Le siège de Berlin
La Seconde Guerre mondiale se termine en Europe par la prise d’une ville, capitale d’un empire déchu, lieu de pouvoir des nazis à défaut d’en être la ville la plus représentative de l’idéologie. Cette ville que le Führer n’aimait pas – chose que les habitants semblaient bien lui rendre – est le dernier grand enjeu militaire de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
Le 16 janvier 1945, Adolf Hitler décide de revenir à Berlin et de ne plus la quitter. La ville moderne est plus facile à défendre que les villes portuaires comme Hambourg ou celles de tracé médiéval comme Dresde. Bien que bombardés depuis de longues semaines, lors de la bataille de Berlin entre août 1943 et février 1944, les centres vitaux de la ville n’ont pas été détruits. Les grandes avenues ouvertes constituent de véritables pare-feu quand d’autres villes brûlèrent rapidement lors des bombardements. Paradoxalement les destructions des quartiers résidentiels par la Royal Air Force offrent des obstacles à la progression au sol des conquérants alliés.
La dernière résistance nazie s’installe dans un bunker construit à la fin de l’année 1944 sous la chancellerie du Reich, prolongeant un abri antiaérien creusé en 1936. Alimenté en électricité, eau courante et air conditionné, ce bunker était relié avec l’extérieur par un réseau téléphonique et par la radio. Il semble qu’Hitler n’en soit sorti que deux fois pendant les 500 jours de la fin de sa guerre (le 25 février et le 15 mars pour de courtes excursions dans les environs de la chancellerie). La bataille de Berlin comme les derniers engagements des armées du Reich sont dirigés de ce bunker.
La ville de Berlin ne dispose pas de garnison spécifiquement attachée à sa défense. Le bataillon de la garde de Berlin est la seule unité opérationnelle. Elle a notamment servi à régler l’affaire du complot de juillet 1944. Elle est progressivement rejointe par des groupes d’armée dits « de la Vistule » chassés de Pologne par la progression de l’armée soviétique. Il y a environ 320 000 hommes disponibles quand le siège commence, dont la IIIe armée Panzers et la IXe armée. Parmi les autres armées disponibles, la Muncheberg Division représente « les divisions fantômes » créées à partir des écoles militaires et qui n’ont encore jamais été confrontées au combat. Ces corps de troupes sont complétés par des unités de la Volkssturm. Littéralement « levée du peuple », cette force est une milice populaire levée à l’été 1944 pour épauler la Wehrmacht soumise au feu des troupes débarquées en Normandie et du début de l’opération Bagration. Elle est constituée comme une force fanatisée pour combattre des armées supposées s’attaquer aux civils, et conçue comme une réplique de la Landsturm de 1813, qui avait été spécifiquement créée pour lutter contre l’envahisseur français. Des compagnies de la DCA, de la SS, de la police et des jeunesses hitlériennes complètent les troupes de défense de Berlin. Au sein de la SS figurent le bataillon d’assaut Charlemagne, composé de Français et une partie de la division SS Wallonie commandée par Léon Degrelle. Des Français, engagés volontaires, au service du nazisme se retrouvent acteurs d’une défense improbable de la capitale d’un empire qui devait durer mille ans.

