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Dossier

Beckett


Beckett reprend cette structure pour construire sa pièce. D’une part, Bouche, porteuse d’un drame terrible, perdue dans l’espace (à trois mètres de hauteur est-il précisé), de l’autre, son contrepoint spatial et émotionnel, sous la forme d’un homme entièrement recouvert d’une djellaba. C’est le personnage de l’Auditeur, qui assiste muet à la scène et qui ne se manifestera durant la pièce que par trois gestes exprimant compassion et impuissance (cette forme recouverte d’une djellaba et qui écoute intensément lui a aussi été inspirée par une scène de rue au Maroc).

Bouche débite à toute vitesse l’histoire d’une vieille femme emmurée en elle-même depuis l’enfance (elle a certainement été élevée à l’assistance publique), et qui un jour dans une prairie a une brusque « illumination ». Elle est jetée à terre dans une sorte de convulsion de tout son corps et de son être : tout un flot de paroles contenues sa vie durant remonte à la surface et se précipite hors d’elle-même, et hors de tout contrôle. Cette « bouche en feu », cette bouche « devenue folle » raconte, dans une espèce de halètement, sa propre histoire mais qu’elle ne peut ni ne veut reconnaître. Les trois gestes de l’Auditeur ne seront que le constat de son impuissance devant le drame et « le refus véhément de Bouche de lâcher la troisième personne du singulier », comme l’écrit Beckett.