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Pour mémoirePour mémoire

Les fusillés de la Grande Guerre

Introduction

Nous proposons dans ce dossier de revenir sur un phénomène tragique qui a traversé la Grande Guerre de part en part, touché tous les États belligérants, tous les fronts, dès les premiers jours de la guerre et posé aux autorités tant militaires que politiques des questions portant sur leur fonctionnement, leur finalité, leur existence même, puisqu’il s’agit de réfléchir sur la question de l’exécution de soldats au sein de leur propre armée. Nous centrons le propos sur le cas français, non qu’il soit plus important que les autres, mais parce que les sources et l’historiographie dont nous disposons permettent de construire un discours véritablement problématisé et de livrer des conclusions tangibles.

D’autre part, la figure du fusillé a opéré un retour en force dans l’actualité, dans les champs mémoriels, dans les débats politiques au point de prendre une place peut-être démesurée face au nombre réel de cas. La production cinématographique récente, la bande dessinée, le roman se sont emparé de la figure du soldat de la Grande Guerre. En centrant la réflexion sur le sort du soldat, les conditions d’existence de l’individu, de son expérience du feu, de son inscription dans l’évènement, ces créations ont vite fait émerger la figure du soldat victime, victime de la mortalité de masse industrialisée, victime de décisions discutables, victime d’une justice profondément injuste. Une approche souvent pathétique qui en appelle à la fois à la fibre sensible et à la révolte spontanée du spectateur et transfère à un temps d’exacerbation du droit individuel, du droit des victimes, une situation qui s’inscrit dans un contexte bien différent. Il y a donc risque de méprise, de fausse interprétation et cela pousse l’historien à, de nouveau, interroger les sources, définir clairement ce dont on parle.

Huit millions cinq cent mille mobilisés en France, dont cinq millions cinq cent mille soldats confrontés réellement au feu livrent autant d’expériences, de parcours en guerre connus par les journaux personnels rédigés par bon nombre d’entre eux. Cependant de ce groupe nourri s’isolent des cas particuliers, dès les années de guerre, groupes qui occupent dans les mentalités collectives une place originale, débattue, opérant dès la guerre une césure au sein de la communauté nationale et donnant naissance à des mythes modernes. Ces fusillés ont aussi nourri tout un ensemble de démarches qui ont jeté sur la place publique des combats, des pensées, des réactions, des sentiments relevant pour beaucoup de l’histoire de l’intime. La place des familles, ce qu’elles font avec ce qu’elles savent, leur lutte pour laver l’affront, retrouver l’honneur dans une société où la mort au combat est devenue la norme, forment nécessairement une composante de l’étude des fusillés de la Grande Guerre (conformément aux Instructions officielles).

Le plan du dossier articule six aspects principaux de la question. Dans un premier temps, il est indispensable de définir les termes-clefs, pour éviter les amalgames. Il est aussi fort utile, à travers une analyse du nombre des fusillés, d’expliquer la chronologie des exécutions, notamment parce que les premiers mois de guerre sont dans ce domaine les plus meurtriers. Ce constat nous conduit ensuite à expliquer le fonctionnement de la justice militaire et à montrer comment la justice civile reprend la main pendant le conflit, dans un grand débat sur la nature démocratique de l’exercice du pouvoir. La figure du fusillé nous pousse alors à donner chair à des situations que l’on pourrait qualifier d’ubuesques si elles n’étaient suivies de la mort d’êtres humains. Cette incarnation de l’histoire se retrouve dans les longs combats, victorieux ou non, pour la réhabilitation du fusillé, de même que dans l’organisation de la mémoire de ces soldats si particuliers.

« Ils ne sont pas morts pour la patrie mais par la patrie ! », affirme la petite-nièce du soldat belge Paul Van den Bosch, exécuté parmi les douze soldats belges fusillés de la Grande Guerre.

Conception et réalisation du dossier

Nouvelle orthographe - LogoAuteurs : Frédéric Durdon, enseignant, lycée H. Bergson, Angers
Pierrick Hervé, enseignant CPGE, lycée C. Guérin Poitiers
Chargée de mission :
Marie-Christine Bonneau-Darmagnac
Chef de projet éditorial : Typhaine Buors
Iconographe : Adeline Riou
Graphisme/intégration technique/intégration éditoriale : Unité de production web
Secrétaire de rédaction : Laëtitia Pourel