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Dossier

Baudelaire

« Le Joujou du pauvre »

par Claire Gruson professeur de Lettres modernes au lycée de Montgeron, secrétaire de la Société d'études Benjamin Fondane

 

Fondane fait fréquemment référence à ce texte et notamment au « rat vivant » qui surgit à la fin de ce poème en prose. Il en présente pour la première fois « l’anecdote » centrale dans le chapitre X avec ce commentaire : « Jolie fable n’est-ce pas ? Et qui ne comporte pas de “moralité”. » Selon Fondane, l’importance de ce texte a échappé à Baudelaire : « [...] à lire le poème, on s’aperçoit qu’il n’en a pas saisi toute la profondeur, le tragique, l’actualité. Et l’anecdote est d’autant plus significative, pour nous. Elle illustre, à plus d’un titre, les desseins, encore obscurs, de notre étude [1]. » Qu’est-ce que ce « rat vivant » ? Quel rapport peut-il avoir avec la poésie ? Pourquoi est-il au cœur de la lecture fondanienne de Baudelaire ?

« Le Joujou du pauvre », publié en 1862, est inspiré de deux paragraphes de l’essai La Morale du joujou, publié en 1853 [2]. Le poème en prose commence par ces mots : « Je veux donner l’exemple d’un divertissement innocent. » Un texte court qui implique le lecteur et indique le projet du poète : il s’agit de dégager une « idée » d’une anecdote.

 

1. Adresse au lecteur : une expérience humaine lui est proposée (§ 1).

– Le lecteur est ici le personnage d’une histoire racontée au futur : « Quand vous sortirez… ». On peut amorcer une réflexion sur le rapport du poète au lecteur (cf. « Au lecteur »).
– Cette histoire commence par une « flânerie » (analyser les connotations de ce mot : rêverie et nonchalance, parcours sans but explicite). Évoquer Baudelaire dans ses flâneries parisiennes : une manière d’être au monde, un regard attentif et qui suscite la rencontre (lecture de quelques « Tableaux parisiens »).
– L’anecdote : le lecteur pourvu d’un bric-à-brac de joujoux « à un sol », en fait cadeau à des enfants « inconnus et pauvres » et les regarde.
– Une question apparaît : qu’est-ce qu’un « divertissement innocent » ? Quel rapport entre divertissement et morale [3] ? L’étymologie du mot renvoie au fragment des Pensées de Pascal, que Fondane associe longuement à Baudelaire : le divertissement remède à l’ennui au sens pascalien du terme qui, comme le souligne BF, est très proche du « gouffre » baudelairien. Pourquoi le « divertissement » proposé ici (offrir des joujoux à des « enfants inconnus et pauvres ») est-il « innocent » ? Est-ce parce qu’il permet de voir le « rat vivant » ? Comment le rat vivant peut-il accéder à la dignité de « jouet » ? Est-ce parce qu’il permet le regard sur la réalité du gouffre qu’incarne le rat ?