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Pour mémoirePour mémoire

L'appel du 18 juin 1940

Texte commenté de l’appel du 18 juin 1940

Rappelons que les propositions de commentaires sont à destination des élèves. Chacun peut bien évidemment les nourrir davantage.

« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. »

Le terme « chefs » désigne, dans une approche militaire et non politique, la clique Weygand-Pétain appelée au pouvoir par le président Lebrun en remplacement de Paul Reynaud.

« Ont formé un gouvernement », « … ce gouvernement… » : la réitération des termes insiste sur le caractère politique de la démarche. Paul Reynaud voulait maintenir l’esprit de guerre, l’alliance avec l’Angleterre (accord du 28 mars interdisant toute négociation en vue d’une paix séparée) et utiliser l’Empire pour continuer la lutte. Combattu par Weygand, plus discrètement par Pétain, il démissionne le 16 juin au soir. Pétain est alors nommé président du Conseil par le président de la République Lebrun. Il est persuadé à cette date que la défaite est inévitable, de même qu’il est très critique sur l’attitude de la Grande-Bretagne qu’il juge responsable d’avoir jeté la France dans la guerre sans lui porter assistance. Deux objectifs semblent l’animer : sortir la France des combats et construire une France nouvelle. (lien vers texte de l’allocution du 17 juin des documents complémentaires).

retrouver ce média sur www.ina.fr


17 juin 1941, anniversaire du discours du 17 juin 1940. Rappel de la situation qui justifie le choix de l’armistice et le texte du discours repassé aux Français. Il sert de base à l’acceptation par les Français de la situation de 1941.


L’appel est avant tout une réponse à ce discours de Pétain.

« Nombreuses années… », l’auteur rappelle ici la stratégie conduite par l’école de guerre. Pour de Gaulle, les nouveaux détenteurs du pouvoir politique sont ceux qui depuis la Grande Guerre dirigent l’armée française : ils transfèrent au politique dans des conditions tragiques les pensées qu’ils ont appliquées à l’école de guerre après la victoire de 1918. Au mouvement et à la modernité fondés sur une réorganisation des corps de troupes au profit d’une cavalerie mécanisée développée (le poids des chars dans la guerre moderne), ils ont préféré la stratégie de la protection des troupes par un « enterrement » dans les boyaux de la Ligne Maginot. Motivée par l’effroyable bilan de la Grande Guerre, cette stratégie s’avère inadaptée à la guerre moderne.

L’inéluctabilité de la défaite est présentée à travers le terme « alléguant » quand la victoire militaire allemande n’est pas encore tout à fait acquise… Le commandement français tient rapidement la défaite pour réalité et, avec l’accord de Pétain, invite à conclure un armistice. Le terme n’est pas utilisé. Le général de Gaulle lui préfère l’expression « cesser le combat ». Double intérêt de la formule. Il ne s’agit pas de mettre fin à la guerre. Il ne s’agit pas de capitulation de l’armée. Pour Pétain l’armistice est un geste politique qui exonère l’armée de toute responsabilité. Jean-Louis Crémieux-Brilhac voit dans une éventuelle capitulation de l’armée, le moyen laissé comme à la Belgique de poursuivre la guerre outre-mer.

La proposition d’armistice confirme la permanence de l’État (refus de la capitulation), et permet de faire endosser la défaite à la IIIe République dans un accord de gouvernement à gouvernement.
L’ennemi n’est pas encore précisément désigné : l’Allemagne, l’Allemagne nazie, la Wehrmacht… ?

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.

Quelle est la situation militaire au 17 juin 1940 ? Le discours fait allusion à la composition matérielle de la Wehrmacht, à la Blitzkrieg… Le nombre de divisions est sensiblement équivalent entre les Alliés et les Allemands (145 contre 141), les matériels d’artillerie sont légèrement à l’avantage des Alliés (14 100 pièces contre 14 000), mais les forces mobiles blindées sont équivalentes (autour de 4 100 chars dans chaque camp), seules les forces aériennes sont à celui des Allemands (2 200 avions contre 4 100). Les statistiques montrent que l’infériorité numérique et matérielle n’est pas d’une grande évidence, les causes de la défaite sont ailleurs.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

De Gaulle remet en cause la supériorité numérique de l’adversaire (annoncée par Pétain comme argument de la défaite le 17 juin). Il est possible ici d’évoquer la psychose nationale depuis la fin du xixe siècle d’une démographie française marquée par l’affaiblissement numérique. Nourrir numériquement la nation, augmenter le nombre de soldats a joué un rôle non négligeable dans la mise en place de la loi des trois ans avant la Grande Guerre. La reprise de l’argument par Philippe Pétain n’est pas surprenante et sa réceptivité par l’opinion publique est grande. L’auteur de l’appel opère une critique de la stratégie des décideurs français en comparaison du dynamisme et de la mobilité au cœur de la stratégie allemande. Il critique également la méconnaissance de l’ennemi, les chefs ne sont-ils pas « surpris », résultat de l’impréparation ou impéritie ? Une analyse courte du fonctionnement de la Blitzkrieg éclaire la situation pour les élèves. Il s’agit d’enchaîner : une attaque aérienne déstabilise, fait paniquer, détruit les axes et nœuds de communication, ralentit la progression et l’organisation de la défense, puis la pénétration des blindés fait sauter les verrous de défense et conquiert le territoire, qu’ensuite les troupes de l’infanterie occupent.

Dans une émission de radio enregistrée sur le front de l’Aisne le 21 mai et diffusée le 2 juin à la demande du quartier général, de Gaulle émet des jugements proches de ceux du 18 juin : avantage pris par l’ennemi, appuyé sur les blindés et les avions… L’appel reprend partiellement un contenu déjà évoqué.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

À l’armistice opposer la poursuite de la guerre ailleurs, autrement… Refuser l’armistice comme une humiliation, « le crime originel » qui ôte toute légitimité au nouveau pouvoir aux yeux du général de Gaulle.

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis.

Contredire la notion d’isolement, refuser l’acceptation de la défaite comme moyen d’obtenir une situation favorable dans une Europe dominée par l’Allemagne.

De Gaulle manifeste le sentiment, très vite ressenti par d’autres, comme Churchill par exemple, que l’Allemagne a peu de chances de remporter une guerre longue et que les victoires allemandes contiennent leurs limites techniques et matérielles.

L’existence d’alliés possibles, fixés dans le camp occidental : Angleterre présentée avec son Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais, la maîtrise des mers notamment l’Atlantique dans ses relations avec l’industrie des États-Unis. L’auteur rappelle les forces disponibles de l’Empire français, à retourner contre autorité se mettant en place en France. Si la conviction que les États-Unis entreront en guerre n’est pas affirmée, les productions industrielles via la loi cash and carry atteignent de façon privilégiée les démocraties occidentales. Se maintenir dans le camp des démocraties combattantes permettrait d’avoir accès à ces productions indispensables pour poursuivre la guerre.

Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y ait, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Voilà la nouveauté : un élargissement de l’espace du conflit. À la conception centrée sur l’espace national, effectivement conquis et occupé, de Gaulle oppose la perspective d’une guerre touchant l’ensemble de la planète par l’entrée en guerre d’espaces éloignés soit par appartenance aux empires coloniaux, soit par présence sur les routes fondamentales comme les espaces maritimes, soit du fait de l’entrée en guerre des puissances pour l’instant à l’écart du conflit.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Utilisation du terme « résistance » : insister sur la situation de début de guerre, appel ciblé sur des professions utiles : militaires, ingénieurs, ouvriers, dans l’optique de la poursuite du combat. La démarche n’est pas politique, il ne s’agit pas d’un appel aux forces classiques actrices de la vie politique, mais bien de préciser l’enjeu du propos : poursuivre la guerre est une affaire de spécialistes.
Le terme « résistance » est utilisé ici pour la première fois dans le discours gaullien. (Voir cas de la Pologne).

« actuellement à Londres » : la fixation géographique de la future France Libre n’est pas arrêtée, l’Empire peut accueillir ceux qui veulent poursuivre le combat. Londres est pour le moment une résidence permise par les autorités britanniques, utilisée par d’autres résistances européennes ou des gouvernements en exil. Elle n’est cependant pas envisagée comme permanente. Éventualité de partir pour l’Empire ? Prévision d’une guerre à nouveau transférée sur le sol de France ?

Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres. »

Création d’une permanence de la relation entre de Gaulle et les Français.

Un nouvel appel est prévu pour le 19 juin : un texte figure sous cette date dans le recueil des appels et messages. Il prend une dimension particulièrement forte : appel à l’insoumission des principaux responsables de l’Empire, dénonciation des choix politiques du gouvernement de Pétain qui se place « … sous la servitude de l’ennemi… », mais surtout, le général de Gaulle proclame parler au nom de la France. Cet appel n’a pas été diffusé et est sans doute daté du 22 ou du 23 juin, après la signature de l’armistice. Jean Louis Crémieux-Brilhac présente l’ensemble des textes et préfère donc parler des « appels de juin 1940 ».