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Dossier

Beckett


Ce qui est si difficile à réaliser dans les pièces de Beckett, comme dans une tragédie de Racine peut-être (que Beckett admirait tant et qu’il a relu avant d’écrire Fin de partie), c’est l’équilibre entre la musique, le chant et la vérité des sentiments ou des émotions, ou même un certain naturel. C’est cette union des contraires qu’il faut trouver, mais plus difficile encore que dans l’alexandrin avec sa régularité, car le théâtre de Beckett est sans cesse en rupture, tant dans les rythmes que dans les tons. De même, la souffrance et la tragédie sont souvent doublées par la farce et un comique clownesque à la Buster Keaton ou à la Charlie Chaplin. C’est beaucoup pour l’interprète d’avoir à indiquer tous ces plans, ces tons intimement liés entre eux.
Ajoutons que la poétique scénique de Beckett réside dans une « musicalisation » de la scène, comme il nous le confiait, pas seulement au niveau de la parole et donc de la profération, mais au niveau de toute la gestuelle et des déplacements, deux partitions qui doivent être rigoureusement ajustées entre elles. Cette poétique commande enfin la pratique scénique dans son intégralité, en particulier la pratique de l’éclairage, soumise à la même exigence rythmique.
La fascination exercée par l’étrange beauté des pièces de Samuel Beckett, leur pouvoir infini d’évocation et leur efficacité dramatique ne sont nullement étrangères à sa connaissance intime et passionnée des arts, de la peinture et de la musique, sans même parler de ses dons exceptionnels d’écrivain et de poète. Tous ses dons et ses sensibilités réunis lui ont permis de réaliser une incroyable synthèse entre la composante visuelle et la composante sonore, textuelle et musicale. Beckett est un inventeur puissant d’images, des images qui parlent déjà en elles-mêmes et qui, jointes à toute une composition dramaturgique et musicale, nous introduit dans un monde mythique et fantastique, qui mêlent nos mémoires collectives à nos rêves, nos espoirs et nos angoisses avivées d’aujourd’hui.

Bibliographie

  • « Samuel Beckett », Revue d’Esthétique dirigé par Pierre Chabert, Éditions Jean-Michel Place, Paris, 1990.
  • Knowlson James, Samuel Beckett : biographie, Éditions Solin, Arles, 1999.
  • Labrusse Rémi, « Beckett et la peinture », in Revue Critique, n° 519-520, 1990.