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Pour mémoirePour mémoire

Les fusillés de la Grande Guerre

Le retour du fusillé

« Car nous sommes tous condamnés, nous sommes les sacrifiés… », la chanson de Craonne, récemment retrouvée et popularisée par le cinéma, rappelle en termes forts les sentiments éprouvés par les soldats confrontés aux offensives meurtrières, jugées inadaptées, aux conséquences humaines disproportionnées par rapport aux résultats militaires obtenus. Cette chanson dans l’univers mémoriel collectif est devenue indissociable des évènements du printemps 1917, de l’offensive du Chemin des Dames, des mutineries qui ont succédé. Elle est aussi par un élargissement rapide, d’une certaine façon, devenue représentative de tous les soldats, de toute la guerre. « Condamnés », « sacrifiés », ces termes placent le soldat devant un destin inéluctable, décidé par des gradés jugés peu redevables des vies humaines. Refuser de monter en ligne, désobéir aux ordres ne faisait que différer la rencontre avec la mort. À l’aléatoire du champ de bataille se substituait la justice militaire. Mise aux arrêts, jugement, condamnation, exécution. Le soldat n’avait qu’à choisir la forme de sa mort. Bien évidemment, les choses ne sont pas si manichéennes, ni si simples.

En novembre 1998, le Premier ministre Lionel Jospin, sur le site du Chemin des Dames, à Craonne, parle des condamnés suite aux mutineries du Chemin des Dames, comme des « « fusillés pour l’exemple » au nom d’une discipline dont « la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats… ». Il en appelle à leur réintégration complète « dans la mémoire collective nationale ». Dans ce discours qui parlait aussi de beaucoup d’autres choses, le Premier ministre fait des fusillés de l’Aisne des soldats « qui refusaient d’être sacrifiés ».

Cette intervention du chef du gouvernement est incontestablement un discours de paix, de réconciliation nationale, nous dit Nicolas Offenstadt, mais l’historien rappelle qu’il y a parfois dans les mentalités collectives confusion entre mutins et fusillés, confusion entre fusillés et répression des mutineries de 1917.