Du point de vue de la mémoire nationale comme de l’histoire, c’est la question de la politique antisémite de Vichy qui occupe une grande partie des débats et des travaux sur le régime mis en place par le maréchal Pétain. Depuis le livre pionnier de Robert Paxton, la politique antisémite de Vichy est connue, évaluée à sa juste place dans la politique de collaboration acceptée dès la rencontre entre Hitler et Pétain, à Montoire, le 24 octobre 1940.
Avant même que les Nazis demandent quoi que ce soit à Vichy, le gouvernement de Pétain a « fait délibérément des juifs un groupe à part, leur a voué un mépris particulier et a pris à leur encontre des mesures discriminatoires. Il a, par là même, ouvert en France le terrible chemin qui allait conduire, le moment venu, à la “ solution finale ” » (Paxton). En effet, si l’on sait que la constitution du gouvernement à Vichy a reposé sur les franges les plus traditionnellement antisémites de la droite française de l’époque, les premières mesures sont presque immédiates. Les 3 et 4 octobre 1940, avant même l’entrevue de Montoire, sont publiés les premiers textes réglementant le statut des juifs. L’un, du 3 octobre, concernant les juifs français, l’autre, du 4 octobre, « sur les ressortissants étrangers de race juive ».
Dès la fin de l’hiver 1941, un Commissariat général aux affaires juives a été installé à Vichy, chargé de la propagande et des textes juridiques concernant les citoyens français considérés comme juifs. Une législation spécifique se met dès lors en place, en renforcement du statut des 3 et 4 octobre 1940, mais touchant désormais aux biens (spoliation) ou au recensement même des personnes adultes comme des enfants. Un pas est franchi en été 1942 lorsqu’est organisée la série d’arrestations par la police française des juifs étrangers de la région parisienne. C’est la rafle du Vél’d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, où plus de 13 000 juifs seront rassemblés (dont 4 000 enfants) dans cette halle sportive, avant d’être internés, puis déportés. Ici, la politique de Vichy a accompagné le processus d’élimination des juifs d’Europe, en participant sciemment à la politique de déportation du régime nazi.
L’antisémitisme d’État de Vichy reposait non seulement sur le mépris, mais aussi sur la haine et l’exclusion. Les enfants comme les adultes percevaient cette politique systématique d’exclusion de la société. À travers la carte d’identité tamponnée du mot « Juif », jusqu’aux panneaux d’interdiction d’entrée dans les parcs, le sentiment d’être devenu étranger non seulement dans son propre pays (ce que la présence allemande suffisait à faire sentir à tout citoyen) mais aux yeux mêmes de ses voisins ou des autorités rendait la situation insupportable. Aujourd’hui encore, les débats portent principalement sur la question de savoir comment tant de juifs ont pu être victimes d’une politique antisémite dans un pays, la France, structurellement et culturellement bien moins propice que bien d’autres pays d’Europe à leur capture et à leur déportation.
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