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L'Afrique du Sud de Mandela, de l'apartheid à la nation arc-en-ciel
Présentation Ce sixième volet de la collection « Pour mémoire » renoue le fil de l’histoire africaine : après la question de l’esclavage, celle de l’apartheid.Colonisée comme l’ensemble du continent, l’Afrique du Sud connaît une évolution singulière lors des indépendances. Un régime unique de ségrégation met à l’écart la majorité noire entre 1948 et 1990. L’action menée par l’ANC1 et par son leader, Nelson Mandela2, compte pour beaucoup dans l’effondrement de ce régime discriminatoire à partir de 1990. C’est pourquoi la libération du chef de l’ANC après plus de 27 années passées en prison a marqué les esprits par la force du symbole qu’il représentait. Premier président (1994-1999) d’une Afrique du Sud multiraciale, Nelson Mandela reste un acteur essentiel de la démocratisation de son pays. Et pourtant. Pays le plus puissant d’un continent pauvre, l’Afrique du Sud doit, aujourd’hui encore, affronter de très sérieuses difficultés. Certes, pour la majorité de la population, noire et défavorisée, des améliorations notables ont été apportées dans les domaines de l'éducation, de la santé, du logement, néanmoins la pauvreté reste endémique et les écarts de revenus, démesurés. Le défi actuel consiste à sortir définitivement de l’apartheid social. Ce dossier propose aux enseignants de cycle 3 et collège (5e et 4e) un large choix de documents et de pistes d’exploitation, à sélectionner et à adapter en fonction des entrées dans les programmes et des niveaux des élèves. L’Afrique du Sud servira d’étude de cas pour aborder les problématiques de la colonisation en histoire, des discriminations en éducation civique ou de l’Afrique en géographie.
Entrées dans les programmes
Cycle 3
Histoire Le XIXe siècle (1815-1914) « C’est le siècle de l’émigration et de l’expansion coloniale. » Point fort : « Une Europe en pleine expansion industrielle et urbaine, à la recherche de territoires et de débouchés : le temps du travail en usine, de l’émigration et des colonies. » Le XXe siècle et le monde actuel « Le contraste est grand entre l’ampleur des progrès scientifiques et techniques qui entraînent d’incontestables améliorations de vie pour la majorité des Français et des Européens et la violence du siècle marquée par les formes les plus extrêmes de l’intolérance et de l’exclusion et par les massacres […] contre lesquels s’élèvent les voix de quelques grandes personnalités. »
Éducation civique
Cinquième
Géographie I. L’Afrique 1. La diversité de l’Afrique « Les discontinuités du peuplement et sa diversité ethnique et culturelle liées ici plus qu’ailleurs à la zonalité bioclimatique sont présentées à partir de cartes. Le poids de l’histoire ancienne et récente est mis en évidence. Le rappel du rôle du milieu s’appuie sur les acquis de la classe de 6e. La différenciation des grands ensembles régionaux est analysée comme le résultat de l’ensemble de ces facteurs. » Éducation civique I. L'égalité « Tout être humain a une égale dignité du simple fait qu'il est homme. Tout citoyen, tout administré, tout justiciable a droit à l'égalité devant la loi et à un égal accès aux fonctions et aux institutions. » L'égalité devant la loi « Résultat d'une conquête historique, le principe d'égalité est affirmé et garanti par les textes constitutionnels (constitution de la Ve République). Cependant, les individus sont confrontés à des situations d'inégalité sociale, économique, culturelle. Ils sont animés par ailleurs par des aspirations et des intérêts différents. Quelques exemples de lois qui visent à sauvegarder le principe d'égalité (l'impôt progressif, l'aide judiciaire...) servent d'illustration. » Le refus des discriminations « Toute distinction n'est pas discriminatoire. Des différences de statuts (être célibataire ou marié, être travailleur ou retraité...) induisent des catégories différentes de droits. Mais les discriminations deviennent illégitimes et sont condamnées comme un délit lorsqu'elles introduisent une exclusion, un refus de service, une restriction ou préférence qui a pour but ou pour effet de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l'exercice, dans des conditions d'égalité, des droits des personnes. Des exemples sont donnés sur les différentes formes de discrimination (racisme, sexisme, rejet des handicapés et des malades...) et d'intolérance. »
Quatrième
Histoire III. L’Europe et son expansion au XIXe siècle (1815-1914) 3. Le partage du monde « La comparaison de cartes du monde en 1815 et en 1914 permet de mettre en évidence le phénomène colonial, sans entrer dans les détails chronologiques, mais en évoquant les multiples raisons qui rendent compte de l’expansion mondiale des puissances industrielles, les formes diverses de cette expansion et les tensions internationales qu’elle suscite. » Conception et réalisation du dossier Auteur : Hugues Marquis, professeur d’histoire-géographie, IUFM de Poitou-CharentesChargée de mission : Cécile Llantia, CNDP Chef de projet, secrétariat de rédaction : Anne Vanaret Maquette graphique : Philippe Pommier Intégration : Marion Audoubert 1
African National Congress, ou « Congrès national africain », organisation politique fer de lance de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, interdite de 1960 à 1990.
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Homme politique sud-africain (1918 - ), chef historique de l’ANC, organisateur de la lutte armée après l’interdiction de l’organisation. Arrêté en 1962 et condamné à la détention à perpétuité en 1964, il est libéré en 1990. Élu président de la République en 1994, à l’issue des premières élections multiraciales, il se retire à la fin de son mandat, en 1999. Prix Nobel de la paix 1993. L'Afrique face à l'impérialisme européen Introduction des documents d’étude Un premier mouvement de colonisation
lié à une vague d’exploration aux XVe et XVIe siècles voit les Européens établir des zones d’influence en Afrique. Les Portugais, qui cherchent la route des Indes, puis les Français, les Hollandais et les Anglais établissent des comptoirs sur les côtes africaines. Ils mettent en place un commerce triangulaire avec l’Europe et les Amériques, fondé sur le trafic des esclaves.Au XIXe siècle, les pays européens veulent accroître leur puissance, ils se lancent à la conquête de nouvelles terres et en font leurs « colonies ». La Grande-Bretagne se constitue le plus grand empire colonial (voir l’histoire de l’Afrique du Sud sous domination britannique, document 1), devant la France. L’Afrique est le continent le plus colonisé pendant cette période (document 2).
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Les Européens, profitant de l’industrialisation comme des avancées scientifiques et techniques, justifient la colonisation en mettant en avant la supériorité de la civilisation européenne et de la race blanche (documents 3). Ils disent apporter le progrès aux « peuples attardés ». Précédées par des explorations scientifiques, bientôt suivies par des missions (document 4), les conquêtes sont souvent brutales, menées par des troupes supérieurement armées (document 5a). Cette politique impérialiste entraîne des affrontements avec les populations indigènes, qui tentent de résister, et entre Européens (document 5b).
Les Britanniques entendent dominer le continent « du Cap au Caire » (document 6), selon Cecil Rhodes (1853-1902).
L’exploitation systématique des ressources africaines (terres, minerais) par les colons bouleverse les sociétés en place. Les colonisés ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière (document 7). Les Européens spéculent sur les matières premières qu’ils leur achètent à bas prix et s’enrichissent avec les produits coloniaux manufacturés en Europe. Ils construisent des routes, des voies de chemin de fer, des ports pour transporter ces marchandises. Entre les deux guerres mondiales, la colonisation est dénoncée dans les pays occidentaux comme dans les pays colonisés. La Grande-Bretagne accorde progressivement l’autonomie (self-government) à ses colonies (document 8). Quant à l’Afrique du Sud, elle devient indépendante en 1910, mais sa constitution renforce encore le pouvoir politique des Blancs. C’est seulement après la seconde guerre mondiale que l’affaiblissement des puissances européennes conduit à l’émancipation des colonies africaines, du début des années 1950 à la fin des années 1970 (document 9).
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Pour travailler avec les élèves Répondez aux questions suivantes à l’aide des documents d’étude proposés plus haut.1. Pourquoi les Européens se lancent-ils à la conquête de l’Afrique ? Comment justifient-ils cette colonisation (doc. 3, 6, 7) ? En quoi les « missions » jouent-elles un rôle important (doc. 4) ? 2. Pourquoi les Britanniques combattent-ils les Boers (doc. 5b, 1, 7) ? Et les Zoulous (doc. 5a) ? le combat vous paraît-il égal ? pourquoi ? 3. Justifiez l’expression « politique impérialiste du Cap au Caire » (introduction du doc. 6). Voyez l’histoire de l’Afrique du Sud (doc. 1). Quels sont les pays sous domination britannique en 1914 ? Quel est le principal « concurrent » des Britanniques sur le continent (doc. 2) ? pourquoi ? 4. Définissez le terme compound (doc. 7). En quoi les compounds symbolisent-ils l’exploitation indigène pendant la colonisation ? 5. Qu’est-ce que le self-government (doc. 8) ? Dans quelle mesure prépare-t-il l’indépendance ? Quelle est la première colonie britannique à obtenir son indépendance (comparer doc. 9 et doc. 2) ? la dernière ? Documents complémentaires Le Grand Trek : extrait du manifeste de Piet Retief (1837)Il s’agit d’un des leaders du Grand Trek. Ce vaste mouvement d’émigration du Cap vers le nord-est (environ 14 000 personnes : le quart de la population blanche de la colonie) conduisit les Boers à fonder les provinces d'Orange et du Transvaal, afin d’échapper à la domination britannique. L’ Afrique australe sous influence britannique en 1885 Cette carte permet de situer les deux républiques boers et montre l’extension de la domination britannique. www.lib.utexas.edu/ L'apartheid, une atteinte aux droits de l'homme Introduction des documents d’étude Entre 1948 et 1990, l’État sud-africain met en place un régime fondé sur la ségrégation raciale (document 1), le régime d’apartheid. Une classification de la population en groupes raciaux existait depuis les premiers temps de la colonisation : elle est officiellement établie en 1950 (document 2), avec la venue au pouvoir du Parti national unifié, un parti blanc d’inspiration raciste (document 3), dont le discours s’inspire du nazisme (document 4).En refusant de donner aux Noirs (67 % de la population du pays en 1950) les mêmes droits qu’aux Blancs (21 %), l’apartheid transforme des différences en discriminations. Les lois en vigueur en Afrique du Sud conditionnent lourdement la vie quotidienne des Noirs qui, considérés comme inférieurs, n’ont pas les mêmes droits que les Blancs (document 5).
La création de territoires réservés aux Noirs, les homelands ou bantoustans (dérivé de bantou), a pour objectif une ségrégation territoriale totale et définitive, et se situe totalement dans cette logique d’apartheid (document 6 et document 7).
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Ces discriminations officielles, appuyées par des lois, vont à l’encontre de la Déclaration des droits de l’homme qui affirme le principe universel d’égalité (document 8), respecté par de nombreux pays. À noter que la Déclaration universelle des droits de l’homme est complétée en 1965 par la Convention internationale sur l’élimination de toute discrimination raciale qui fait de l’apartheid un « crime contre l’humanité » (document 9). L’Afrique du Sud refuse, quant à elle, de reconnaître ces textes. Pour travailler avec les élèves Répondez aux questions suivantes à l’aide des documents d’étude proposés plus haut.1. Soulignez dans les textes des documents 3, 1 et 4 les mots et expressions qui montrent le racisme et la ségrégation. 2. À partir des documents 2 et 5, identifiez les domaines (vie politique, travail….) dans lesquels s’exerce la discrimination. Quelles sont les lois mises en place par le pouvoir sud-africain pour empêcher toute contestation de l’apartheid (doc. 2) ? 3. En quoi la création des homelands (doc. 6 et 7) s’inscrit-elle dans une logique de renforcement de l’apartheid ? En quoi est-ce aussi un moyen d’éviter toute contestation de cette politique (doc. 6) ? 4. Quelles sont les discriminations condamnées par les textes des documents 8 et 9 ? Par quels moyens un État peut-il « refuser à un membre ou à des membres d'un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux le droit à la vie et à la liberté de la personne » (article 2a du doc. 9) ? 5. Pourquoi l’Afrique du Sud s’abstient-elle d’adopter la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 (doc. 8) ? Justifiez votre réponse en citant un ou plusieurs extraits du texte. 6. Que condamne cette proclamation (doc. 9) ? Comment les États peuvent-ils officiellement garantir l’absence de discrimination (doc. 8) ? Nelson Mandela et le combat contre l'apartheid Introduction des documents d’étude Face à des lois de plus en plus ségrégationnistes, l’ANC (Congrès national africain, ex-Parti bantou), principale organisation de défense des Noirs en Afrique du Sud et son jeune dirigeant, Nelson Mandela (document 1), répondent tout d’abord par des campagnes non violentes1 de protestation (pétitions, manifestations… : document 2), puis de désobéissance civile. Le 27 juin 1955, un Congrès du peuple2 multiracial adopte la Charte de la liberté (document 3) demandant l’abrogation de toute politique discriminatoire.Mais le massacre de Sharpeville, en 1960 (document 4), conduit le chef de l’ANC à adopter la lutte armée. Arrêté l’année suivante, en 1962, condamné à perpétuité, il poursuit son action depuis sa cellule, devenant le symbole du combat contre l’apartheid (document 5). En 1975, l’Angola et le Mozambique accèdent à l’indépendance. Des camps d’entraînement peuvent s’organiser sur leur territoire, voisin de l’Afrique du Sud. En 1976, les émeutes de Soweto, banlieue de Johannesburg à forte majorité noire, et la répression qui s’ensuit étendent la contestation à l’ensemble du pays (document 6). À partir de 1983, les Noirs des townships multiplient les actions de boycottage des institutions. Parallèlement, la communauté internationale, sous l’impulsion des Nations unies (document 7), condamne de plus en plus ouvertement le régime sud-africain et tente, en le sanctionnant de diverses manières (document 8 et documents 9), d’infléchir sa politique. En 1980, Oliver Tambo, leader de l’ANC en exil, lance une campagne internationale pour la libération de Mandela. Bientôt, les mouvements de lutte contre l’apartheid se fédèrent en Front démocratique uni (FDF). En 1984, une politique d’ouverture s’amorce, permettant aux métis et aux Indiens d’être représentés au Parlement. Mais cette réforme politique est ressentie par la communauté noire comme une injustice et ravive le combat antiségrégationniste. Une vaste campagne de manifestations contre le gouvernement de Pieter Botha3 couvre tout le pays, tandis que Desmond Tutu, évêque noir de Johannesburg, reçoit le prix Nobel de la paix. En 1985, l’insurrection gagne. Les violences liées aux affrontements, avec les forces de l’ordre ou entre organisations noires, font des centaines de victimes. En 1986, l'état d'urgence est instauré sur l'ensemble du territoire, avec contrôle strict de la presse, sud-africaine et étrangère. La pression internationale et médiatique (document 10), de plus en plus forte, va néanmoins conduire le gouvernement, de plus en plus isolé, à sortir de l’apartheid. Pour travailler avec les élèves Répondez aux questions suivantes à l’aide des documents d’étude proposés plus haut.1. Pourquoi la Charte de la liberté adoptée en 1955 (doc. 3) est-elle considérée comme le manifeste de référence de la lutte contre l’apartheid ? 2. Montrez, à partir d’une citation de votre choix, que les paroles de Nelson Mandela (doc. 5) ont, au-delà de l’ Afrique du Sud, une portée universelle. 3. Quelles formes d’action (deux réponses) Nelson Mandela et les Noirs adoptent-ils pour lutter contre l’apartheid ? Comment le pouvoir blanc s’oppose-t-il à la contestation noire ? 4. Pourquoi le système d’apartheid est-il contraire à l’esprit sportif (doc. 9) ? 5. Comment la communauté internationale se mobilise-t-elle contre l’apartheid (doc. 7 à 10) ? En quoi cette pression internationale a-t-elle accéléré l’évolution vers la fin de l’apartheid ? 1
Jeune militant à la ligue de la jeunesse de l’ANC, Mandela suit de près la campagne non-violente menée de 1946 à 1948 par la communauté indienne en réaction au Ghetto Act qui restreint leur liberté de déplacement.
La fin de l'apartheid Introduction des documents d’étude En 1989, Frederik De Klerk accède à la présidence en remplacement de Pieter Botha et confirme ses intentions réformistes. Après avoir négocié secrètement avec l’ANC, il peut annoncer au Parlement, en février 1990, entre autres réformes de grande ampleur (document 1), la légalisation de cette organisation et la libération de son chef historique, Nelson Mandela. Le 30 juin 1991, l'apartheid qui avait été systématisé par son propre parti, le Parti national, depuis 1948, est officiellement aboli.
En décembre 1996, une nouvelle Constitution (document 5) est promulguée, instaurant une démocratie libérale, très progressiste, interdisant toute discrimination, protégeant la liberté d’expression et abolissant la peine de mort. L’Afrique du Sud s’engage visiblement en matière de protection des droits de l’homme. Elle réintègre peu à peu la communauté internationale, comme l’attestent la participation d’une délégation « arc-en-ciel » aux jeux Olympiques de Barcelone en 1992 et la tenue de la Conférence mondiale contre le racisme à Durban en 2001 (document 6). De 1996 à 1998, la Commission de la vérité et de la réconciliation (document 7) sillonne le pays : elle est chargée de recenser toutes les exactions commises depuis 1960, au nom du gouvernement sud-africain, mais également au nom des mouvements de libération nationale. Objectifs : inciter les Sud-Africains à avouer leurs crimes, à pardonner, protéger l’Afrique du Sud d’un nouveau conflit racial. Pour autant, l’abolition du régime ségrégationniste et l’instauration du suffrage universel n’ont pas fait disparaître la méfiance et les préjugés. Car, si les différences de traitement se sont sensiblement atténuées, et si plus aucune trace matérielle ne subsiste de l’apartheid, Noirs et Blancs se mélangent peu. La nouvelle politique de discrimination positive (Affirmative Action) ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté blanche, qui s’estime lésée, et elle nourrit le ressentiment. Quant aux Noirs, ils restent particulièrement touchés par les inégalités sociales1 en Afrique du Sud où 48 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où la répartition des revenus reste l'une des plus injustes au monde. Pour travailler avec les élèves Répondez aux questions suivantes à l’aide des documents d’étude proposés plus haut.1. Justifiez le titre du document 1 : « Vers la normalisation de la vie politique sud-africaine ». 2. Quelles expressions Nelson Mandela utilise-t-il dans son discours d’investiture (doc. 3) : a. pour qualifier l’apartheid dans son discours d’investiture ? b. pour montrer que la liberté obtenue est le résultat d’un combat ? 3. Comment la Constitution de l’Afrique du Sud marque-t-elle le respect de la diversité linguistique et culturelle (doc. 5) ? En quoi celle-ci est-elle l’une des plus progressistes au monde ? Montrez que chacun des articles de la Charte des droits (Bill of Rights) apparaît comme une négation de l’ancien régime. 4. En quoi son drapeau (doc. 4) est-il bien adapté à la nouvelle Afrique du Sud ? 5. Par quels signes l’intégration nouvelle de l’Afrique du Sud dans la communauté internationale se manifeste-t-elle (doc. 2, 5, 6, 7) ? 6. Pourquoi la « transition démocratique » en Afrique du Sud reste-t-elle (malgré tout) très difficile à négocier (introduction des doc., doc. 7) ? L'Afrique du Sud dans l'Afrique d'aujourd'hui Introduction des documents d’étude
Données géographiques Située en majeure partie dans la zone intertropicale, traversée en son milieu par l’équateur, l’Afrique est un continent chaud, d’autant plus que la grande moitié de son territoire est privée de débouchés maritimes. Différents milieux ou domaines bioclimatiques (désert, steppe, savane, forêt claire, forêt dense… : document 1) s’organisent néanmoins en fonction de la pluviométrie et du régime des précipitations. Cette diversité se retrouve dans les paysages d’Afrique du Sud.
Accéder à la carte interactive(www.curiosphere.tv/)
Paysages d’Afrique du Sud
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Répartition (en %) de la population par province en Afrique du Sud (document 2b)
Les défis à relever
La compétition mondiale Presque 15 ans après la fin de l’apartheid, et en dépit des profondes transformations dont a incontestablement bénéficié la société sud-africaine, les défis à relever ne manquent pas pour la « nation arc-en-ciel ». Pays riche sur un continent pauvre (document 3), l’Afrique du Sud se voit par ailleurs confrontée à de nouvelles difficultés liées à sa place très particulière dans la compétition économique internationale1.Les conflits internes Héritées de la colonisation, les frontières politiques des 57 États (document 4) ne tiennent pas compte de la réalité culturelle et linguistique africaine2. De plus, elles englobent souvent des ethnies très différentes, dont certaines sont, elles aussi, de pures créations politiques. Cet émiettement forcé et cette diversité (documents 5) sont à l’origine de graves conflits internes récurrents sur le continent.
L’explosion démographique L’Afrique connaît, depuis la seconde moitié du XXe siècle, une véritable explosion démographique (document 6), résultat d'un taux de natalité toujours élevé et d'un taux de mortalité, infantile notamment (grâce aux progrès effectués en matière de soins médicaux, d’hygiène…), en baisse. Sa population, jeune, avec 42 % de moins de 15 ans (21 % en Europe occidentale), a été multipliée par 4 en 50 ans. Si la population urbaine ne représente que 40 % de la population totale, la croissance urbaine est forte, du fait des mutations économiques et de l’exode rural. La réforme agraire annoncée tarde à venir3, la production agricole ne suit plus. La pénurie de denrées alimentaires frappe y compris les grandes villes, qui ne cessent de s’étendre (document 7) et, incapables d’absorber ce flux continu, ne peuvent offrir aux nouveaux venus une situation sanitaire satisfaisante. La croissance de la population (document 6)
Pauvreté, chômage, dégradation de la protection sociale : les nouvelles inégalités L’Afrique est un continent jeune, mais pauvre (document 8 et document 9). Les plus démunis ne peuvent accéder à une vie décente, ils ne jouissent d’aucune protection sociale4. L’espérance de vie, en particulier en Afrique subsaharienne, reste faible, la mortalité infantile, la plus forte du monde, le taux de scolarisation, très insuffisant dans l’ensemble. Le bilan sanitaire, en progrès globalement, révèle toutefois des disparités criantes face à la malnutrition et aux pandémies (paludisme, tuberculose, sida…) : 70 % des malades du sida dans le monde sont africains, un Sud-Africain sur neuf est séropositif. Les discriminations persistent donc bel et bien aujourd’hui pour la population noire, en particulier en Afrique du Sud où les Noirs-Africains paient le prix fort de l’intégration de la « nation arc-en-ciel » dans l’économie mondiale. Nouvelles inégalités, nouvelles revendications, nouveaux combats à mener pour les successeurs de Nelson Mandela…
Pauvreté et accès aux services : France – Afrique (document 10a)
Afrique du Sud par « couleur » (document 10b)
Pour travailler avec les élèves Répondez aux questions suivantes à l’aide des documents d’étude proposés plus haut.1. Décrivez les quatre photographies de paysages représentant la diversité des milieux naturels sud-africains (doc. complémentaires du doc. 1). Associez chaque paysage au climat correspondant de la carte (voir légende du doc. 1) en précisant ses caractères principaux (degré d’humidité, végétation…). 2. Comment la « très inégale répartition » de la population, observable à l’échelle continentale (doc. 2a) comme à l’échelle nationale, à travers l’exemple de l’Afrique du Sud (doc. 2b), s’explique-t-elle ? 3. Quelle est la religion majoritaire (doc. complémentaire des doc. 4 et 5) : dans le nord de l’Afrique ? dans le sud ? en Afrique du Sud ? 4. D’où vient l’« explosion démographique » en Afrique ? comment se traduit-elle ? Où l’Afrique du Sud se situe-t-elle (doc. 6) ? 5. Qu’est-ce qui atteste de la forte croissance urbaine (doc. 7 et 8) ? Quelles difficultés la population des villes rencontre-t-elle ? Ces difficultés touchent-elles indifféremment toutes les « catégories raciales » ? 6. Quels sont les signes de la grande pauvreté en Afrique ? Montrez la particularité de l’Afrique du Sud (doc. 9 et 10). En quoi peut-on parler d’une « nouvelle ségrégation » post-apartheid ? 7. Expliquez le titre du document 3. À quelle stratégie économico-financière et à quelles ressources l’Afrique du Sud doit-elle sa place sur le marché mondial ? 8. Vous conclurez sur les nouveaux défis à relever. 1
Alors que leur pays est devenu la première puissance politique, économique et militaire du continent, 48 % des Sud-Africains vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le chômage touche environ 40 % de la population active.
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Plusieurs milliers de langues parlées en Afrique, 35 en Afrique du Sud où, en dehors de l’anglais et de l’afrikaans, neuf autres langues officielles coexistent, les langues des principaux peuples noirs de la région : ndébélé, pedi (ou sesotho), sotho, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et zulu.
Vocabulaire Afrikaans (ou afrikaander) :l’une des 11 langues officielles de l’Afrique du Sud, variante du néerlandais ; importée au XVIIe siècle par les colons des Pays-Bas (Boers).Afrikaner : mot afrikaans signifiant « Africain » ; Blanc d’Afrique du Sud d’origine néerlandaise et/ou non-anglophone (Français, Allemand, Portugais…). Afrique australe (lat. australis, de auster : « vent du midi ») : Afrique du Sud. ANC : pour African National Congres, le « Congrès national africain » ; parti sud-africain fondé en 1912 pour défendre les intérêts de la population noire contre la domination blanche. Apartheid : mot afrikaans signifiant « vivre à part ». Régime de discrimination raciale appliqué de 1948 à 1994 en Afrique du Sud, privant les Sud-Africains noirs de tous leurs droits civiques. Voir « discrimination », « ségrégation ». Bantou :l’une des principales familles de langues africaines. On dénombre environ 600 langues bantoues en Afrique australe pour environ 150 millions de locuteurs. Les Sud-Africains noirs (75 % de la population) sont essentiellement d’origine bantoue. Bantoustan :SYN. homeland (« foyer national » en angl.) ; territoire attribué par les Blancs aux Bantous (Noirs) d’Afrique du Sud et destiné à devenir indépendant ; dispositif essentiel de l’apartheid, visant à exacerber les divisions ethniques et à priver les Noirs de la nationalité sud-africaine. Boers :mot néerlandais signifiant « paysans » ; colons de l’Afrique australe originaires des Pays-Bas. Colonisation : occupation, administration et exploitation de territoires (colonies) par un pays étranger exerçant une domination politique. L’expansion coloniale de l’Europe se développe essentiellement à partir du XVIe siècle. Commerce triangulaire : ou traite « transatlantlique », liant les trois continents européen, africain et américain, principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles. S’y échangent les objets de la traite (armes et produits manufacturés : tissus, bijoux, alcool…), les esclaves (nègres) et les produits de la traite négrière (produits agricoles : sucre, coton, tabac, café, riz…). Principaux pays négriers : l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Angleterre et la France. Commonwealth :Constitué à la fin du XIXe siècle pour fédérer les nombreux territoires de la Couronne, le Commonwealthof Nations associe aujourd’hui une cinquantaine d’ex-colonies britanniques devenus États indépendants, unis par leur histoire, leurs valeurs et leurs intérêts communs. Comptoir :établissement commercial fondé par une nation dominante en pays étranger (Amérique, Afrique, Inde...). Discrimination : action d’isoler, de traiter différemment, voire d’exclure une personne ou un groupe, sur des critères sociaux ou raciaux (racisme) par exemple. Voir « apartheid », « ségrégation ». Discrimination positive : donner plus à ceux qui ont moins ; ensemble des mesures destinées à permettre le rattrapage de certaines inégalités en favorisant un groupe par rapport aux autres. Ce principe relativement récent ne fait pas l’unanimité, car il institue, même de façon temporaire, une nouvelle inégalité. Dominion : désigne jusqu'en 1948 un État encore maintenu sous souveraineté britannique, mais autonome sur le plan de sa politique intérieure. Après la Seconde guerre mondiale, les dominions deviennent des États pleinement indépendants, membres du Commonwealth. Grand Trek : mouvement d’émigration [1834-1839]des Boers, de la colonie hollandaise du Cap vers les terres intérieures du Vaal et d’Orange en Afrique du Sud, sous la poussée britannique ; événement fondateur du nationalisme afrikaner. Impérialiste : qui relève de l’impérialisme,mouvement mondial d’expansion et de domination militaire, politique, économique, voire culturel. Au XIXe siècle, il qualifie les pays européens qui bénéficient alors d’une suprématie technologique, scientifique et financière. Indigène : né dans le pays où il habite ; SYN. aborigène, autochtone. Manufacturé (produit) : issu de la transformation par l’homme de matières premières (brutes). Mission : tâche à accomplir ; dans le domaine religieux, organisation de missionnaires visant à propager le christianisme en pays étranger. On parle plus généralement aujourd’hui de mission professionnelle ou scientifique. Nazisme : pour « national-socialisme » ; idéologie d’extrême droite fondée sur une vision raciste, et plus particulièrement antisémite du monde ; régime mis en place par Adolf Hitler en Allemagne, entre 1933 et 1945. Raciste :voir « discrimination ». Ségrégation :action deséparer des personnes d’origines, de mœurs ou de religions différentes ; c’est le fondement de l’apartheid. Spéculer :faire des opérations financières ou commerciales sur des valeurs négociables afin de tirer profit des variations de leurs cours ; exemple : spéculer sur le sucre. Township :zone d’extrême pauvreté en périphérie urbaine, ghetto noir, bidonville. Y vivent la plupart des Noirs des grandes villes d’Afrique du Sud : conséquence de la politique de ségrégation « spatiale ». Documentation Ouvrages, revues – ALVAREZ-PÉREYRE Jacques, Littérature et discrimination raciale en Afrique du Sud, CRDP de l’académie de Grenoble, 2004. Une lecture du récit de Neela Govender, Acacia thorn in my heart. – BARBIER Jean-Claude, Après l'apartheid, CNDP, coll. « Textes et documents pour la classe », n° 650, 04/1993. – FAUVELLE-AYMAR François-Xavier, Histoire de l’Afrique du Sud, Seuil, coll. « L’univers historique », 2006. – GUILLAUME Philippe, PÉJOUT Nicolas, WA KABWE-SEGATTI Aurélia (dir.), L'Afrique du Sud dix ans après : transition accomplie ? Ifas-Karthala, coll. « Homme et société : sciences économiques et politiques », 2004. – LORY Georges, L’Afrique du Sud, Karthala, coll. « Méridiens », 1998. – MANDELA Nelson, Un long chemin vers la liberté, LGF, coll. « Livre de Poche », 1997. Dossiers – Éduquer contre le racisme : thèmes d’activités en classeDans la collection « Civilité / citoyenneté » du CNDP, mars 2000 – janvier 2006. – En quête d'Afrique : les malheurs d’un continent (PDF, 230 ko) Un dossier du magazine Télédoc (CNDP) autour de 4 films documentaires de Jean-Louis Saporito et Kazuta Hioki (2006), notamment Les volontaires du sida en Afrique du Sud. – Goodbye Bafana Dossier pédagogique interdisciplinaire (anglais, histoire-ECJS) édité par Zéro de conduite.net autour du film de Bille August, sorti en 2007, inspiré des mémoires de James Gregory, geôlier de Nelson Mandela, en partenariat avec l'Agence Cinéma Éducation. www.zerodeconduite.net/ – Paysages à lire : vers la nouvelle Afrique du Sud Un reportage de 1998 proposé par lesite.tv (La Cinquième / CNDP), qui illustre, à travers des images des différents quartiers du Cap, une histoire encore marquée par la discrimination. www.lesite.tv/ – Robben Island Utilisée comme prison de haute sécurité, hôpital pour malades indésirables et base militaire, l’île de Robben Island témoigne des heures sombres de l’histoire de l’Afrique du Sud. À ce titre, elle figure depuis 1999 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Brève description, documents, galerie de photos. http://whc.unesco.org/ – Ville d'apartheid, ville de ségrégation : Johannesburg Module de géographie / éducation civique (2de STL), conçu par Jean-François Valleix, sous la direction de Gracia Dorel-Ferré, Bulletin de liaison des professeurs d'histoire-géographie de l'académie de Reims, n° 28, 2002. www.crdp-reims.fr/ Sites – African National CongressSite de l’ANC, en anglais, avec une sélection de discours de Nelson Mandela de 1951 à 2004. www.anc.org.za/ – Ambassade d’Afrique du sud à Paris www.afriquesud.net/ – Annuaire du Net sud-africain www.mbolo.com/ – Association F-SA France - Afrique du Sud http://pagesperso-orange.fr/asso.afriquedusud/ – Ezemvelo KZN Wildlife Organisme de conservation de la faune ; province du KwaZulu-Natal ; en anglais. www.kznwildlife.com/ – Goodbye Bafana Site officiel du film : versions française, anglaise et allemande. www.goodbyebafana.com/ – Robben Island Museum En anglais. www.robben-island.org.za/ – South Africa Government Online En anglais. www.gov.za/ – South African History Online En anglais. www.sahistory.org.za/ – Statistics South Africa En anglais. www.statssa.gov.za/ Films – Classified People, de Yolande Zauberman (1988)Fim documentaire. En 1948, la vie de Robert, qui se croyait blanc, bascule. Il est « classé » métis, sa femme et ses enfants le renient. Il refait sa vie avec une Noire, Doris. Ensemble, avec pudeur et humour, ils nous racontent leur tragique histoire vraie. – La Commission de la vérité, de André Van In (1999) Le réalisateur fut autorisé à suivre dans la durée le travail de la commission Vérité et réconciliation, créée en 1995 par Nelson Mandela, et chargée de recenser les violations des droits de l’homme commises entre 1960 et 1994 en Afrique du Sud. Présidée par Desmond Tutu, archevêque noir de Johannesburg, prix Nobel de la paix, celle-ci convia pendant plusieurs années victimes, bourreaux et témoins de l’apartheid à faire la vérité sur le passé. Une expérience originale sur le plan juridique, éprouvante, mais salutaire. – Le Cri de la liberté (Cry Freedom), de Richard Attenborough (1988) Fiction. En 1975, Donald Woods, un journaliste blanc, rencontre Steve Biko, un activiste noir de la lutte anti-apartheid. Les deux hommes se lient d'amitié. Assigné à résidence, Biko est arrêté et torturé à mort. Woods va s'efforcer de prouver la responsabilité du régime de Pretoria. – Dernière tombe à Dimbaza, de Nana Mahomo (1972) Tourné clandestinement, ce documentaire récompensé par de multiples prix témoigne des conditions de vie inhumaines des Noirs dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, plus particulièrement à Dimbaza, un bidonville d’internement où les enfants meurent de malnutrition. – Goodbye Bafana, de Bille August (2007) Film inspiré des mémoires de James Gregory, geôlier de Nelson Mandela durant plus de 20 ans aux prisons de Robben Island et Pollsmoor, puis dans sa résidence surveillée de Victor Vester, jusqu’à sa libération en 1990. Fonctionnaire zélé du régime de l’apartheid, Gregory, qui parle le xhosa, la langue maternelle du leader de l’ANC, est aussi chargé de l’espionner. Il apprend au contraire à respecter son adversaire et finit par embrasser sa cause. – Une saison blanche et sèche (A Dry White Season), de Euzhan Palcy (1989) D’après le roman d’André Brink. Second film de la réalisatrice militante d’origine martiniquaise, déjà auteur de Rue Cases-Nègres. L’action se déroule à Johannesburg en 1971 et montre la prise de conscience d’un Afrikander ordinaire, dont la vie va se trouver bouleversée par la mort du jeune fils de son jardinier noir. – Zoulou, de Cy Endfield (1964) Reconstitution impressionnante de la bataille de Rorke's Drift qui, en 1879, opposa deux jours durant une centaine de soldats britanniques à plusieurs milliers de guerriers zoulous au Natal, dans le Zoulouland. Littérature de jeunesse Une sélection du CRDP de l’académie de Grenoble, publiée par l'école des loisirs, coll. « Médium ». – BEAKE Lesley, L'histoire de Séréna, 1996, 187 p. Séréna, 12 ans, décide de quitter le township où elle vit et de partir à la recherche de sa mère, qui travaille chez les Blancs à Johannesburg. – BEAKE Lesley, Le chant de Be, 1995, 168 p. Be vit en Afrique du Sud. Elle raconte son désespoir face à ce qu'elle découvre de la société dans laquelle elle grandit. – GORDON Sheila. Rébecca, 1992, 245 p. En Afrique du Sud en 1991 : le quotidien d’une petite fille noire dans un village que les Blancs veulent raser pour y construire une de leurs villes. – SILVER Norman, Un doute sur la couleur, 1993, 257 p. Basil Kuschenovitz raconte son enfance et son adolescence en Afrique du Sud, au sein d'une famille juive blanche, dans une société obsédée par la couleur de la peau : une chronique en 12 chapitres. Documents
Histoire de l'Afrique du Sud : période africaine, hollandaise, domination britannique (document 1) IVe siècle : Installation des peuples bantous venus d’Afrique centrale. Ils se joignent aux ethnies indigènes khoïsans (dont les Hottentots).1488 : Le navigateur portugais Bartholomeu Dias est le premier Européen à atteindre le cap des Tempêtes, devenu plus tard cap « de Bonne Espérance ». 1497 : L’explorateur portugais Vasco de Gama débarque sur la côte du Natal. 1652 : Jan van Riebeeck, au nom de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, fonde une colonie dans la baie du Cap. Des fermiers (Boers en néerlandais) viennent s’installer dans la région. L’occupation des terres par les Européens provoque des affrontements avec les Hottentots, refoulés ou réduits en esclavage. 1685 : Après la révocation de l’édit de Nantes (1685) par Louis XIV, 200 familles françaises de religion protestante (huguenotes) s’installent aux côtés des Boers. 1779 : Premiers affrontements avec les Bantous (dénommés aussi « cafres », de l’arabe kafir, « infidèle »). 1806 : Après une première occupation, entre 1795 et 1802, les troupes britanniques s’emparent de la colonie, officiellement cédée par la Hollande en 1816 (convention de Londres). 1816-1826 : Chaka Zoulou fonde et développe l’empire zoulou au Natal et crée une puissante armée. 1820 : Immigration britannique massive. 1833 : Abolition de l’esclavage par les Britanniques. 30 000 personnes sont affranchies. Les propriétaires européens, faiblement dédommagés, sont endettés ou ruinés. 1834-1840, le « Grand Trek » : Les Boers quittent la colonie du Cap et franchissent le fleuve Orange pour rejoindre le Nord et l’Est. Ils affrontent les Zoulous et autres peuples bantous venus du Nord (« guerres cafres »). 1838 : Les Boers, supérieurement armés, écrasent les Zoulous à Blood River (la rivière de Sang). 1840 : Fondation par les Boers de la république du Natal. 1843 : Annexion du Natal par les Britanniques. Les Boers retournent à l’intérieur des terres. 1852 : Les Boers proclament la république du Transvaal. 1854 : Proclamation de l’État libre d’Orange, de langue officielle anglaise. Les deux républiques boers, Transvaal et État d’Orange, appliquent le principe de la discrimination raciale systématique. La colonie anglaise du Natal se sépare de celle du Cap. 1867 : Découverte de diamants à Kimberley. 1877 : La Grande-Bretagne annexe le Transvaal. 1879 : Les Britanniques battent les Zoulous au Transvaal. 1880-81 : Les Boers se révoltent contre les Britanniques, déclenchant la première guerre anglo-boer. Le conflit s’achève par une paix négociée (convention de Pretoria). Le Transvaal redevient une république. 1893 : Autonomie (self-government) accordée au Natal. Milieu des années 1880 : La découverte d’or au Transvaal déclenche une ruée vers l’or et un afflux de mineurs britanniques. 1895 : Toute l’Afrique australe est sous contrôle britannique (voir document complémentaire n° 2), à l’exception des deux républiques boers. 1899-1902 : Seconde guerre anglo-boer. Par le traité de Vereeniging, le Transvaal et l’État libre d’Orange deviennent colonies auto-gouvernées de l’empire britannique. 1910 : Formation de l’Union d’Afrique du Sud regroupant les colonies britanniques du Cap et du Natal, et les républiques du Transvaal et de l’État d’Orange. Les Noirs et les métis (soit les 2/3 de la population) sont écartés de la vie politique. 1912 : Fondation du Congrès national indigène (renommé en 1923 « Congrès national africain » ou African National Congress, l’ANC). 1914 : Fondation du Parti national (National Party, ou Nasionale Party en afrikaans), expression politique du nationalisme afrikaner. 1919 : La Namibie (ancienne colonie allemande) passe sous administration sud-africaine. 1931 : Le statut de Westminster accorde à l’Union sud-africaine la pleine souveraineté au sein du Commonwealth. 1948 : Adoption de la politique d’apartheid. 1961 : L’Afrique du Sud se proclame république et quitte le Commonwealth. La colonisation justifiée par Cécil Rhodes et Joseph Chamberlain (documents 3) Document 3a« J'étais hier dans l'East-End [quartier ouvrier de Londres], et j'ai assisté à une réunion de sans-travail. J'y ai entendu des discours forcenés. Ce n'était qu'un cri. Du pain ! Du pain ! […] L'idée qui me tient le plus à cœur, c'est la solution au problème social : pour sauver les quarante millions d'habitants du Royaume-Uni d'une guerre civile meurtrière, nous, les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d'y installer l'excédent de notre population, d'y trouver de nouveaux débouchés pour les produits de nos fabriques et de nos mines. » Cecil Rhodes, Premier ministre du Cap, extrait du journal Neue Zeit, 1898. Cité par Lénine dans L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916). Document 3b « Une nation est comme un individu : elle a ses devoirs à remplir et nous ne pouvons plus déserter nos devoirs envers tant de peuples remis à notre tutelle. C'est notre domination qui, seule, peut assurer la paix, la sécurité et la richesse à tant de malheureux qui jamais auparavant ne connurent ces bienfaits. C'est en achevant cette œuvre civilisatrice que nous remplirons notre mission nationale, pour l'éternel profit des peuples à l'ombre de notre sceptre impérial [...]. Oui, je crois en cette race, la plus grande des races gouvernantes que le monde ait jamais connues, en cette race anglo-saxonne, […] qui infailliblement sera la force prédominante de la future histoire et de la civilisation universelle [...] et je crois en l'avenir de cet Empire, large comme le monde [...]. » Discours de Joseph Chamberlain, ministre britannique des Colonies en 1895. Deux outils de l'exploitation indigène : « pass » et « compounds » (document 7) La route qui mène aux mines d’or d’Afrique du Sud traverse en ligne droite un immense plateau jalonné de terrils et de chevalements surmontés de grandes roues. Dessous, des milliers d’hommes creusent à quatre kilomètres de profondeur. […] ce plateau s’appelle le Witwatersrand, […] les Sud-Africains disent le « Rand ». […] Des barbelés entourent le périmètre de chaque mine et au pied du chevalement se trouve le compound, des rangées de baraquements semblables à un camp militaire. Là, 2 000 à 4 000 mineurs venus de tous les horizons d’Afrique australe cohabitent à l’année. Il y a autant de compounds que de puits de mine sur le Rand, soit une quarantaine. […]Devant chaque chambrée, un banc en ciment accueille les hommes au repos qui grillent une cigarette. Sur chaque porte, un numéro. […] lits et matelas n’ont fait leur apparition qu’en 1978. Auparavant, les mineurs disposaient de bat-flanc en ciment, superposés à longueur de baraques, lesquelles disposaient de quelques poêles. […] Le système fut élaboré dans les mines de diamant, près d’un gisement découvert vingt ans avant l’or, en 1867, dans une région semi-désertique de la province d’Orange. La ruée des prospecteurs, noirs et blancs, y fit éclore la ville de Kimberley. […] Les premiers compounds furent construits dans les années 1880 afin de contrôler la main d’œuvre noire pléthorique et bon marché, acheminée de tous les horizons, et l’empêcher de garder quelques-uns des diamants récoltés. Ces travailleurs immigrés ne devaient à aucun prix s’établir dans la région. Au terme de leur contrat, ils retournaient d’où ils venaient, munis d’un pass indiquant leur village comme destination obligatoire. […] Plus tard, les pass furent étendus à l’ensemble des populations noires et métis. Avec les compounds, ce furent les premiers outils de l’apartheid, bien avant que ce dernier ne devienne loi en 1948. Thierry Secretan, « Aux origines de l’apartheid », Multitudes, n° 15, 2004/1. Le « self-government » (document 8) « Le but suprême de l’Empire britannique est l’expansion progressive de la liberté parmi tous les sujets de Sa Majesté […] Cette expansion de la liberté est un processus lent […] Dans certains pays, il se manifeste plus vite que dans d’autres. [...] Dans les dominions, ce processus d’évolution a été mené à terme, et s’est terminé. À l’intérieur de l’empire colonial, le processus est toujours en cours.[...] Cela pourra prendre des générations, ou même des siècles, avant que les peuples de certaines parties de l’empire colonial puissent atteindre le self-government. Mais c’est un élément fondamental de notre politique, même pour les peuples les plus attardés d’Afrique, de les enseigner et de les encourager toujours à se rendre capables de se tenir un peu plus sûrement sur leurs jambes. » Malcolm MacDonald, discours aux Communes, le 7 décembre 1938. Extrait du manifeste de Piet Retief, un des leaders du Grand Trek « Des bruits ont circulé, qui avaient pour intention évidente d'éveiller dans l'esprit de nos compatriotes des préjugés contre ceux qui ont résolu d'émigrer loin d'une colonie où ils connaissent, depuis de longues années, des pertes et des vexations sans nombre ; or, nous voulons que nos frères continuent à nous estimer ; nous voulons qu'eux et le monde sachent bien que ce n'est pas sans raison amplement suffisante que nous tranchons le lien sacré qui unit un Chrétien à la terre où il est né. Aussi résumons-nous ici les raisons qui nous ont poussé à ce départ, et nos intentions quant aux tribus indigènes que nous rencontrerons au-delà des frontières.Nous désespérons de sauver la colonie des maux qui la menacent du fait de la conduite turbulente et malhonnête de vagabonds, que l'on a autorisés à infester tout le pays […]. Nous déplorons les énormes pertes qui nous ont été infligées par l'obligation d'affranchir nos esclaves, et les vexations que nous avons eu à subir à ce propos. [...] Nous déplorons la haine injustifiable que nous ont manifestée […] des personnes intéressées et malhonnêtes dont le témoignage est le seul qui soit pris en considération en Angleterre, à l'exclusion de tout ce qui peut témoigner en notre faveur […]. Nous sommes résolus, où que nous allions, à brandir les principes de la liberté ; mais, si nous nous engageons à veiller à ce que nul ne soit maintenu en esclavage, nous sommes également décidés à maintenir des règles propres à réprimer le crime et à préserver les relations entre maître et serviteur telles qu'elles doivent être. [...] Nous quittons la colonie, certains que le gouvernement anglais n'a rien à exiger de nous et nous laissera, à l'avenir, nous gouverner nous-mêmes sans ingérence. Nous quittons aujourd'hui cette riche terre qui nous a vus naître, où nous avons presque tout perdu, et où l'on nous a humiliés, pour pénétrer dans un territoire sauvage et dangereux […]. » Cité par Paul Coquerel dans Afrique du Sud : l'histoire séparée, coll. « Découvertes Gallimard », 1992. Le projet d'apartheid : extrait du programme du Parti nationaliste afrikaner, 1947-1948 (document 1) […] Si une intervention énergique et concertée ne renverse pas l’actuelle tendance vers un développement entremêlé des races dans les agglomérations urbaines, on peut s’attendre à des chocs d’intérêts terribles et à des épreuves infiniment douloureuses et sanglantes pour tous les éléments de la population.[…] Afin d’éviter ces calamités […] il convient de prendre et d’appliquer les mesures suivantes : […] [dans les campagnes] il ne saurait être question d’égalité. Les relations traditionnelles entre maître et serviteur y sont maintenues et il n’est pas à redouter, du moins dans un proche avenir, que ces conditions de vie présentent les mêmes dangers d’égalité raciale que dans les villes. […] [dans les villes] le problème de la cohabitation des races est bien plus grave […]. Dans le cadre de la politique d’apartheid, […] [des] mesures sont donc envisagées […]. […] limiter au strict nécessaire, par des contrôles plus rigoureux, l’afflux dans les villes de nouveaux indigènes qui risqueraient de devenir de simples parasites [...]. […] freiner l’industrialisation désordonnée que l’on a constatée ces dernières années dans les périphéries urbaines [...]. […] zoner plus rationnellement les banlieues industrielles des villes et mêmes certains de leurs quartiers centraux, où il y a nombre de « taches noires », dans les quartiers principalement habités par les Blancs. Réciproquement, les nombreuses « taches blanches » en zone de peuplement bantou [...] devront disparaître [...] et il convient d’appliquer l’apartheid avec une rigueur accrue dans les relations sociales, économiques, industrielles. Source : Comité de solidarité avec les peuples d’Afrique du Sud et de Namibie (CSPAN). La mise en place de l'apartheid en Afrique du Sud (document 2) 1913 : La loi sur la propriété de la terre indigène (Native Land Act) attribue aux Blancs l’essentiel du territoire. Elle vise à empêcher les Noirs, à l’exception de ceux qui vivent dans la province du Cap, de s’installer en dehors des « réserves » autorisées (soit 7,8 % du territoire de l’Union). Les Africains d’origine se voient également interdire la possibilité de louer des terres aux colons blancs.1936 : La loi sur la représentation des indigènes (Representation of Natives Act) prive la population métisse du Cap du droit de vote, qu’elle détenait sur la même base que les Européens, et établit des listes électorales séparées. 1944 : Loi interdisant aux Noirs l’accès à la formation professionnelle. 1948 : Le Parti national (avec D.F. Malan comme Premier ministre) prend le pouvoir et fait adopter la politique d’apartheid. 1949 : Loi sur l’interdiction des mariages interraciaux. 1950 – La loi sur l’immatriculation de la population (Population Registration Act) établit officiellement le principe de la classification en groupes raciaux qui existait en Afrique du Sud depuis le début de la colonisation européenne. Les Sud-Africains forment trois classes séparées : les Blancs, les Noirs et les métis. Par la suite s’ajoute une quatrième catégorie, les Indiens. Chaque habitant de l’Union sud-africaine doit être muni, dès sa naissance, d’une carte d’identité portant mention de sa race. – Loi sur l’interdiction des relations sexuelles interraciales. – La loi sur la suppression du communisme (Suppression of Communism Act) interdit le Parti communiste, allié de l’ANC dans la lutte contre l’apartheid. – La loi sur les zones raciales (Groups Areas Act), amendée en 1956 et 1957, renforce la ségrégation résidentielle. Des centaines de milliers de personnes sont déplacées. 1952 : Loi obligeant les Noirs à posséder un laissez-passer (Pass) pour se déplacer. 1953 : Loi établissant la ségrégation raciale dans les lieux publics. 1955 : Apartheid généralisé dans les transports. 1959 : Loi interdisant aux Noirs les universités réservées aux Blancs (Extension of University Education Act). 1959 à 1971 : Création des homelands ou bantoustans. 1967 : La loi sur le terrorisme autorise les officiers de police à détenir et à interroger toute personne « suspecte ». Multiplication des détentions et interdictions arbitraires. 1976 : Loi sur la sécurité intérieure. 1984 : Mise en place de l’état d’urgence permanent. La justification de la politique d'inspiration raciste de l'apartheid : extrait du programme du Parti nationaliste afrikaner, 1947-1948 (document 3) L’un des phénomènes les plus marquants du monde où nous vivons est la diversité des races humaines. Elles ont été créées séparées. Cette séparation doit être maintenue, même lorsque les circonstances économiques ou autres ont provoqué un certain entremêlement des groupes raciaux. À cette fin, il faut entretenir chez les Blancs, et développer en eux, le sens de la couleur, de telle sorte que la pureté de la race soit maintenue.Héritière de la civilisation occidentale chrétienne, la race blanche en Afrique du Sud a une double mission à remplir : l’une vis-à-vis des autres membres de la communauté des nations de civilisation occidentale chrétienne, l’autre vis-à-vis des races de couleur avec lesquelles les évènements l’ont mise en contact et qui se trouvent à un stade de civilisation primitif ou très attardé. Vis-à-vis des premiers, elle a le devoir de maintenir intégralement et de perpétuer son « appartenance au groupe de civilisation occidentale chrétienne ». La race blanche établie en Afrique du Sud a pour vocation de protéger cette civilisation « contre toutes attaques de l’extérieur et contre toutes tentatives de subversion interne ». C’est dire qu’elle doit à tout prix, bien qu’elle représente une minorité numérique, veiller à sauvegarder sa position dominatrice vis-à-vis des races de couleur. Elle réprouve donc tout dogme1 d’égalité civique […]. Cette position dominatrice impose, comme contrepartie, un strict devoir de justice et de « tutelle chrétienne » (Christian trusteeship) vis-à-vis des non-Blancs […]. Le meilleur service que les Blancs puissent donc rendre aux non-Blancs est de les séparer de la population blanche, de les considérer comme des groupes sociaux et économiques distincts, de veiller à ce qu’ils habitent autant que possible des territoires, zones ou quartiers réservés (locations) leur appartenant en propre. De la sorte, ils jouiront chez eux de tous les droits du citoyen, dont le principal est précisément l’occasion de développer au maximum les aptitudes distinctes de chacun de leurs membres. Bien que conçue au premier chef pour sauvegarder la pureté et la fonction tutélaire2 de la race blanche, l’apartheid n’est donc nullement une politique négative d’oppression ou d’exploitation des non-Blancs par les Blancs […]. Source : Comité de solidarité avec les peuples d’Afrique du Sud et de Namibie (CSPAN). Nationalisme afrikaner et nazisme: extrait du discours du révérend J.W. Vorster au congrès de l'Union nationale des étudiants afrikaners, Le Cap, 1940 (document 4) « Le Mein Kampf1 de Hitler montre la voie de la grandeur. Il constitue un exemple pour l’Afrique du Sud. Hitler a donné aux Allemands une vocation. Il leur a donné un fanatisme2 qui leur permet de ne reculer devant personne. Nous devons suivre son exemple, parce que seul un fanatisme sacré comme celui-ci peut permettre à la nation afrikaner de réaliser sa vocation. […] La République est pratiquement un fait accompli. Ce sera une république pure et non une moitié de république. Le principe de base sera que l’Afrikaner ne collaborera plus avec l’Anglais. Il posera ses conditions et l’Anglais sera obligé de s’y soumettre. Il y aura un nouveau Grand Trek ; mais, cette fois, il ne se composera plus d’Afrikaners, mais d’Anglais et de Juifs. »Cité par Charles Zorgbibe dans « Le docteur Malan et l’avènement de l’apartheid », Géopolitique africaine, 2003. La création des « homelands » ou bantoustans (document 6) Cette gigantesque autopartition sans équivalent tendait à rendre les Noirs étrangers à la République sud-africaine, et cette fois au sens strict du terme : en substituant à leur nationalité sud-africaine une autre nationalité. Il s’agit de créer des états indépendants, dont on fera dépendre chaque Noir.[…] La politique de l’apartheid, divisant pour régner, avait constamment souligné les différences ethniques à l’intérieur de la population noire. Le gouvernement nationaliste assigne à chaque ethnie un lieu d’origine propre, insistant sur le lien essentiel entre le peuple et son territoire. Même si les lieux assignés ne correspondent pas aux données historiques, il prétend ainsi corriger les méfaits de l’Histoire et rendre aux tribus les terres dont les Zoulous les auraient dépossédées lors des conquêtes de Chaka dans la première moitié du XIXe siècle. Chaque Africain, dès la création du homeland, en dépend, quelle que soit sa résidence ou son histoire […]. Même s’il a vécu toute sa vie au Cap, un Xhosa dont le pass n’est plus en règle se verra expulsé vers les zones rurales du Ciskei ou du Transkei1. Il sera citoyen du homeland dès l’accession de ce dernier à « l’indépendance ». Sa nationalité sud-africaine n’aura plus de raison d’être, non plus que ses revendications politiques puisque le droit de vote lui sera accordé dans le homeland. Myriam Houssay-Holzschuch, « L’Afrique du Sud ou la patrie utopique », La Nation et le territoire (T. II) : le territoire, lien ou frontière ? sous la dir. de J. Bonnemaison, L. Cambrezy, L. Quinty-Bourgeois, L’Harmattan, 1999. Extraits de la Déclaration universelle des droits de l'homme (document 8) Le 10 décembre 1948 à Paris, l’Organisation des Nations unies adopte la Déclaration des droits de l’homme. Le texte a demandé deux années de travail. Il s’inspire de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. 48 États sur 56 participants vont adopter cette charte universelle ; huit s’abstiennent : parmi eux, l’Afrique du Sud.Article 1 Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Article 2 Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. […] Article 7 Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. Extraits de la Convention de 1973 sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid (document 9) Les États parties à la présente Convention1 […] sont convenus de ce qui suit :Article 1 1. Les États parties à la présente Convention déclarent que l'apartheid est un crime contre l'humanité et que les actes inhumains résultant des politiques et pratiques d'apartheid et autres politiques et pratiques semblables de ségrégation et de discrimination raciales, définis à l'article 2 de la Convention, sont des crimes qui vont à l'encontre des normes du droit international, en particulier des buts et des principes de la Charte des Nations unies, et qu'ils constituent une menace sérieuse pour la paix et la sécurité internationales. 2. Les États parties à la présente Convention déclarent criminels les organisations, les institutions et les individus qui commettent le crime d'apartheid. Article 2 […] L'expression « crime d'apartheid », qui englobe les politiques et pratiques semblables de ségrégation et de discrimination raciales, telles qu'elles sont pratiquées en Afrique australe, désigne les actes inhumains indiqués ci-après, commis en vue d'instituer ou d'entretenir la domination d'un groupe racial d'êtres humains sur n'importe quel autre groupe racial d'êtres humains et d'opprimer systématiquement celui-ci : a) refuser à un membre ou à des membres d'un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux le droit à la vie et à la liberté de la personne […] ; b) imposer délibérément à un groupe racial ou à plusieurs groupes raciaux des conditions de vie destinées à entraîner leur destruction physique totale ou partielle ; c) prendre des mesures […] destinées à empêcher un groupe racial ou plusieurs groupes raciaux de participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays et créer délibérément des conditions faisant obstacle au plein développement du groupe ou des groupes considérés […] ; d) prendre des mesures, y compris des mesures législatives, visant à diviser la population selon des critères raciaux en créant des réserves et des ghettos séparés pour les membres d'un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux, en interdisant les mariages entre personnes appartenant à des groupes raciaux différents […] ; e) exploiter le travail des membres d'un groupe racial ou de plusieurs groupes raciaux, en particulier en les soumettant au travail forcé ; f) persécuter des organisations ou des personnes, en les privant des libertés et droits fondamentaux, parce qu'elles s'opposent à l'apartheid. Article 3 Sont tenus pour pénalement responsables sur le plan international, et quel que soit le mobile, les personnes, les membres d'organisations et d'institutions et les représentants de l'État, qu'ils résident sur le territoire de l'État dans lequel les actes sont perpétrés ou dans un autre État, qui : a) commettent les actes mentionnés à l'article 2 de la présente Convention, participent à ces actes, les inspirent directement ou conspirent à leur perpétration ; b) favorisent ou encouragent directement la perpétration du crime d'apartheid ou y coopèrent directement. Nelson Mandela : une biographie (document 1) Les origines familiales et l’engagement politiqueMandela naît en 1918 dans un petit village de la province du Cap-Oriental (Eastern Cape), au sein de l’élite bantoue d’Afrique du Sud. Sa tribu, les Madiba, appartient au royaume Thembu. Son nom africain est Rolihlahla Dalibhunga et c’est à son professeur d’école qu’il doit son prénom anglais, Nelson. À neuf ans, il perd son père, conseiller de la famille royale. Il est alors confié à la garde du chef Jongintaba Dalindyebo. En 1943, il rejoint l’ANC (African National Congress). Il y milite activement, fonde et préside l’ANC Youth League. En 1950, l’ANC lance une campagne de désobéissance civile. En 1952, Nelson Mandela devenu avocat ouvre un cabinet à Johannesburg avec son associé Oliver Tambo, autre figure de l’ANC. En 1956, Mandela est accusé de haute trahison, avec 155 autres militants. Après quatre années de procédure, les poursuites sont abandonnées. La résistance à l'apartheid se développe. Le plus vieux prisonnier politique du monde Le 21 mars 1960, 69 manifestants noirs sont tués par la police lors du massacre de Sharpeville. Cet événement marque la fin de la résistance pacifique de l’ANC : Mandela, alors vice-président de l’organisation, lance une campagne de sabotage économique. L’ANC devient hors-la-loi et son dirigeant entre dans la clandestinité. En 1961, Nelson Mandela crée une branche armée de l’ANC, l’Umkhonto We Siswe (« lance de la Nation ») qui se dote en 1963 d’une organisation militaire. Arrêté, accusé de sabotage et de tentative de renversement violent du gouvernement avec onze autres combattants anti-apartheid, il est condamné à la prison à vie en 1964 après un procès où il a assuré lui-même sa défense. Détenu à la prison de Robben Island, au large du Cap, pendant 18 ans, il perd sa mère et son fils aîné sans pouvoir assister à leurs funérailles. Transféré sur le continent en 1982, à la prison de Pollsmoor, il est finalement mis en résidence surveillée en 1988. De la négociation à la présidence de la République L’ ANC et le Parti national engagent des pourparlers pour une normalisation de la vie politique sud-africaine. Les organisations anti-apartheid sont autorisées. Le Congrès national africain renonce à la lutte armée et Mandela, son leader historique, est libéré le 11 février 1990. L’état d’urgence en vigueur depuis juin 1986 est levé. Le 13 novembre 1993, un accord prévoit l’instauration d’une Afrique du Sud multiraciale, unie et démocratique. La même année, Nelson Mandela reçoit le Nobel de la paix avec le chef du Parti national et président de la République sud-africaine (de 1989 à 1994), Frederik De Klerk. En mai 1994, avec la victoire de l’ANC aux premières élections multiraciales, Nelson Mandela devient le premier président noir d’Afrique du Sud. Il publie en 1995 son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. En juin 1999, les élections parlementaires confirment l’influence de l’ANC. Nelson Mandela cède la place à Thabo Mbeki pour se consacrer à sa fondation. Sur l'action non violente : extrait de l'autobiographie de Nelson Mandela (document 2) Cette campagne est devenue un modèle pour le genre de manifestations que nous défendions à la Ligue de la Jeunesse. Elle avait donné un esprit de défi et de radicalisation aux gens, elle a supprimé la peur de la prison. Ils nous rappelaient que la lutte pour la liberté ne consistait pas seulement à faire des discours, à tenir des meetings, à faire passer des résolutions et à envoyer des délégations : il fallait aussi une organisation méticuleuse, des actions militantes de masse […]. La campagne indienne faisait écho à la campagne de résistance passive de 1913 dans laquelle le Mahatma Gandhi1, à la tête d'une foule d'Indiens, avait traversé la frontière entre le Natal et le Transvaal […]. C'était l'histoire ; cette dernière campagne s'était déroulée sous mes yeux.Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, traduction française : Fayard, 1995. © Nelson Rotihlahla Mandela (édition originale, 1994) 1
Artisan de l’indépendance de l’Inde (1947). Assassiné par un extrémiste hindou en 1948. Jeune avocat en Afrique du Sud, Gandhi y a développé durant son séjour sur le continent africain, de 1893 à 1915, une méthode de désobéissance civile non violente, organisant la lutte de la communauté indienne pour ses droits civiques. « The Freedom Charter » : extraits (document 3) Notre peuple a été privé, par une forme de gouvernement fondée sur l’injustice et l’inégalité, de son droit naturel à la terre, à la liberté et à la paix.Seul un État démocratique fondé sur la volonté de tous peut assurer à tous, sans distinction de race, de couleur, de sexe ou de croyance, les droits qui leur reviennent de par leur naissance. C’est pourquoi nous, peuples de l’Afrique du Sud, Blancs aussi bien que Noirs, réunis comme des égaux, des compatriotes et des frères, adoptons cette Charte de la liberté. Le gouvernement doit appartenir au peuple. Toute personne doit avoir le droit de voter et d’être éligible à tout organe législatif. […] Tous les groupes nationaux comme toutes les races doivent être sur un pied d’égalité, aussi bien dans les administrations de l’État que dans les tribunaux et les écoles. […] Toutes lois et mesures d’apartheid doivent être abrogées […]. […] Il convient d’abolir les restrictions à la propriété foncière imposées pour des raisons d’ordre racial et la totalité des terres doit faire l’objet d’une redistribution entre ceux qui la travaillent afin que disparaissent la famine et la pénurie de terre […]. […] Toute loi qui prévoit une distinction fondée sur la race, la couleur ou les convictions doit être abrogée. Les droits de l’homme doivent être les mêmes pour tous […]. Le travail et la sécurité doivent être assurés. […] Hommes et femmes de toutes races doivent recevoir un salaire égal à travail égal […]. […] Dans la vie culturelle, dans les sports et dans l’éducation, toute distinction fondée sur la couleur doit être abolie. On doit créer des logements, assurer le confort et la sécurité […]. Les quartiers indigènes clos et les ghettos doivent être supprimés et toutes les lois qui dispersent les familles doivent être abrogées […]. Source : Conseil mondial de la paix, avec la collaboration de la Section spéciale des Nations unies sur l’apartheid, Helsinki, 1975. Le massacre de Sharpeville (document 4) Le 21 mars 1960, à Sharpeville, township du triangle de Vaal au sud de Johannesburg, la police tira sur une foule rassemblée à l’appel du Pan Africanist Congress (PAC) pour obtenir l’abolition des pass. On releva officiellement 69 morts, hommes, femmes et enfants, et près de 200 blessés. Ce drame fut considéré comme un tournant de l’histoire sud-africaine, ayant provoqué des manifestations dans le sud du pays, l’instauration de l’état d’urgence, l’inquiétude du patronat sud-africain, l’indignation des libéraux, des protestations internationales, l’interdiction de l’ANC et du PAC, leur passage dans la clandestinité et la lutte armée.Source : Veronica Federico et Lydia S. Liberge Hlakoane, Cahiers d'études africaines, 173-174, 2004, citant Philip Frankel, An Ordinary Atrocity. Sharpeville and its Massacre, London, Yale University Press / Johannesburg, Wits University Press, 2001. Des mots pour la liberté : paroles de Nelson Mandela (document 5) « Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu'un d'autre de sa liberté. L'opprimé et l'oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité. » « Être libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. » « Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé. » « Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, des préjugés et de l'étroitesse d'esprit. » Extraits de Un long chemin vers la liberté (Long Walk to Freedom), autobiographie de Nelson Mandela, éditions Fayard pour la traduction française, 1995. Également disponibles en anglais sur le site Archives.obs-us. http://archives.obs-us.com/ « Pourquoi est-ce que dans cet auditoire, je dois comparaître devant un magistrat blanc, être confronté à un procureur blanc, escorté par des plantons blancs ? On ne peut suggérer honnêtement et sérieusement que dans ces conditions, la neutralité de la justice soit assurée... Je suis un homme noir dans la cour d'un homme blanc. Ceci ne devrait pas être. » « Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J'ai lutté contre la domination blanche, et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » Extraits de la déclaration de Nelson Mandela au procès de Rivonia, le 29 avril 1964, devant le tribunal qui s’apprête à le condamner à mort. Propos répétés à nouveau mot pour mot le 11 février 1990, à sa libération de prison. Les émeutes du « township » de Soweto (document 6) Le 16 juin 1976, 15 000 à 20 000 étudiants décident de défiler pacifiquement dans les rues de Soweto pour protester contre la décision du gouvernement d’imposer l’afrikaans comme langue d’enseignement dans les écoles noires. Cette dernière est perçue comme la langue de l’oppresseur car elle est parlée par ceux qui ont instauré l’apartheid, les Boers (descendants des premiers colons Hollandais en Afrique du Sud). La répression policière est aussitôt féroce, les forces de l’ordre ouvrent le feu sur les jeunes manifestants. La manifestation tourne très vite à l’émeute, 23 jeunes sont tués et 220 autres blessés. Le mouvement d’insurrection va ensuite se propager dans d’autres villes du pays et va durer jusqu’au début de l’année 1976, faisant 575 morts au total. Très vite, les revendications ne concernent plus que la simple suppression de l’afrikaans. Les Noirs des townships se révoltent contre le régime de l’apartheid, qui les opprime, bafouent leur liberté, les contraint à une éducation médiocre, dont le seul but est d’en faire de bons ouvriers très peu qualifiés, et les humilie quotidiennement. Extrait d’un article de Vitraulle Mboungou, « Afrique du Sud : il y a 30 ans, Soweto se soulevait : retour sur la sanglante journée du 16 juin 1976 », 16 juin 2006. Source : Afrik.com www.afrik.com/ Les Nations unies contre l'apartheid (document 7) Depuis leur création, les Nations unies ont joué un rôle important dans la lutte contre la discrimination raciale. Le 19 novembre 1946, durant sa première session, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution déclarant qu’« il était dans l’intérêt de l’humanité de mettre fin immédiatement à la persécution et à la discrimination religieuse et raciale », appelant « les gouvernements et les autorités à agir dans l’esprit de la Charte des Nations unies et à prendre le plus rapidement possible des mesures énergiques à cette fin ».[…] En 1963, l’Assemblée a adopté la Déclaration sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, qui a conduit à la création de la Convention internationale en 1965. […] Dans les années 1960 […] l’ONU a lancé une campagne internationale contre l’apartheid pour encourager les gouvernements, les organisations non gouvernementales (ONG) et les particuliers engagés dans la lutte à appliquer un large éventail de mesures destinées à isoler le régime sud-africain et ses supporters et à soutenir le mouvement pour la liberté. […] La campagne a permis de persuader les partenaires commerciaux d’imposer un embargo sur les armes et à prendre d’autres mesures. […] Le Fonds international de défense et d’aide pour l’Afrique australe a fourni une assistance juridique aux prisonniers politiques et est venu en aide à leur famille, fonctionnant clandestinement lorsqu’il a été frappé d’interdiction par le gouvernement sud-africain ; la Campagne mondiale contre la collaboration militaire et nucléaire avec l’Afrique du Sud a apporté un soutien crucial dans l’application de l’embargo sur les armes contre l’Afrique du Sud […]. L’Association des parlementaires d’Europe occidentale contre l’apartheid et le Sous-Comité des ONG contre le colonialisme, l’apartheid et la discrimination raciale ont également apporté des contributions importantes […]. Enuga S. Reddy1, « La lutte contre l’apartheid : les leçons tirées pour le monde contemporain », Chroniques ONU, n° 3, 2007. Les sanctions de la Communauté européenne à l'encontre de l'Afrique du Sud (document 8) Décision […] suspendant l'importation de certains produits sidérurgiques originaires d'Afrique du Sud.Les représentants des gouvernements des États membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier1, réunis au sein du conseil, en accord avec la Commission, considérant que le refus du gouvernement de la république d'Afrique du Sud de prendre des mesures concrètes aboutissant à l'abolition de l'apartheid ainsi que la détérioration de la situation en Afrique du Sud ont donné lieu à des délibérations dans le cadre de la coopération politique européenne qui ont conduit notamment à décider que des mesures économiques devraient être prises à l'égard de la république d'Afrique du Sud ; considérant que, dans ces conditions, une action appropriée consisterait pour les États membres à suspendre temporairement l'importation des produits indiqués à l'annexe et originaires d'Afrique du Sud ; […] décident : Article premier La mise en libre pratique dans la Communauté2 des produits énumérés à l'annexe et originaires d'Afrique du Sud est suspendue. […] Annexe Liste de produits CECA : Fontes brutes, en lingots, gueuses, saumons ou masses […]. Ferrailles, déchets et débris d'ouvrages de fonte de fer ou d'acier […]. Poudres de fer ou d'acier; fer et acier spongieux (éponge) […]. Fer et acier en massiaux, lingots ou masses, fer et acier simplement dégrossis par forgeage ou par martelage […]. Fait à Bruxelles, le 16 Septembre 19863. 1
Créée en 1951 à l'initiative de Jean Monnet et de Robert Schuman, la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) a pour but d'accélérer la réconciliation franco-allemande. Elle propose une union douanière franco-allemande pour le charbon et l'acier et une mise en commun de la production des six pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) membres fondateurs de la future Communauté économique européenne (CEE, 1957).
Le positionnement des organisations sportives internationales (documents 9) Document 9aToute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique […]. Extrait de la Charte Olympique, comité international Olympique (CIO). Document 9b […] Pleinement conscient de ses responsabilités en ce domaine, le CIO devint la première organisation internationale sportive à s’inquiéter dès 1955 des conséquences de la politique raciste sportive adoptée par l’Afrique du Sud. Après la proclamation de la république sud-africaine en 1961 et le renforcement officiel de sa politique d’apartheid, le CIO exigea à plusieurs reprises du comité Olympique sud-africain qu’il obtienne de son gouvernement le respect des règles du CIO et la cessation de sa politique de ségrégation raciale en matière de sport. Face à l’échec de ses tentatives, le CIO décidait dès février 1964 de retirer l’invitation adressée au comité national Olympique d’Afrique du Sud de prendre part aux jeux de Tokyo et suspendait ce CNO qui, depuis, n’a plus été autorisé à participer à aucune édition des jeux Olympiques. Extrait de Revue Olympique, n° 249, 1988. Document 9c Le football africain en était encore à ses débuts lors de l'organisation de la première compétition en 1957. L'Égypte, le Soudan et l'Éthiopie étaient représentés à cette première compétition, l'Afrique du Sud ayant été exclue pour avoir refusé d'envoyer au Soudan une équipe multiraciale. L'Égypte l'a largement emporté en finale sur le Soudan (4-0), devenant la première équipe à remporter le tournoi […]. Extrait de « Coupe d’Afrique des Nations 2008 : histoire de la compétition », BBC AFRIQUE.com. www.bbc.co.uk/french/ Document 9d […] l’International Rugby Board (IRB) ne condamnera jamais réellement la politique raciale de Pretoria : il faudra attendre 1984 pour le voir appliquer un embargo sportif à l’Afrique du sud, longtemps après toutes les autres fédérations internationales. Jusque-là, les Springboks1 se déplaçaient de manière régulière en tournée à l’étranger et recevaient des équipes nationales. […] malgré quelques soubresauts, les tournées se poursuivirent sans trop de problèmes. Jusqu’à celle des Néo-Zélandais en 1976, après les événements de Soweto, et qui provoqua une véritable contestation internationale : son aboutissement fut le boycott des jeux Olympiques de Montréal par 22 pays africains. […] La France ne fut pas exemplaire dans ce domaine. Il fallut attendre 1983 pour qu’une de ses ministres, Edwige Avice, condamne sévèrement la politique d’apartheid et provoque une rupture sportive avec l’Afrique du Sud. Une rupture durement ressentie par le rugby français, qui avait toujours développé des relations privilégiées avec le rugby sud-africain : des équipes françaises avaient été envoyées en Afrique du Sud sans restriction en 1958, 1964, 1967, 1971, 1975 et 1980. […] C’est grâce à l’équipe nationale de rugby que l’apartheid sud-africain s’est longtemps manifesté le plus clairement aux yeux du monde. Pour les Afrikaners, le rugby est un symbole si fort que, de toutes les sanctions sportives imposées au régime de Pretoria, son boycott fut sans doute le plus douloureusement ressenti […]. Extrait de Pierre Chaix, « Les jeux troubles du rugby sud-africain », Géopolitique Africaine, 2004. www.african-geopolitics.org/ Un chanteur engagé : Johnny Clegg, « Asimbonanga » (document 10) Né en 1953 en Angleterre, de parents lituaniens et polonais immigrés en Afrique (Rhodésie, Afrique du Sud) dans les années 60, Johnny Clegg a grandi à Johannesburg. Chanteur et guitariste militant pour la mixité raciale, il apprend la langue et la musique zouloue. Alors que Nelson Mandela, le symbole de la lutte contre l’apartheid, est emprisonné depuis 22 ans déjà à Robben Island, et que son existence même doit être oubliée (« Nous ne l'avons pas vu » : traduction littérale d'Asimbonanga), cette chanson de 1986, la première dans l'histoire de la musique à évoquer le nom du leader noir, se voit immédiatement interdite d’antenne dans son pays. Peine perdue. Asimbonanga devient l’hymne de la résistance portée à l’échelle internationale. L’album du « zoulou blanc » s’est vendu à plus deux millions d’exemplaires dans le monde entier.Extrait des paroles1 originales en zoulou (refrain) et en anglais : Refrain (x 2) Asimbonanga (Nous ne l'avons pas vu) Asimbonang' uMandela thina (Nous n'avons pas vu Mandela) Laph'ekhona (À l'endroit où il est) Laph'ehleli khona (À l'endroit où on le retient prisonnier) Vers la normalisation de la vie politique sud-africaine (document 1) « Les décisions qui ont été prises sont les suivantes :L’interdiction de l’African National Congress, du Pan Africanist Congress, du South African Communist Party et d’un certain nombre d’organisations auxiliaires est levée. Les personnes emprisonnées simplement parce qu’elles étaient membres de l’une de ces organisations ou pour avoir commis un autre délit qui n’était un délit que parce que l’interdiction de l’une de ces organisations était en vigueur seront identifiées et libérées. Les prisonniers condamnés sous d’autres chefs tels que meurtres, actes de terrorisme ou incendies volontaires ne sont pas concernés. La législation d’urgence concernant les médias et l’éducation est totalement abolie. […] entre autres choses, les objectifs [du gouvernement] comprennent une nouvelle Constitution démocratique ; le droit de vote pour tous, l’absence de domination ; l’égalité de tous devant une justice indépendante ; la protection des minorités comme des droits individuels ; la liberté religieuse ; une économie saine basée sur des principes économiques sains et l’entreprise privée ; des programmes dynamiques pour l’éducation, la santé, le logement et les conditions de vie de tous. Concernant tout ceci, M. Nelson Mandela aurait un rôle important à jouer. Le gouvernement a pris note de ce qu’il s’est déclaré prêt à contribuer de manière constructive au processus politique pacifique en Afrique du Sud. Je tiens à dire que le gouvernement a pris la ferme décision de libérer sans condition M. Nelson Mandela. » Frederik De Klerk, nouveau président de l’ Afrique du Sud, s’adressant au Parlement en février 1990, cité par Myriam Houssay-Holzschuch, Le Cap, ville sud-africaine : ville blanche, vies noires, L’Harmattan, 1999. Extrait du discours d'investiture de Nelson Mandela, le 10 mai 1994 (document 3) « Par notre présence ici aujourd’hui, et par nos célébrations dans d’autres régions du pays et du monde, nous glorifions cette liberté qui vient de naître et nous mettons en elle tous nos espoirs.D’un dramatique désastre humain qui a duré trop longtemps doit naître une société qui sera la fierté de l’humanité. […] Cette sensation spirituelle et physique de ne faire qu’un avec notre patrie commune explique l’intensité de la souffrance que nous avons tous portée dans nos cœurs lorsque nous avons vu notre pays déchiré par un conflit terrible et lorsque nous l’avons vu rejeté, boycotté et isolé par les peuples du monde entier, précisément parce qu’il était devenu le symbole d’une idéologie pernicieuse1, du racisme et de l’oppression raciale. Nous, peuple d’Afrique du Sud, sommes aujourd’hui comblés de voir que l’humanité nous accueillit à nouveau dans son sein, et que nous, les hors-la-loi d’hier, avons aujourd’hui le rare privilège d’accueillir sur notre sol toutes les nations du monde. […] Le temps de soigner les blessures est arrivé. Le temps de combler les fossés qui nous séparent est arrivé. Le temps de construire est arrivé. Nous sommes enfin arrivés au terme de notre émancipation politique. Nous nous engageons à libérer notre peuple de l’asservissement dû à la pauvreté, à la privation, à la souffrance, au sexisme et à toute autre discrimination. […] Comme preuve de son engagement dans le renouveau de notre pays, le nouveau gouvernement par intérim de l’unité nationale prend la décision, en tant que question urgente, d’amnistier2 les différentes catégories de compatriotes accomplissant actuellement leur peine d’emprisonnement. […] Nous sommes conscients que la route vers la liberté n’est pas facile. Nous sommes conscients qu’aucun de nous ne peut réussir seul. Nous devons donc agir ensemble, comme un peuple uni, vers une réconciliation nationale, vers la construction d’une nation, vers la naissance d’un nouveau monde […]. » Extraits de la Constitution de 1996 (document 5) [Préambule]Nous, le peuple d'Afrique du Sud, reconnaissons les injustices de notre passé, Honorons ceux qui ont souffert pour la justice et la liberté de notre pays, Respectons ceux qui se sont efforcés de bâtir et de développer notre pays, et Croyons que l'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, unis dans notre diversité. Par conséquent, nous, par nos représentants librement élus, Adoptons cette Constitution comme la loi suprême de la République pour ainsi Guérir les dissensions du passé et créer une société basée sur des valeurs démocratiques, la justice sociale et les droits fondamentaux de la personne, Jeter les bases d'une société démocratique et ouverte où le gouvernement agit selon la volonté du peuple et où tout citoyen jouit d'une protection égale devant la loi, Améliorer le niveau de vie de tous les citoyens et développer le potentiel de chacun, Bâtir une Afrique du Sud unie et démocratique, capable d'occuper la place qui lui revient en tant qu'État souverain au sein de la communauté internationale. Que Dieu protège notre peuple. May God protect our people. Nkosi Sikelel iAfrika. Morena boloka setjhaba sa heso. God seën Suid-Afrika. God bless South Africa. Mudzimu fhatutshedza Afurika. Hosi katekisa Afrika. [Chapitre 1 : Dispositions relatives à la fondation] Section 1 : République d'Afrique du Sud La République d'Afrique du Sud est un État démocratique souverain basé sur les valeurs suivantes : (a) La dignité humaine, la notion de qualité, ainsi que la promotion des droits et des libertés de la personne. (b) L'exclusion du racisme et du sexisme. (c) La suprématie de la constitution et la primauté du droit. (d) Le suffrage universel pour les adultes, un rôle national commun pour les électeurs, des élections régulières et le multipartisme […]. L’égalité [selon la Charte des droits1] 1. Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi. 2. L'égalité inclut la pleine et égale jouissance de tous les droits et les libertés. Pour promouvoir la réalisation de l'égalité, des mesures législatives et autres visant à protéger ou promouvoir les personnes ou catégories de personnes défavorisées par une discrimination injuste peuvent être prises. 3. L'État ne peut pas injustement user de discrimination directement ou indirectement envers qui que ce soit sur un ou plusieurs motifs, notamment la race, le sexe, la grossesse, l'état matrimonial, l'origine ethnique ou sociale, la couleur, l’orientation sexuelle, l'âge, le handicap, la religion, la conscience, la croyance, la culture, la langue et la naissance. 4. Nul ne peut injustement user de discrimination directe ou indirecte envers qui que ce soit sur un ou plusieurs motifs exposés au paragraphe 3. La législation nationale doit être promulguée afin d'empêcher ou d'interdire toute discrimination injuste […]. La Conférence mondiale contre le racisme en Afrique du Sud (document 6) De nombreux États ont pris prétexte de la fin de la ségrégation raciale, aux États-Unis, et de la fin de l’apartheid, en Afrique du Sud, pour nier la persistance du racisme dans le monde et, en particulier, chez eux. Or, une Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance organisée à Durban (Afrique du Sud, du 31 août au 8 septembre 2001) est parvenue à réunir 170 États ! De facto, c’est une reconnaissance éclatante, par tous les participants, que le racisme existe dans toutes les sociétés.Il fallait pointer du doigt ces nouvelles formes de racisme qui touchent aujourd’hui des travailleurs migrants, des demandeurs d’asile, des réfugiés, des déplacés, des personnes affectées par le sida, pour ne mentionner que ceux-là. Il fallait aussi que soient dénoncées les dérives vers un « racisme génétique » lorsqu’une entreprise, par exemple, exige le code génétique d’un candidat à l’embauche, sous le prétexte de déceler d’éventuelles « anomalies ». Durban a fait ce travail de mise au jour […]. Pierre Sané, sous-directeur général du secteur des sciences sociales et humaines de l’Unesco, dans « Si ! la conférence de Durban a été un succès… », Courrier de l’ Unesco, 10/2001. La Commission vérité et réconciliation (document 7) La Commission vérité et réconciliation (CVR) établie en 1995 en Afrique du Sud pour faire la lumière sur les violations des droits de l’homme les plus graves, commises entre le 1er mars 1960 et le 10 mai 1994, est indissociable du processus politique dans lequel elle s’inscrit. La recherche de la « vérité » sur les excès du passé, considérée comme une étape nécessaire pour amorcer le processus de réconciliation, incarne l’approche conceptuelle et pratique qui caractérise le passage à la démocratie en Afrique du Sud. […] L’éclatante victoire de Nelson Mandela et de l’ANC aux élections d’avril 1994 a fait triompher la démocratie majoritaire et la citoyenneté non raciale. Rompant avec le principe de séparation, le nouveau pouvoir a promu l’idéal de la « nation arc-en-ciel » […] en mettant au centre de son projet politique l’idéologie des droits de l’homme ; enfin, misant sur une transformation de la société, il a tendu la main à son ancien adversaire et aux bénéficiaires de l’apartheid. La CVR procède de ces mêmes valeurs et objectifs.[…] Fervent défenseur d’une justice restauratrice visant à retisser des liens entre victimes et oppresseurs, Mgr Desmond Tutu, président de la Commission, a manifesté sa compassion aux victimes ; il a fait preuve de compréhension à l’égard des coupables et a invité les uns à pardonner et les autres à exprimer des remords. La CVR a créé un espace public où des victimes et des bourreaux pouvaient ainsi adhérer à la nouvelle Afrique du Sud […]. Lætitia Bucaille, « Vérité et réconciliation en Afrique du Sud : une mutation politique et sociale », dans Politique étrangère, 2007/2. © Armand Colin Un pays riche sur un continent pauvre (document 3) Première puissance politique, économique et militaire d’Afrique, la République d’Afrique du Sud accumule les palmarès dans le continent. Liées au capital anglo-saxon et reliées aux pôles industriels du Nord, l’économie et la société sud-africaine représentent le seul capitalisme avancé et la seule Bourse d’Afrique. Qualifiée de « miracle géologique », l’Afrique du Sud dispose de « ressources fabuleuses en minéraux rares ». Elle est le troisième producteur minier et le premier exportateur mondial, premier pour l’or, les métaux précieux et les minéraux stratégiques. Elle domine géostratégiquement l’hémisphère Sud […].David Cumin, Unité et division de l'Afrique du Sud, L’Harmattan, 2003. L'engrenage de la pauvreté (document 9) Dans une analyse budgétaire publiée en février 2000, en même temps que le budget 2000/2001, le ministère des Finances a abordé sans détour le problème persistant de la pauvreté : « L'Afrique du Sud reste l'un des pays au monde où les inégalités sont les plus grandes ; 40 % des ménages y vivent encore en dessous du seuil de subsistance minimal. » S'appuyant sur des données plus récentes et un autre indice de la pauvreté, un rapport sur le développement social, publié par le Gouvernement en mai dernier, a établi que 65 % des Sud-Africains vivaient en dessous du seuil de la pauvreté. Il s'agit dans presque tous les cas de Noirs : « Africains, personnes de couleur et Indiens », pour reprendre les catégories raciales de l'apartheid qui sont encore fréquemment utilisées aujourd'hui. Sur ces pauvres, 19 millions de personnes (soit 46 % de l'ensemble de la population) semblent être « pris dans l'engrenage de la pauvreté » et vivent avec des revenus mensuels inférieurs ou égaux à 353 rand (55 dollars E.-U.). La fracture raciale persiste, bien que les écarts de revenus entre Noirs et Blancs aient légèrement diminué. […] D'après une société d'études économiques de Pretoria (Wefa Southern Africa), les Blancs gagnaient en moyenne 15 fois plus que les Noirs en 1970, contre 9 fois plus en 1996.Extrait de « L’Afrique du Sud face aux inégalités sociales », Afrique Relance, publication des Nations unies, vol. 14, n° 4, janvier 2001. |
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