Témoignage de Charles Palant
 
Le retour à la maison
On avait un paquet, un sac plein de saloperies qu’on avait ramassées, des trucs dont on pensait qu’ils nous serviraient, des gamelles, des bouts de tissus… On ne savait pas dans quel état on trouverait la France, et puis tout nous paraissait précieux, tout nous paraissait précieux…

Et puis c’était la seule chose qui vous appartenait…
Et puis on n’avait rien d’autre. On avait tout simplement le droit de ne rien posséder. Alors on s’est amassé des sacs pleins de comme on dit, de schmortness, c’est-à-dire de saloperies de toutes sortes. Alors moi j’avais mon paquet, lui il avait le sien. On ne savait même pas si le métro marchait. Est-ce qu’il y avait des autobus ? On ne savait rien, et puis on a vu une voiture arriver, on s’est mis en travers du boulevard, comme ça, la voiture s’est arrêtée, le monsieur nous a regardés. Il a déjà eu un sursaut parce qu’on avait vraiment des têtes de déportés, hein…
La voiture nous a déposés à Arts-et-Métiers, et là je suis monté chez moi, je crois que mon copain était monté chez moi parce qu’il ne savait pas s’il y avait quelqu’un chez lui… Et lui, c’était son appartement, et moi mon logement à moi aussi, enfin le logement de ma mère, et…

Et comment vous êtes entré…
Alors je suis monté au premier étage où il y avait la concierge. Nous étions au deuxième. J’ai frappé déjà chez la concierge qui est tombée dans les pommes en me voyant ! Une adorable femme, toute la famille des gens adorables, d’une gentillesse énorme : « Ah ! vous êtes là ! »

Elle s’est vraiment évanouie ?
Ah ! oui, oui. Le mari est sorti, sa fille, leur gendre… Je revois leurs têtes : « Oh ! là ! mais vous savez, il faut monter chez vous, votre frère est là-haut ! »

Propos recueillis par Michèle Kahn et Béatrice Guthart



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