En histoire des arts
Einstein on the Beach, dans sa globalité et en tenant compte de l’ensemble de ses composantes, peut être l’objet d’un travail d’étude dans le cadre de l’enseignement transdisciplinaire de l’histoire des arts. Ainsi, l’œuvre totale de Philip Glass et Robert Wilson peut être analysée dans le cadre des thématiques « Arts, espace, temps » et « Arts, ruptures, continuités ».
Thématique : Arts, espace, temps
Cette thématique d’histoire des arts « permet d’aborder les œuvres d’arts à partir des relations qu’elles établissent implicitement ou explicitement, avec les notions de temps et d’espace ». L’analyse musicale et littéraire d’Einstein on the Beach, qui reste incomplète au vu de tous les domaines artistiques auxquels fait appel cet opéra, révèle son lien profond avec le travail sur le temps et l’espace qui est également un point essentiel dans la création de Robert Wilson et Philip Glass. Dans le cadre de cette thématique, il conviendra d’étudier plus en détail la notion de temps et d’espace dans l’un ou plusieurs des champs artistiques que recouvre l’œuvre, par exemple la notion de structure, de forme, d’architecture lié au travail mélodique dans la partition de Glass. Deux sous-thématiques peuvent être ainsi abordées : « l’œuvre d’art et l’évocation du temps et de l’espace ». Dans ce cadre, une analyse précise de la structure architecturale de la partition de Glass pourra être proposée, avec l’étude du travail à partir d’un matériau simple, sur la répétition, l’élongation et le rétrécissement dans le temps par différents procédés dont le procédé additif étudié dans le KNEE PLAY 2, par exemple. On pourra également insister sur l’utilisation de la forme en arche et des structures cycliques. Pour élargir cette étude, au-delà d’Einstein on the Beach, on peut par exemple revenir sur le courant minimaliste et le principe de répétition qui irrigue une partie de la création musicale contemporaine depuis les années cinquante jusqu’aux musiques électroniques populaires. Les autres domaines artistiques proposent des correspondances à cette thématique. C’est le cas par exemple de l’œuvre des sculpteurs minimalistes comme Carl André ou Donald Judd. On peut également comparer avec d’autres musiciens comme Steve Reich ou des designers du Bauhaus comme Mies van der Rohe.
La deuxième sous-thématique qui peut être traitée dans le cadre de l’étude d’Einstein on the Beach est celle de « l’œuvre d’art et la place du corps et de l’homme dans le monde et la nature ». Ce travail permet d’élever l’analyse à un niveau plus spirituel et interroge sur la dimension psychologique de l’œuvre d’art et dans ce qu’elle nous révèle sur la place de l’homme dans le temps et dans l’espace. Glass et Wilson, à travers le personnage d’Einstein et les thèmes visuels transformés au cours de l’œuvre, proposent une vision de la place de l’homme au regard de son propre espace-temps, sa vie et, au-delà, sur un champ plus large. Ce travail peut également se placer sur une analyse de l’imaginaire proposé par les créateurs, et la place de ce dernier dans les champs d’étude de l’espace et du temps. Là encore, les textes officiels nous renvoient à une étude plus large où on fera appel à d’autres œuvres et d’autres courants qui illustrent cette position.
Thématique : Arts, ruptures, continuités
Cette autre thématique se propose selon les textes officiels « d’aborder les effets de reprises, de ruptures ou de continuité entre les différentes périodes artistiques, entre les arts et dans les œuvres d’arts ». L’étude de l’opéra monumental Einstein on the Beach renvoie à ce type d’analyse thématique. L’opéra est le genre par excellence et ce depuis sa création qui fait appel à beaucoup de champs artistiques et dont le défi de l’œuvre « d’art total » passionne musiciens, plasticiens, costumiers, scénographes, librettistes et bien d’autres depuis le XVIIe siècle et l’Orfeo de Monteverdi. Einstein on the Beach peut donc se lire sous deux sous-thématiques : « l’œuvre d’art et la tradition » où l’analyse se fera sous l’angle de l’art lyrique. Il conviendra alors d’interroger l’œuvre par rapport aux codes de l’opéra et éventuellement sous un angle plus musical, de poser les questions de langage également. Einstein on the Beach emprunte à certains éléments de la tradition dramaturgique, la division en actes par exemple et renonce ou s’écarte volontairement d’autres typologies comme celle de la narration par exemple. Une fois ce premier angle abordé, il sera intéressant d’interroger l’œuvre dans le panorama de l’opéra du XXe siècle –siècle de bouleversements – et de manière plus globale dans la dramaturgie du XXe siècle, dans les questions qui sont soulevées par ces périodes et quelles réponses Glass et Wilson apportent dans Einstein on the Beach au regard d’autres œuvres européennes de la même période comme les opéras de Luciano Berio, Le Grand Macabre de Gyorgy Ligeti (1978) ou Satyricon de Maderna (1973).
La deuxième sous-thématique qui peut être objet d’étude dans ce contexte est évidemment « l’œuvre d’art et le dialogue des arts ». Einstein on the Beach est avant tout la rencontre entre plusieurs créateurs et leurs univers artistiques qu’ils croisent et qui se rencontrent à un degré élaboré. Robert Wilson, Philip Glass et Lucinda Childs mêlent la mise en scène, les arts plastiques, les décors, les lumières, la musique, la danse dans une œuvre répétitive et minimaliste au sein de laquelle tous les champs artistiques semblent procéder des mêmes intentions, du moins sur les mêmes codes. Dans ce cadre, on pourra étudier des œuvres de même type qui font se croiser plusieurs arts et la manière dont ils se répondent au sein de l’œuvre par similitude ou par antagonisme.



