

Objectifs de l'étude
Dans ce cadre, cette lettre peut être associée, dans un même groupement de textes, à :
Prérequis
Ces notions ont été normalement abordées en classe de troisième.
Nous commencerons par demander aux élèves de repérer les marques qui font de ce texte une lettre :
Nous proposerons donc aux élèves d'étudier plus précisément l'opinion de Victor Hugo et la façon dont il l'explicite à partir de « Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici ».
Nous leur demanderons de repérer la construction du texte.
Nous pouvons dégager la structure d'un récit qui débute par « il y avait », comporte une description initiée par « Imaginez », une péripétie introduite par le complément circonstanciel de temps « Un jour » et l'utilisation du passé composé qui s'oppose à l'imparfait de la situation initiale (« Il y avait »).
La situation finale commence à « L'un des deux voleurs a empli ses poches » et se termine par « Telle est l'histoire des deux bandits. »
La fin du texte propose une morale, avec la présence d'un vocabulaire qui relève du droit (« crimes, bandits », « propriétaire », « spoliés », « vol ») et du domaine des idées (« civilisation », « barbarie »).
Nous constatons que Victor Hugo débute son argumentation par un récit qui a toutes les allures d'un conte, ce que nous demandons aux élèves de confirmer par les indices suivants :
Suit une définition abstraite du Palais d'Été, placée sous le signe de l'art (« L'art a deux principes »), qui se développe dans un parallèle avec le Parthénon.
Parthénon | Palais d'Été |
|---|---|
Idée | Chimère |
art idéal | art chimérique |
œuvre rare et unique | énorme modèle de la chimère |
ce qu'on avait fait au Parthénon | on l'a fait au Palais d'Été, plus complètement et mieux. |
Ce parallèle peut renvoyer à une conception idéalisée de l'art grec, origine, modèle et perfection de l'art occidental classique, opposée à la chimère, animal composite s'il en est, symbole de la diversité et de la richesse de la vie même, que l'art romantique s'est donné pour tâche de retranscrire. Ce rapprochement permet donc à Hugo, d'une part de poser l'égale valeur du Palais d'Été par rapport au Parthénon et, au-delà, l'égale valeur de l'art oriental par rapport à l'occidental, d'autre part de souligner leur communauté de destin, leur destruction par les forces de la barbarie. Le raisonnement implicite à faire expliciter par les élèves est par conséquent : si l'on doit être horrifié de la destruction du Parthénon, alors on doit l'être également de celle du Palais d'Été.
La description du Palais d'Été justifie cette conclusion.
Il faut alors étudier dans le détail cette description avec les élèves, en leur demandant quelles sont les principales caractéristiques du palais et par quels procédés elles sont mises en valeur :
Ce palais est donc un palais-monde, qui est présenté par Hugo comme la synthèse admirable d'une grande civilisation. Sa richesse et sa diversité sont quasi indicibles, comme le suggère l'imprécision des termes du début de la description « on ne sait quelle construction inexprimable », « quelque chose comme un édifice lunaire ». D'où l'abondance des champs lexicaux, d'où les énumérations scandées par les impératifs qui invitent le lecteur à participer en imagination à sa construction. Car c'est là le fin mot pour Hugo, le palais est étroitement lié au rêve qui est la source première de l'Art. D'ailleurs, il est connu des hommes supérieurs que sont « les artistes, les poètes, les philosophes », et le nom de Voltaire agit comme un argument d'autorité. De plus, ce palais a été bâti pour les peuples. L'auteur des Misérables insiste sur cette idée en la soulignant d'une question rhétorique propre à éveiller l'attention du destinataire, par le pluriel qui inscrit le palais dans la succession des générations et lui confère la majesté des monuments qui défient le temps. Il acquiert ainsi une aura sacrée.
À travers cette description hyperbolique, Hugo signifie donc au lecteur que le Palais d'Été de Pékin a totalement sa place dans la liste des chefs-d'œuvre des grandes civilisations (inventaire qui rappelle la fameuse liste des sept merveilles du monde, établie dans l'Antiquité par les érudits d'Alexandrie. Or, l'allusion n'est pas innocente car elle fonctionne, elle aussi, comme un argument d'autorité).
La suite du récit, la péripétie, apporte un élément nouveau à la réponse de Victor Hugo au capitaine Butler. Après avoir dit son admiration pour le Palais d'Été, ce qui était déjà une façon d'exprimer sa divergence de point de vue avec son destinataire, il va plus clairement affirmer son opposition.
Il faut donc demander aux élèves comment se manifeste l'hostilité de l'écrivain face aux vainqueurs anglo-français :
La chute du récit est sans appel : « Telle est l'histoire des deux bandits », et la « morale » qui s'en dégage se présente sous forme d'un paradoxe : « Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie ». La suite du texte ne peut donc être qu'une explicitation et elle se fait clairement accusatrice envers les gouvernements français et anglais, plus particulièrement envers celui de Napoléon III, présenté comme un bourgeois cupide : « L'empire français a empoché la moitié de cette victoire », « il étale » « avec une sorte de naïveté de propriétaire » dont Hugo assure, dans une métaphore d'une grande violence, que la France doit être « délivrée et nettoyée » comme d'une souillure. Hugo prend fermement position en employant le pronom « je » : « je proteste », « j'espère », « je le constate », en en appelant à l'Histoire avec un ton prophétique qui utilise le futur de l'indicatif et reprend le parallélisme dans l'ignominie des « deux voleurs » : « Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre».
La parole se fait ainsi non seulement dénonciatrice, ouvertement polémique mais aussi sacrée : elle assure le lien entre l'individu exceptionnel, le génie qui la profère et le peuple. Elle est acte politique par excellence, parce qu'elle propose au peuple des valeurs communes à défendre et un destin à partager.
Au terme de cette étude non exhaustive, il convient de répertorier avec les élèves les principaux procédés qu'utilise Hugo pour persuader le lecteur du bien fondé de son opinion sur le sac du Palais d'Été de Pékin :
On pourra ensuite donner une définition du registre polémique et proposer quelques exercices d'application.
On proposera enfin un sujet d'invention.
Vous écrirez une lettre au maire de votre ville pour protester contre la fermeture d'un lieu culturel (cinéma, théâtre, musée, salle de spectacles…).
Vous veillerez à utiliser, comme Victor Hugo, des parallèles, des référents culturels, du vocabulaire péjoratif et mélioratif et des procédés pour interpeller votre destinataire.
Le barème tiendra compte du respect des consignes d'écriture mais aussi du respect des codes de la lettre.
(Joëlle Souchaud, professeur de lettres)
revue associée : Planète chinois n°2