde :
La presse et plus particulièrement le quotidien ont-ils un avenir dans une société où la rapidité de la diffusion de l'information est de plus en plus présente ?
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Manifestations
 
11e édition du Forum du regard à Pessac

11e édition du Forum du regard à Pessac

Journées de réflexion, de rencontres, de formation et d’échanges destinées aux acteurs régionaux de l’éducation au cinéma et à l’audiovisuel. Cette année, le forum s’articulera autour de la thématique : « Travail de mémoire(s) ».
Laurent Garreau, responsable du fonds audiovisuel du CNDP, participera le 17 octobre à une table ronde sur le travail des archives avec la participation de l’INA et du CNRS notamment.

Affiche des 15e rendez-vous de l’histoire

Les 15e rendez-vous de l’histoire se dérouleront du 18 au 21 octobre 2012 à Blois.

Ce rendez-vous est l’occasion d’assister à des débats, conférences ou séances de cinéma sur le thème du monde paysan.
 

Carte blanche proposée par le CNDP le samedi 20 octobre, de 17h15h à 18h30 – salle capitulaire, conseil général :
Atelier : les archives de la télévision éducative, ou comment la télé éducation abordait le monde rural.
Intervenants : Marie-Christine Bonneau-d’Armagnac (chargée de mission histoire au CNDP) et Laurent Garreau (responsable du fonds audiovisuel du CNDP).
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Affiche du 11e festival du film de Compiègne

Du 5 au 11 novembre 2012 se tiendra le 11e festival du film de Compiègne.

Le thème en est les années 40, les années noires.
 

Le 8 novembre, Marie-Christine Bonneau d’Armagnac, chargée de mission au CNDP, et Laurent Garreau, responsable du fonds audiovisuel du CNDP, présenteront des extraits de films issus des archives de la télévision scolaire.
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