Poètes
Robert Desnos, « Le veilleur du Pont-au-Change »
Pour aller plus loin
Le motif du cœur en poésie
On pourra aborder avec les élèves la thématique poétique du cœur à travers des textes d’époques différentes et faciliter leur mise en résonance.
À titre d’exemple, le corpus peut proposer des poèmes du XIXe siècle :
- Victor Hugo, « Que t’importe, mon cœur… »
- Alfred de Musset, « Chanson : j’ai dit à mon cœur »
- Arthur Rimbaud, « Le cœur supplicié »
- Paul Verlaine, « Il pleure dans mon cœur ».
Victor Hugo, « Que t’importe, mon cœur… », 1830 (Les Feuilles d’automne)
De todo, nada. De todos, nadie.
Calderón
Que t’importe, mon cœur, ces naissances des rois,
Ces victoires, qui font éclater à la fois
Cloches et canons en volées,
Et louer le Seigneur en pompeux appareil,
Et la nuit, dans le ciel des villes en éveil,
Monter des gerbes étoilées ?
Porte ailleurs ton regard sur Dieu seul arrêté !
Rien ici-bas qui n’ait en soi sa vanité.
La gloire fuit à tire-d’aile ;
Couronnes, mitres d’or, brillent, mais durent peu.
Elles ne valent pas le brin d’herbe que Dieu
Fait pour le nid de l’hirondelle !
Hélas ! plus de grandeur contient plus de néant !
La bombe atteint plutôt l’obélisque géant
Que la tourelle des colombes.
C’est toujours par la mort que Dieu s’unit aux rois.
Leur couronne dorée a pour faîte sa croix,
Son temple est pavé de leurs tombes.
Quoi ! hauteur de nos tours, splendeur de nos palais,
Napoléon, César, Mahomet, Périclès,
Rien qui ne tombe et ne s’efface !
Mystérieux abîme où l’esprit se confond !
À quelques pieds sous terre un silence profond,
Et tant de bruit à la surface !
Alfred de Musset, « Chanson : J’ai dit à mon cœur… », 1831 (Premières poésies)
J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N’est-ce point assez d’aimer sa maîtresse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C’est perdre en désirs le temps du bonheur ?
Il m’a répondu : Ce n’est point assez,
Ce n’est point assez d’aimer sa maîtresse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?
J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N’est-ce point assez de tant de tristesse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C’est à chaque pas trouver la douleur ?
Il m’a répondu : Ce n’est point assez
Ce n’est point assez de tant de tristesse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les chagrins passés ?
Paul Verlaine, « Il pleure dans mon cœur », 1874 (Romances sans paroles)
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
Arthur Rimbaud, « Le Cœur supplicié », 1871
Mon triste cœur bave à la poupe…
Mon cœur est plein de caporal !
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste cœur bave à la poupe…
Sous les quolibets de la troupe
Qui lance un rire général,
Mon triste cœur bave à la poupe,
Mon cœur est plein de caporal !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé ;
À la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques ;
Ô flots abracadabrantesques,
Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé !
Ithyphalliques et pioupiesques,
Leurs insultes l’ont dépravé.
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques !
J’aurai des sursauts stomachiques
Si mon cœur triste est ravalé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?
Bibliographie succincte de Robert Desnos
- Deuil pour deuil, 1924
- La Liberté ou l’Amour, 1927
- Corps et Biens, 1930
- Les Sans cou, 1934
- Fortunes, 1942
- État de veille, 1943
- Le vin est tiré…, 1943
- Contrée, 1944
- Le Bain avec Andromède, 1944
- Trente Chantefables pour les enfants sages, 1944
Publications posthume
- Choix de poèmes, 1946
- Rue de la Gaîté, Voyage en Bourgogne, Précis de cuisine pour les Jours heureux 1947
- Domaine public, 1953
- Mines de rien, 1957
- Cinéma, 1966
- Les Pénalités de l’enfer ou les Nouvelles Hébrides, 1974
- Destinée arbitraire, 1975
- Récits, nouvelles et poèmes, 1975
- Nouvelles Hébrides et autres textes, 1922-1930, 1978
- La Ménagerie de Tristan, 1978
- Écrits sur les peintres, 1984
- Les Voix intérieures, 1987
- Les Rayons et les ombres, Cinéma, 1992
- Le Bois d’amour, 1995








