Conclusion : les enjeux du 8 Mai
Le 8 mai appartient à ces dates clefs de l’époque contemporaine, celles qui commémorent les fins de conflits meurtriers marqués par des atrocités innommables, celles qui fondent pour partie l’identité des vivants sur le souvenir des morts (Reinhart Koselleck). La polysémie de la date n’est guère mise en évidence par les autorités qui centrent le propos sur la victoire de la démocratie sur la barbarie nazie. Cette approche permet de toute évidence de faire du 8 Mai un acte fondateur d’une reconstruction. Ce qu’il advient du monde après la guerre est pour partie compris dans les événements du 8 Mai : relations entre les deux grands, entrée en décolonisation, construction européenne. Sans le surestimer, le 8 mai est bien une articulation majeure du basculement du monde dans le second vingtième siècle.
Antoine Prost considère que si le 11 novembre est la réussite commémorative par excellence c’est que cette journée célèbre des citoyens, honorés par l’hommage de la Nation, l’hommage des drapeaux. Le 8 mai ne contient sans doute pas cette dimension. La pluralité des comportements de guerre, la diversité des victimes dans leur nature, la répétition des étapes qui conduisent à la victoire expliquent sans doute cette situation. Ainsi le 18 juin pour « l’Appel », le 6 juin pour le débarquement sont-ils davantage fêtés. La journée des déportés, les journées spécifiques aux mouvements de résistances, la libération des camps… multiplient les dates, les occasions de commémorer dans une approche spécifique à un groupe déterminé par son rapport à la guerre.
Quelle place donner au 8 mai dans nos enseignements ? La réduction des horaires, les nouveaux programmes peuvent limiter le regard sur le 8 mai à une simple mention de fin de séquence au même titre que le 2 septembre. Cependant les documents associés à ce dossier permettent d’insérer le 8 mai dans une approche globale de la guerre. Dans le cadre français un travail prenant l’appel du 18 Juin pour entrée et l’allocution du 8 mai pour sortie couvre ainsi le déroulement du conflit, la place de la France d’un pays vaincu, occupé, soumis à de nouvelles autorités, mais aussi un pays de résistance, de participation aux combats de libération, puis à la signature de la reddition faisant de la France un vainqueur de la guerre. À une autre échelle le déroulement de la fin du conflit soulève les enjeux de l’après-guerre : l’affaiblissement de l’Europe, les relations Est-Ouest, la construction européenne et bien sûr l’approfondissement d’un processus de décolonisation déjà engagé et qui prend notamment en Algérie puis en Indochine une inflexion plus grande dès la fin du conflit.

