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Dossier

Baudelaire

Choix de textes

par Claire Gruson professeur de Lettres modernes au lycée de Montgeron, secrétaire de la Société d'études Benjamin Fondane

 

« Ces rafales et ces éclairs, ce craquement du cosmos, paraissent bien signifier la ruine du sens, l’état réel d’un monde que nous avions cru habitable, mais remarquons que dans cette hutte, et sous les dehors de la solitude, de l’infortune, de la fatigue, travaillent bien plus librement que dans les châteaux d’auparavant les forces irrationnelles qui tendent au rétablissement de la vérité. C’est là que la réflexion reprend, que se reforme l’idée de la justice. Cette nuit d’orage nous parle d’aube. »
Yves Bonnefoy, préface au Roi Lear, Folio 1978, p. 21


Quel choix de textes ?

L’approche de Baudelaire par Fondane ne consiste pas en une exégèse systématique de ses poèmes. Elle consiste plutôt en une interprétation existentielle qui mêle sa réflexion sur la vie de Baudelaire et sur un  certain nombre de textes des Fleurs du Mal, du Spleen de Paris et de Mon cœur mis à nu ainsi que sur une partie de sa correspondance. Le livre de Fondane incite le lecteur à la lecture de poèmes que les anthologies et les manuels scolaires, posant ainsi un jugement de valeur « tacite et silencieux », ne retiennent que rarement : « L’Irrémédiable » plutôt que « Le Balcon », « Une Charogne » plutôt que « La Beauté », « Le Voyage à Cythère » plutôt que « L’Invitation au voyage ». Fondane s’en explique à plusieurs reprises.

 

Irréalité de l’évasion proposée par l’Art
« Il se trouve que la grande nouveauté de Baudelaire – la nouveauté de sa poésie – est précisément dans la conscience qu’il a de l’irréalité de l’évasion. […] De l’art, il le sait, il est le premier qui le sache, nous avons fait un truquage, la machine la plus idoine à jeter un voile sur les terreurs du Gouffre… [1] »


L’art poétique et la poésie de Baudelaire « ne se rejoignent jamais ». Fondane cite « La Beauté », « Je suis belle, ô mortels comme un rêve de pierre » pour souligner ensuite que selon ce sonnet « l’art n’a droit qu’aux purs désirs, aux gracieuses mélancolies, aux purs désespoirs [2] ». Mais alors quelle place peut trouver dans cet art poétique ces vers ?


« au détour d’un sentier une charogne infâme…
Brûlante et suant les poisons »


C’est « la voix [qui] jaillit éraillée et aphone [3] » que choisit Fondane, de préférence aux poèmes « charmants », c’est la Pythie et son hystérie, plutôt que la Muse.