Baudelaire
Charles Baudelaire (1821-1867)
par Claire Gruson professeur de Lettres modernes au lycée de Montgeron, secrétaire de la Société d'études Benjamin Fondane
Il est fait fréquemment référence à la biographie de Baudelaire (1821-1867) dans Baudelaire ou l’expérience du gouffre [1]. Ne seront évoqués ici que les épisodes qui ont particulièrement frappé Fondane. On se reportera, pour une biographie exhaustive, à une édition critique des Fleurs du Mal [2].
Petite enfance heureuse. Père riche rentier, amateur d’art. Mère jeune et élégante. L’ « enfant amoureux de cartes et d’estampes [3]» grandit dans une harmonie initiale qui est brutalement brisée par la mort du père (1827). Rapidement sa mère se remarie avec Jacques Aupick. Baudelaire a sept ans. Homme d’ordre et d’action, Aupick constituera pour Baudelaire un contre-modèle.
« Les biographes, en général, ont été assez heureux de découvrir ce que Baudelaire nous a assez mal caché, cet instant où, pour la première fois (mais non pour la dernière) le jouet se transforma, sous les yeux du poète, en un rat vivant [4] ou encore […] cet instant où l’absolu non troublé par le savoir se métamorphose en… savoir. Cela remontait à l’enfance du poète, quand sa mère, jeune veuve d’un excellent vieillard (il avait soixante ans quand Charles est né), se remaria avec le brillant officier qui devait devenir plus tard général, ambassadeur et sénateur d’Empire, et ainsi reporta sur un autre une part de cette tendresse que, jusque-là, elle avait réservée entièrement à son fils. […] Le futur poète n’oublia jamais et l’on peut dire que toute sa vie il poursuivit ce rêve que Hamlet (cet autre enfant qu’avait déçu sa mère) appelle “remettre le temps sur ses gonds”. Évidemment, il était impossible de remettre le temps à sa place [5]. »
1836 : après un séjour à Lyon, il entre au collège Louis le Grand. Renvoyé en 1839, quelques mois avant le baccalauréat : il a refusé de dénoncer un camarade. Il est néanmoins reçu bachelier au mois d’août.
1839 : débuts de sa vie d’étudiant en droit et d’un conflit ouvert avec Aupick, devenu général de brigade. Baudelaire habite place de L’Estrapade. Joyeuse vie de « dandy » attiré par un monde marginal, dans ce Paris surpeuplé qui a constamment hanté son existence. Pour l’éloigner de ces fréquentations jugées douteuses, sa famille l’exhorte au voyage.
Juin 1841 : à vingt ans, il embarque sur un paquebot partant pour l’Inde. Après l’Île Maurice puis l’Île Bourbon, Baudelaire veut regagner la France : retour en février 1842. « Amer savoir [6] » du voyage mais aussi images exotiques, sources constantes d’inspiration.
1842 : Baudelaire dispose de l’héritage paternel. Vie raffinée, au cœur de Paris ; fréquente des poètes (dont Gautier et Hugo) ; rencontre Jeanne Duval (liaison orageuse, sans doute jusqu’en 1856). Multiples dépenses. Sa famille le dote d’un conseil judiciaire. C’est « une affreuse humiliation ».
Baudelaire s’est fait connaître par des articles de critique d’art, les Salons de 1845 et 1846. Il découvre en Edgar Poe un « frère » et décide de traduire ses œuvres.