Contexte d’un document
Le 17 juin 1940, les Allemands sont sur la Loire, ils finissent d’encercler les armées de l’Est et détiennent un million de prisonniers. Militairement utile, l’occupation de Verdun, depuis le 16 juin, se veut aussi symbolique : les troupes allemandes organisent une cérémonie devant le monument aux morts de la Grande Guerre avec défilé militaire.
L’Italie crée le front des Alpes. 7 à 8 millions de réfugiés civils, dans le même mouvement que les troupes, fuient la progression de l’armée allemande.
À Londres, si Churchill autorise l’accès au micro de la BBC, le War cabinet soulève une objection : le général de Gaulle est persona non grata du gouvernement français. Or les Anglais estiment qu’il reste encore une possibilité que ce gouvernement agisse contre l’Allemagne. Churchill passe sa journée à préparer un discours qu’il doit prononcer devant les élus de la Chambre des communes. Spears, obstiné, obtient l’accord du cabinet. L’allocution du général de Gaulle n’a été autorisée que tardivement et avec un texte modifié dans son entrée en matière.
À 18 heures, le 18 juin, le général de Gaulle entre dans le bâtiment de la BBC qui surplombe Oxford Circus. Jean Marin, correspondant de l’agence Havas à Londres, future voix de la France Libre, de l’émission « Les Français parlent aux Français », livre un témoignage : un collaborateur de la BBC, Gibson Parker, installe le général dans un studio devant un microphone, lui propose un essai de voix. De Gaulle dit alors « la France », le technicien répond : « parfait, nous sommes prêts ». La scène n’a duré que quelques secondes.
Avertissement : Le texte radiodiffusé ce jour précis, prononcé par le général, commençait par : « Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la lutte devait continuer ». Voilà ce que de rares personnes, les services radios européens notamment suisses, ont effectivement entendu. Cette formule conçoit la possibilité d’un sursaut démocratique du gouvernement, ce à quoi de Gaulle n’a semble-t-il jamais cru. Elle fut imposée par les Anglais, nous l’expliquons un peu plus loin dans la présentation. Le texte passé à la postérité et transformé en acte de naissance de la France Libre n’est donc pas, dans son introduction, celui qui a été prononcé.
![]() Siége de la BBC de Londres. 1996. | Siège de la BBC à Londres. Photographie de guerre, date inconnue. |


