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L'appel du 18 juin 1940

La mise en mémoire du 18 juin 1940

Jean-Louis Crémieux-Brilhac propose donc de parler de l’ensemble des appels du général de Gaulle de juin 1940, au point que l’appel daté du 18 mit du temps avant de devenir la date référence. Elle fut bien, du reste, le résultat d’une construction mémorielle. D’autres actes et journées peuvent servir également de référence, comme la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris, quand fusèrent des « vive de Gaulle ». Elle représente une date porteuse d’une double légitimité, doublement fondatrice : naissance de la Résistance et d’un régime politique qui s’oppose à l’État français.

La place dans les mémoires collectives ne relève pas d’une décision législative, comme pour les fêtes nationales, mais d’une construction du camp gaulliste et de Gaulle lui-même. Les textes gardés en mémoire sont le texte originel rédigé pour le 18 juin et publié le 19 par la presse britannique ainsi que le texte, non prononcé, daté du 19 juin. L’appel formulé à la BBC a été remanié par les Anglais, et nous savons aujourd’hui que celui du 19 n’a pu être rédigé que le 22 ou le 23 juin. Qu’importe, de Gaulle fixe la mémoire des dates (discours et messages). La mémoire se construit également par la mise en commémoration. Pour le 18 juin elle commence dès 1941 : accueilli par le Comité national français du Caire, le général prononce un discours repris par la BBC et dans lequel il fait du 18 juin 1940 la date de naissance de la France Libre quand la veille, à Bordeaux, le gouvernement régulier auquel il appartenait disparaissait. Le même jour à Londres, l’Association des Français de Grande-Bretagne organise une manifestation au Cambridge Theater, présidée par l’amiral Muselier, donnant la parole à René Cassin, secrétaire du Comité de défense de l’Empire. Après une présentation filmée, l’appel du 18 juin est lu. Marseillaise et God saves the king retentissent.

L’année suivante, le Royal Albert Hall reçoit un rassemblement le 18 juin, puis le 11 novembre, en présence du général de Gaulle qui prononce des discours importants (le 8 novembre les Alliés ont débarqué en Afrique du Nord mais sans la France Libre.

En 1943, alors que le Comité Français de Libération Nationale est créé le 3 juin, le général de Gaulle dépose une gerbe aux pieds du monument aux morts d’Alger. A Londres, la commémoration est devenue rituelle : Pierre Brossolette et Pierre Bloch prononcent en cette année les discours annonciateurs de victoire. Le 14 juin 1944, de Gaulle est à Bayeux, quelques jours après le débarquement de Normandie. Mais le 18, il se trouve à Alger et parle devant l’Assemblée consultative. Le discours est clair sur le rôle fondateur de l’appel du 18 juin 1940 qui « n'a eu, n'a revêtu sa signification que parce que la Nation a jugé bon de l'écouter et d'y répondre… » ou encore « … les voies qui ont été définies le 18 juin 1940 étaient bien celles dans lesquelles la Nation entendait faire sa libération et sa rénovation… », « … le rassemblement national pour la guerre, pour la liberté et pour la grandeur que les Français ont commencé le 18 juin 1940 et qu'ensuite, pas à pas, ils ont poussé jusqu'à son terme… ».


Défilé du 18 juin 1945. Copyrights ECPAD


La guerre finie, le 18 juin 1945 prend réellement la dimension d’une nouvelle date nationale à commémorer dans le cadre de la mémoire d’un temps clos. Il met en mémoire commune les résistances intérieures et extérieures, forces de la France Libre, et FFI. Mais le choix d’en faire une célébration gaulliste est matérialisé par le dessin d’une croix de Lorraine dans le ciel de Paris.

En 1946, la donne politique s’est modifiée : le général de Gaulle a quitté le pouvoir au mois de janvier, il a présenté sa conception de l’organisation des pouvoirs publics à Bayeux le 16 juin. Depuis la fin de l’année précédente le Mont Valérien accueille un espace mémoriel. À partir de 1946, chaque année, le général de Gaulle ravive une flamme.

1947 sépare les commémorations de la IVe République naissante de celle de l’homme du 18 juin. L’Arc de triomphe pour les premiers (Auriol, Ramadier…), le Mont Valérien pour le second.

retrouver ce média sur www.ina.fr


Le Général de Gaulle lance l’appel historique du 18 juin 1940.


En avril 1960, le général de Gaulle réalise un voyage diplomatique en Grande-Bretagne… Les travaux d’Agnès Tachin montrent à l’occasion de ce voyage le réinvestissement des événements du printemps 1940. Au moment du départ, dans un aéroport vide de tout public, habillé en uniforme de général de brigade, avec les insignes de la France Libre et le képi qu’il portait en juin 1940, le général de Gaulle reproduit le départ du 17 juin, offrant aux Français, par la retransmission télévisée sous contrôle de l’État, une idée plus précise des conditions du départ, avec l’ambassadeur Geoffroy de Courcel présent aussi ce 17 juin. La Caravelle le transportant est baptisée Lorraine ! À Londres la première cérémonie se déroule devant le monument du maréchal Foch comme il y en eut pendant toute la guerre et marquant le choix fait entre le vainqueur de la guerre et le vainqueur supposé de Verdun. Lors de la deuxième cérémonie devant Carlton’s Garden siège de la résistance française pendant la guerre avec des anciens combattants, avec un bain de foule, de Gaulle prononce un discours rappelant que l’histoire a donné raison à l’action, « il fallait que cela fût fait » pour ce qui correspond au « … plus grand moment de nos vies… ».

Le 17 juin le site mémoriel du Mont Valérien abrite les corps de seize résistants et Français libres, dans une cérémonie qui emprunte au transfert du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe. Le 18 juin, de Gaulle président de la République inaugure le mémorial de la France combattante devant lequel l’appel est commémoré chaque année.

retrouver ce média sur www.ina.fr


Cérémonie du transfert des seize corps dans la crypte du mémorial de la France combattante, le 17 juin 1960. Sur le site de l’INA : 2 min 20 s sur la cérémonie commémorative de 1965.