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Opéra en actesOpéra en actes

Einstein on the Beach

Éléments biographiques

Philip Glass : compositeur américain, né en 1937 à Baltimore

Philip GlassPhilip Glass
© Lucie Jansch, Einstein on the Beach 2012, Approved Production Photos

Philip Glass découvre la musique dans l’atelier de réparation de radio de son père, qui est également disquaire, et tout particulièrement un répertoire qui « se vend mal » au magasin. Ainsi se familiarise-t-il très tôt avec les quatuors de Beethoven, les sonates de Schubert et les symphonies de Chostakovitch, en même temps qu’il s’imprègne de musiques populaires. C’est non seulement d’un certain éclectisme musical, mais aussi du sens des affaires qu’hérite Glass qui, plus tard, fondera son propre label.

La formation musicale de Philip Glass commence à l’université de Chicago où il étudie principalement la philosophie et les mathématiques, puis à la Juilliard School où il rencontre Steve Reich. Glass est un étudiant précoce et brillant. Il fréquente également les cours de Darius Milhaud, alors professeur aux États-Unis.

En 1963, il part en France et étudie avec Nadia Boulanger, il se plie alors à un apprentissage rigoureux et se consacre notamment à l’étude de l’harmonie et du contrepoint.

Il réside en France jusqu’en 1966 où il rencontre Ravi Shankar avec lequel il collabore dans le domaine de la musique de film, sur un projet intitulé Chappaqua, où son rôle consiste à transcrire les improvisations du musicien indien. Il s’initie également au tabla, instrument à percussions indien, et à ses structures répétitives à évolution lente et graduelle, avec Alla Rakha. Il séjourne d’ailleurs à plusieurs reprises en Inde en 1966, 1970 et 1973, où il s’imprègne de philosophie bouddhiste et hindouiste. Notons que cette formation aux musiques traditionnelles extra-européennes est un fait majeur et un axe fort dans la source d’inspiration et le positionnement artistiques du courant minimaliste américain auquel une partie des œuvres de Glass se rattache.

De retour aux États-Unis, en 1967, il mène une vie d’artiste, notamment aux côtés de Steve Reich qui a déjà composé ses premières œuvres minimalistes et fondé son propre ensemble. Entre ses petits jobs de plombier ou chauffeur de taxi, il emboîte le pas de son camarade d’université et fonde en 1968, le « Philip Glass Ensemble » composé d’un groupe d’instruments amplifiés (claviers électroniques, vents, cordes et, plus tard, il ajoutera la voix).

On entre alors dans une première phase de composition de Glass : « sévère minimalisme », qui le mène jusqu’aux années soixante-dix et à la consécration d’Einstein on the Beach.

Il crée One plus One (1 + 1), sa première œuvre additive. Cette œuvre pour un interprète et une table amplifiée consiste en un motif rythmique « 1 + 1 constitué de deux unités rythmiques qui vont être combinées dans des progressions arithmétiques régulières ».

C’est le même principe qu’il semble utiliser dans Einstein on the Beach, créé en Avignon en 1976 avec le metteur en scène Bob Wilson et la chorégraphe Lucinda Childs. Désirant remplir totalement un espace de sons, Glass utilise un procédé fondé sur la progression additive (progression arithmétique 1 + 1, 1 +2, 1 + 2 + 3, etc.) qu’il avait inauguré avec One plus One. Glass considère que c’est la structure qui permet au son d’exister et crée celle-ci par la répétition de la figure rythmique et l’adjonction de figures mélodiques qui produisent des séries de mouvements inattendus et qui exercent une sorte de fascination sur le public. Repris au Metropolitan Opera de New York, cet opéra lui apporte une notoriété soudaine.

Cette période d’un premier minimalisme semble s’arrêter avec Music in 12 Parts (1971-1974). Glass se tourne vers l’étude de l’effet physiologique de la musique et cherchera par la suite dans ses œuvres à créer des effets psycho-acoustiques. Dans Music in 12 Parts, dont l’exécution peut durer plusieurs heures, il introduit des élongations de sons sur plusieurs mesures et des successions d’accords, procédés qu’il développera également dans Another look at Harmony (1974) et que l’on retrouve dans la musique d’Einstein.

Dans les années quatre-vingt, qualifiées de « maximalistes » plutôt que de « minimalistes » par le musicologue K. Robert Schwartz, Philip Glass compose de larges œuvres dramatiques sur des livrets plus mystiques : Satyagraha (1980, « Étreinte de la vérité » en sanscrit ou principe de résistance par la non-violence employé par Gandhi) et Akhnaten (1983, inspiré de mythes bibliques, égyptiens et arcadiens). Dans ces années, à travers des œuvres comme le Concerto pour violon composé en 1987, Glass renoue avec certains éléments de la tradition occidentale tels que l’orchestre symphonique ou l’utilisation de formes anciennes.

Aujourd’hui, Glass continue de composer beaucoup de musique. Son œuvre compte près d’une vingtaine d’opéras, huit symphonies, des œuvres concertantes et de la musique de chambre.

Glass apparaît comme une sorte « d’ambassadeur de la musique savante » auprès du monde de la musique populaire. Il côtoie et collabore avec Paul Simon, Susan Vega et David Bowie. Il est également présent dans le domaine de la musique de film pour lequel il manifeste très tôt un intérêt, durant ses années parisiennes. Il compose les musiques de plusieurs films très populaires : Candyman (Bernard Rose, 1992), The Truman Show (Peter Weir, 1998), The Hours (Stephen Daldry, 2002) et plus récemment Le Rêve de Cassandre de Woody Allen (2007).

Au-delà de ses multiples champs d’activité, Glass, comme ses contemporains les premiers minimalistes américains, Terry Riley, La Monte Young et Steve Reich de manière un peu différente, s’inspire du lien populaire-savant, et le dépasse dans une conception musicale contemporaine toujours davantage en rupture avec celle de ses contemporains européens.