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Dossier

Barbey d'Aurevilly

Jules Amédée Barbey d’Aurevilly (1808-1889)

par Pierre Saïet, Inspecteur d'académie honoraire. Il a exercé durant 18 ans la fonction d'Inspecteur pédagogique régional d'Arts plastiques

 

Jules Amédée Barbey d’Aurevilly naît  le 2 novembre 1808 à Saint-Sauveur-le-Vicomte, dans la Manche, et meurt le 23 avril 1889 en son domicile parisien, 25, rue Rousselet, dans le VIIe arrondissement.

Peu d’auteurs ont autant que Barbey desservi leur propre cause. L’homme et l’écrivain semblent avoir noué un pacte fatidique avec Satan. La démesure et la contradiction règnent en maîtres au sein d’un jeu masochiste dont il énonce d’emblée la tonalité : « Je suis venu au monde un jour d’hiver sombre et glacé, le jour des soupirs et des larmes, que les Morts, dont il porte le nom, ont marqué d’une prophétique poussière… J’ai toujours cru que ce jour répandrait une funeste influence sur ma vie et sur ma pensée. »


Un dandy

L’attitude sociale – ou plutôt « intramondaine » – de Barbey d’Aurevilly est celle d’un dandy vivant très au-dessus de ses moyens, d’un monarchiste décadent qui martèle à l’envi l’éloge de valeurs révolues, d’un catholique militant jusqu’à l’excès, d’un aristocrate qui fouille et exhibe à plaisir les vices de l’aristocratie. Tour à tour conteur, épistolier, fabuliste, romancier, discoureur impénitent, critique littéraire et artistique, il s’inscrit comme le contempteur insatiable de son époque et traverse tout le xixe siècle à la façon d’un connétable déchu, dont l’audace frise à tout instant l’outrance.


Le milieu littéraire

Ses antipathies littéraires sont farouches : Hugo, Zola, les Goncourt et, de façon plus nuancée, Flaubert. Son admiration va sans réserve à Balzac ; mais c’est en Byron et surtout en Walter Scott qu’il reconnaît ses principales sources d’inspiration (« Être le Walter Scott normand »)… Cette filiation n’est du reste pas sans avoir contribué au malentendu tenace de sa fortune critique : un goût prononcé pour le Moyen Âge, une fascination pour les vieilles légendes du terroir cotentinais et pour le patois de leur narration, un enracinement têtu dans ce paysage mi-réel, mi-fantasmagorique où s’entremêlent, sur la lande brumeuse, les ombres de la sorcellerie et celles de la chouannerie, tout donne de lui l’image d’un écrivain régionaliste, pittoresque, au style par trop recherché allant jusqu’à la préciosité et à la boursouflure, au mieux, un « romantique attardé ».
 Ses premiers romans ne rencontrent guère que l’indifférence, les suivants un intérêt mitigé, hormis chez Baudelaire qui admirera L’Ensorcelée, publié en 1852, à plus de quarante ans.  Condamné à vivre du journalisme, son arrogance et sa verve ne sont pas du goût de tous. Il est craint ou méprisé. Il lui faudra attendre 1874, avec Les Diaboliques, pour trouver un fort écho public, mais ce sera celui du scandale, avec l’anathème de l’immoralité et le joug de la censure.