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Les fusillés de la Grande Guerre

Conclusion

Nous devrions retrouver dans ce chapitre bon nombre des remarques posées en introduction et qui justifient la rédaction du dossier. C’est bien parce que la place des fusillés dans la mémoire nationale est aussi sensible qu’elle est difficile à aborder, à résoudre. Au-delà d’un débat qui mettrait en cause l’honneur, la responsabilité, les pratiques d’une armée prise dans une guerre aussi particulière, réintégrer les fusillés dans la mémoire nationale, c’est bien évidemment aussi leur donner du sens. La question est là, quel sens leur donner ? Faut-il aborder la question d’une façon collective quand nous avons vu combien les cas étaient variés, tant nous avons aussi montré que la faute jugée était parfois avérée ?

À une mémoire « de droite » favorable à une armée disciplinée donc répressive, confiante en la chose jugée, respectueuse des juges militaires qui se sont prononcés, prête à admettre le caractère exceptionnel des conditions des jugements mais pas le bienfondé de ceux-ci, s’opposent donc, dès la guerre elle-même, une gauche et une extrême gauche qui voient dans ces jugements une justice de classe dont sont victimes les simples soldats et les petits gradés issus de la société civile, justice éloignée d’un fonctionnement démocratique d’une société sécularisée à laquelle la république les a pourtant habituées, qui voient dans ces soldats des pacifistes assassinés. Pour bon nombre d’entre eux, il s’agit de parodie de justice.

Il est alors difficile pour un État de prendre réellement position comme si le sujet faisait ressortir les grands débats de l’installation du régime.

La question des fusillés n’occupe pas l’espace public à la sortie de la guerre. Des demandes d’annulation de sentences évidemment injustifiées, les « erreurs judiciaires », se manifestent mais sans lancer un débat général sur le sujet. L’État traite au cas par cas, par « stratégie de compensation au refus juridique », selon N. Offenstadt. Or, c’est bien l’opposition entre l’obtention de pensions et médailles et le refus de statuer à nouveau qui lance les cas sur la place publique et qui leur ouvre le champ politique.

Mais la formulation « mémoire nationale » convient-elle ici ? La mémoire collective fait porter sur les fusillés ce double regard esquissé plus haut : pour les uns, les fusillés sont des traitres qui ont menacé l’intégrité territoriale de la nation, menacé son unité, dont le sort dans la guerre fut conforme à leurs actes. Pour les autres, ils appartiennent à la famille des insoumis, des pacifistes, ce qui explique en partie la focalisation médiatique sur les mutins de 1917 des associations, des mairies, des centres de recherches… En attendant les travaux d’André Bach sur les années 1916, 1917, 1918.