Le premier jumelage Montbéliard-Ludwigsburg
Les jumelages de villes allemandes et françaises sont exemplaires de la volonté d’échange et de coopération des sociétés civiles. Comme le rappelle l’historienne Corinne Defrance dans un article passionnant : « Aujourd’hui, on dénombre près de deux mille cinq cents jumelages entre des villes et collectivités territoriales françaises et allemandes et plus des trois quarts de la population française et allemande vit dans une commune jumelée avec une commune du pays partenaire. » L’historienne remarque que le mouvement ne doit rien à de Gaulle et Adenauer et qu’il a précédé le traité de l’Élysée et le rapprochement par le haut. Au contraire : « C’est à la base que les forces profondes sont à l’œuvre et qu’il faut rechercher les facteurs et les étapes du processus de rapprochement et de réconciliation franco-allemand. En effet, la réconciliation ne peut être décrétée. De Gaulle et Adenauer auraient-ils pu signer le traité de l’Élysée si les mentalités françaises et allemandes n’avaient auparavant évolué considérablement [1] ? »
En mai 1950, à Stuttgart est fondé l’UIM, l’Union internationale des maires. Dans un contexte où résonne le discours de Robert Schuman sur l’Europe, deux villes décident de se jumeler.
Le premier jumelage Montbéliard-Ludwigsburg
Montbéliard avait aussi la particularité d’être administrée par une personnalité, Lucien Tharradin, ayant la conviction de la nécessité du rapprochement franco-allemand et la légitimité pour l’entreprendre : il était ancien prisonnier de guerre, résistant et déporté à Buchenwald […]
Lucien Tharradin, le maire de Montbéliard, confia en 1950 : « Se regarder toujours, de part et d’autre du Rhin, en grinçant les dents, le doigt sur la détente du fusil, prêts à mettre le feu au monde, n’est pas une existence raisonnable pour les deux peuples. […] On ne construit rien sur la haine, et ceux qui se montrent maintenant les plus intransigeants, sont peut-être ceux qui rampaient le mieux devant les oppresseurs. »
Source : Corine Defrance, op. cit.
[1] Corine Defrance, « Les jumelages franco-allemands. Aspect d’une coopération transnationale », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 99, 3/2008, p. 189-201. Cet article peut être téléchargé dans sa totalité en version PDF sur le portail de revues de sciences humaines et sociales Cairn : www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2008-3-page-189.htm.

