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Le 50e Anniversaire du traité de l’Élysée et les relations franco-allemandes

La première rencontre, 14-15 septembre 1958

De Gaulle a raconté dans ses Mémoires la première rencontre avec le chancelier Adenauer, dans sa résidence privée de la Boisserie, le 14 septembre 1958. Il n’est alors encore que président du Conseil, où il a été investi par l’Assemblée nationale depuis trois mois. La Constitution de la Cinquième République, encore dans les limbes, ne sera approuvée par référendum que deux semaines plus tard. Le général en donne une relation très personnelle dans ses Mémoires.

La rencontre vue par le général de Gaulle
Dès qu’il comprend que mon retour est une autre chose qu’un épisode, le chancelier demande à me voir. C’est à Colombey-les-Deux-Églises que je le reçois, les 14 et 15 septembre 1958. Il me semble, en effet, qu’il convient de donner à la rencontre une marque exceptionnelle et que, pour l’explication historique que vont avoir entre eux, au nom de leurs deux peuples, ce vieux Français et ce très vieil Allemand, le cadre d’une maison familiale a plus de signification que n’en aurait eu le décor d’un palais. Ma femme et moi faisons donc au chancelier les modestes honneurs de La Boisserie.

Source : Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, « Le Renouveau, L’Europe », Bibliothèque de la Pléiade.

La rencontre vue par le chancelier Konrad Adenauer
In der Regierung de Gaulle, die am 1. Juni 1958 die Verantwortung übernahm, waren drei Männer Stellvertreter de Gaulies, die ich durch und durch als Europa-Freunde kannte. Es waren Mollet, Pflimlin und Pinay. Diese drei Persönlichkeiten chienen mir Garanten dafür zu sein, daß nach dem Regierungsantritt de Gaulies abgegebene Erklärungen, die europäischen Verträge würden gehalten werden, von Frankreich ernst gemeint waren. Eine weitere Garantie dafür erschien mir, daß Couve de Murville, der bisherige Botschafter Frankreichs in Bonn, zum Außenminister ernannt wurde.

Begegnung mit de Gaulle in Colombey-les-deux-Eglises Am Samstag, dem 13. September 1958, beendete ich meinen Urlaub in Gadenabbia. […]Ich war von großer Sorge erfüllt, denn ich befürchtete, die Denkweise von de Gaulle wäre von der meinigen so grundverschieden, daß eine Verständigung zwischen uns beiden außerordentlich schwierig wäre. Es würde das erste Zusammentreffen eines deutschen Regierungschefs mit de Gaulle nach dem Kriege sein. […]

De Gaulle entsprach in keiner Weise den Auffassungen, die man in den vergangenen Monaten aus der Lektüre der Presse erhalten mußte. Er war ein völlig anderer Mann, als ihn unsere Presse, aber nicht nur unsere Presse, dargestellt hatte. Persönlich wirkte er sehr frisch. Als Politiker gewann ich aus den Unterredungen nicht den Eindruck eines Nationalisten, als der er stets abgestempelt wurde. De Gaulle war sehr gut unterrichtet über die gesamte außenpolitische Lage, insbesondere war er sich der großen Bedeutung des Verhältnisses zwischen Frankreich und Deutschland für diese beiden Länder und für Europa und damit auch für die ganze Gestaltung der Verhältnisse in der Welt bewußt.

Source : Adenauer, Erinnerungen 1959-1963, Random House, 1968, p. 415, 424-425.

Une rencontre privée très médiatisée

Le général de Gaulle a souhaité que le cadre familial et privé de La Boisserie facilite ses échanges avec le chancelier Adenauer. On est pourtant loin d’une rencontre informelle : la presse écrite et filmée est très présente et donne à l’événement toute sa dimension politique.

Le président de Gaulle accueille le chancelier Adenauer à La Boisserie
 Le général Charles de Gaulle accueillant chez lui à Colombey-les-Deux-Églises

Le général Charles de Gaulle accueillant chez lui à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne) le chancelier allemand Conrad Adenauer le 15 septembre 1958.
© Rue des Archives/Agip.

La presse est autorisée à photographier la rencontre entre les deux hommes à l’arrivée, mais aussi au cours de leur promenade dans les jardins de La Boisserie où ils conversent sans l’aide de leurs interprètes, de Gaulle parlant couramment l’allemand.

Une caricature du général de Gaulle, 1963
Une caricature du général de Gaulle, 1963

Manfred Oesterle, caricature du général de Gaulle en couverture de la revue Simplicissimus, 10 mars 1963.
Source : Deutsches Historisches Museum, Berlin. Droits réservés.

Le jugement de l’historien Georges-Henri Soutou sur l’entrevue de Colombey-les-Deux-Églises

[…] de Gaulle est en position de supériorité, et il sait admirablement en jouer mais sans jamais y faire allusion lourdement : l’Allemagne est divisée, elle est encore obérée par le passé récent de la Seconde Guerre mondiale, elle est soumise en droit international à l’accord des Quatre Grands pour ce qui concerne « Berlin et l’Allemagne dans son ensemble » […] Quant à Adenauer, tout son objectif est de se rapprocher de la France sans rompre avec les autres partenaires de l’Europe des Six ni avec Washington : en fait, le rapprochement avec Paris doit lui servir de réassurance en cas de lâchage de la RFA par les États-Unis, c’est la grande crainte du chancelier, dont de Gaulle joue d’ailleurs assez cyniquement. Et en même temps et dans l’immédiat, il s’agit de pousser, par le rapprochement avec la France, les Américains à mieux prendre en compte les intérêts de la RFA. Adenauer cherche donc à manœuvrer dans le triangle Bonn-Paris-Washington, de Gaulle cherche à le maintenir dans un axe Paris-Bonn.

Source : www.canalacademie.com/ida8729-Les-rencontres-De-Gaulle-Adenauer-reconciliation-ou-mariage-de-raison-par-Georges-Henri-Soutou.html.