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Le 50e Anniversaire du traité de l’Élysée et les relations franco-allemandes

Regards français sur l’Allemagne et les Allemands

L’Allemagne « qui a tant de différents maîtres »

L’Allemagne, par sa situation géographique, peut être considérée comme le cœur de l’Europe, et la grande association continentale ne saurait retrouver son indépendance que par celle de ce pays. La différence des langues, les limites naturelles, les souvenirs d’une même histoire ; tout contribue à créer parmi les hommes ces grands individus qu’on appelle des nations […] les Allemands ont trop de considération pour les étrangers, et pas assez de préjugés nationaux. C’est une qualité dans les individus que l’abnégation de soi-même et l’estime des autres, mais le patriotisme des nations doit être égoïste. La fierté des Anglais sert puissamment à leur existence politique ; la bonne opinion que les Français ont d’eux-mêmes a toujours beaucoup contribué à leur ascendant sur l’Europe ; le noble orgueil des Espagnols les a rendus jadis souverains d’une portion du monde. Les Allemands sont Saxons, Prussiens, Bavarois, Autrichiens ; mais le caractère germanique, sur lequel devrait se fonder la force de tous, est morcelé comme la terre même qui a tant de différents maîtres.

Madame de Staël, De L’Allemagne, 1813, p. 16 et 25.

Germaine de Staël, fille du ministre Necker, écrivit ce livre, De l’Allemagne, après un séjour en Allemagne dans les premières années du XIXe siècle. Les idées et la sympathie qu’elle éprouve pour ce pays et ses habitants déplurent à Napoléon et son auteure dut s’exiler. À l’époque, comme beaucoup de ses contemporains, Madame de Staël doute que les Allemands forment une nation. Elle reconnaîtra son erreur dès 1813.

Une caricature des Allemands tels que les voient les Français

Faces boches. Sans nom d’éditeur. Carte postale illustrée signée Ch-Léo, collection Pierre Brouland.
Source : www.caricaturesetcaricature.com/article-les-cartes-postales-satiriques-pendant-la-premiere-guerre-mondiale-96090355.html.

Cette carte postale fait partie du volumineux corpus d’images anti-allemandes publiées pendant la Première Guerre mondiale. La plupart d’entre elles représentent des soldats ennemis sous des traits peu flatteurs (monstre, barbare, brute, animal vulgaire…). Celle-ci est originale car elle présente des civils qui correspondent tous à une typologie de l’Allemand perçue à travers le filtre des préjugés français.

Le docteur et le professeur sont présentés comme d’inquiétants personnages, rigides et fanatiques, dévoués à l’Allemagne impériale. Le colonel a tous les traits du militariste prussien. Quant à la « Fräulein », elle est représentée en paysanne bien en chair, sans élégance et aux traits grossiers. Le représentant de commerce allemand est systématiquement présenté comme un espion ou un habile vendeur de camelote qui place sa marchandise à bon marché. À la fin du XIXe siècle, il a attiré sur lui toute la rancœur de ses concurrents français et anglais qui ne peuvent admettre les succès de l’industrie germanique.