Apollinaire
« Calligrammes » dans tous ses états : pour mieux comprendre Apollinaire
par Claude Debon, Professeur émérite de littérature française, université de Paris 3 - Sorbonne nouvelle. Auteur de « Calligrammes » dans tous ses états - édition critique du recueil de Guillaume APOLLINAIRE, Paris : éditions Calliopées, octobre 2008.
Si le grand public cultivé, les élèves, les étudiants connaissent tous au moins les poèmes les plus célèbres d’Alcools, il n’en va pas de même pour le second grand recueil poétique publié par Apollinaire en 1918 : Calligrammes. La partie émergée du recueil est surtout la première, « Ondes », qui renferme quelques « calligrammes », mot inventé en 1917 par le poète et qui, lui, a connu le succès.
Une des raisons de cette méconnaissance tient, parmi beaucoup d’autres, au fait qu’il n’existait pas d’édition « savante » de ce recueil. L’édition même du texte n’est pas satisfaisante. Quant à l’annotation dans les manuels scolaires, elle laisse souvent à désirer… Or Calligrammes – comme d’ailleurs Alcools, mais pour des raisons différentes – peut intimider par sa difficulté lecteurs et enseignants.
Alcools avait bénéficié, dès 1960, d’un « dossier » de genèse établi par Michel Décaudin. On y trouvait la description des manuscrits, des préoriginales, le relevé des variantes, des notes, une bibliographie et une substantielle introduction. Tous ceux qui ont travaillé sur Alcools s’en sont servis non seulement dans une perspective génétique, mais pour élucider les obstacles du lexique, voire de la construction phrastique libérée par la suppression in extremis de la ponctuation. La bibliographie permettait de confronter les interprétations des poèmes.
« Calligrammes » dans tous ses états a pris ce dossier pour modèle et en a gardé tous les points forts. Mais la nature particulière du recueil a paru nécessiter un ajout non anodin : la reproduction en fac-similé de tous les manuscrits disponibles – environ 400 pour 84 poèmes. Les poèmes d’Alcools sont des poèmes à entendre. La musique envoûtante des vers, mélodieuse ou syncopée, retient d’abord l’attention. La forme des poèmes ne requiert pas une grande attention visuelle, même si déjà s’amorcent des mises en scène poétiques, comme dans « Le Pont Mirabeau ». Les poèmes de Calligrammes au contraire sont d’abord des poèmes à voir, même si, ici encore, subsistent des airs de l’ancienne musique. C’est pourquoi les illustrations dans ce dossier sont consubstantielles à la nouvelle poésie visuelle qui est en train de naître, rivalisant avec l’art novateur des peintres qui viennent d’inventer le cubisme, en émulation avec les futuristes, qui bouleversent l’apparence des « mots en liberté », en accord avec les innovations de l’avant-garde internationale comme celle des peintres russes.

Guillaume Apollinaire, Calligrammes. Premier état de « Paysage » et « Cœur couronne et miroir », ancienne collection Adéma.
Crédits photographiques : Éditions Calliopées
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