Témoignage de Charles Palant
 
La libération de Buchenwald
Le 10 avril au soir, on sent bien la fin. On entend le canon. Les bruits courent : les Américains sont là. On ne sait même pas si ce sont les Américains, mais les Alliés en tout cas. Bref, on passe la nuit comme on peut. La nuit, on n'évacuait pas, les SS aussi allaient dormir. Et le matin du 11 avril, la course folle reprend et, tout à coup, l'ordre vient on ne sait de où. En allemand, ça se dit : Blockssperre, ça veut dire consigne, consignation. Tout le monde est consigné dans ses blocks. Alors, dans tout le camp, le silence s'établit, on n'entend plus rien. Tous les gens sont chacun dans leur baraquement et on se demande qu'est-ce que ça annonce, qu'est-ce que ça veut dire, qu'est-ce qui va se passer ? On regarde par les fenêtres. On s'attend toujours au pire dans un camp, dans un camp on ne peut que s'attendre qu'au pire, le meilleur on ne l'imagine pas. Et, tout à coup, on voit sur la place d'appel s'avancer un SS les bras en l'air. Et derrière, un détenu qui le convoie, puis on voit un autre SS, puis un troisième les bras en l'air ! Il y avait eu une insurrection à Buchenwald, le 11 avril à 14 heures, déclenchée par un mot d'ordre qui était : « Alerte numéro 2 », et qui a vu quelques dizaines de camarades sortir en kommando, se précipiter sur un des miradors, dont le SS qui le gardait là-haut avec sa mitraillette à la main savait que s'il tire il sera tué ; il a lâché son arme, avec celui-là il en a pris un deuxième. Savez-vous qu'il y a eu 220 prisonniers SS à Buchenwald que nous avons remis aux Américains qui sont arrivés une heure et demie après ? C'est ceux des SS qui n'ont pas réussi à se sauver, qui n'ont pas réussi à aller ailleurs, et qui se sont rendus, savez-vous aussi qu'il n'y en a pas un à qui il manquait un cheveu ? La vraie victoire de l'insurrection, c'est celle-là. C'est qu'on n'est pas devenus des sauvages comme ils l'étaient eux.

Et vous-même, vous avez participé ?
Non, je n'étais pas assez dans le secret pour participer. L'insurrection a surtout été faite par un petit nombre de gens, et surtout ceux qui étaient les anciens de Buchenwald, et là on ne pouvait pas recruter par voie d'affiche.

Bien sûr et aussi peut-être qu'ils étaient en meilleure forme que vous, comme ceux qui étaient restés là, que ceux qui avaient été trimbalés ?
Probablement, probablement ! Oui, des gens en meilleure forme que moi, j'étais ramené à 38 kilos à 23 ans, ce n'est pas mal ! Si je la retrouve, je vous donnerai une photo. Bien, Buchenwald est donc libre !

Propos recueillis par Michèle Kahn et Béatrice Guthart




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